Souleymane Faye une encyclopédie avec peu de mots

Certains le prennent pour un philosophe, d’autres pour un grand poète, d’autres encore pour un inspiré. Il est chaque chose de tout cela et tout cela à la fois, et bien plus que tout cela. Souleymane est un ‘’génie’’. Il est d’autant plus un génie que son œuvre tient sur une palette d’un vocabulaire assez réduite.

À la différence de tous ceux à qui on peut le comparer dans le landerneau musical sénégalais, lui a toujours la voix claire, le verbe audible, l’expression distincte, et il use de mots qui ne nécessitent pas l’usage du dictionnaire wolof (la langue qu’il utilise plus) pour comprendre son propos.

C’est-à-dire avec peu de mots, il a su se hisser au rang de ceux qui ont imprimé à la chanson et à la poésie wolof moderne ses lettres de noblesses. Avec peu de mots il a su exprimer les sentiments et les ressentis des citadins et des ruraux, des jeunes et des moins jeunes, des hommes et des femmes. Il a su parler des enfants, de l’intimité des couples sans être vulgaire, raconter le quotidien du sénégalais lambda sans être banal, porter la voix des sans voix sans être vindicatif.

Il parle un wolof qui contente autant les puritains de la langue que les ultra altérés. L’homme n’est certes pas Féla Kuti, il n’a pas inventé une musique, il n’est pas non plus Alpha Blondy il n’a pas imprimé une couleur locale à une musique universelle. Il n’est pas Myriam Makeba, il n’a pas colporté la cause d’un combat juste et noble sur toutes les scènes du monde. Il n’est pas Youssou Ndour, il n’a pas de disques d’or. Mais il a excellé sur tous les genres de Musique ; allant de la salsa au lambada, en passant par le zouk, le rock, le rock and roll, le blues, la musique de variété sans parler du mbalakh qu’il a très peu pratiqué et les autres sonorités du Sénégal.

Comparé à plusieurs de ses pairs, l’homme n’est pas prolifique. Mais sans doute c’est lui qui a produit le plus de chansons cultes. Surtout des chansons qui allient fond et forme, paroles sensées et bonne musique, et qui fédèrent tous les publics au tour d’elles. Il peut chanter avec un souffle digne d’un Abelardo Barroso, tout comme il sait installer l’atmosphère fiévreuse d’un Ray Charles, de même qu’il est capable d’une ambiance désinvolte, humoristique mais très instructive d’un Jacques Dutronc. Sur scène il sait se donner totalement comme Jacques Brel dont il a fait une reprise de son morceau culte « ne me quitte pas », dans une version où simultanément il chante en wolof, et en français.

Sur un de ses autres morceaux cultes « la clef/ caabi ji », Diégo (son surnom) chante simultanément et indifféremment en wolof, en français en anglais et en espagnol. Henry Guillabert le pianiste du Xalam raconte que du temps où Souleymane Faye évoluait dans ce mythique groupe, une fois sur scène à Londres, il chanta son morceau Doole tout en anglais sans avoir prévenu aucun membre du groupe. Ils ont commencé à jouer, lui à commencer à chanter pas en wolof comme tous (étonnés) s’y attendaient. Et Henry Guillabert qui est celui qui a pour la première fois de sa vie fait tenir un micro à Youssou Ndour (de l’aveu de celui-ci même), dira que Souleymane est le meilleur chanteur du Sénégal.

Avant le Xalam, Souleymane était un parfait inconnu. Avec Souleymane Faye le Xalam qui était déjà un groupe légendaire que l’on programmait à tous les festivals en Occident (variété, rock, jazz, africains, etc.), attint l’acmé. Après le Xalam Souleymane Faye peine à retrouver son niveau dans ce mythique groupe. Car Souleymane Faye sans le Xalam, c’est le Xalam sans Souleymane Faye. Les deux restent séparément bons, mais ensemble ils deviennent excellents.

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