Odia, caricaturiste à la satire pénétrante

Les journaux Politicien et Cafard Libéré ont été dans les années 1980, les véritables pionniers de la presse satirique au Sénégal. À cette époque Alphonse Mendy, alias TTFons et Samba Fall ( Le quotidien le Soleil) sont sans doute les deux caricaturistes les plus prisés . Aujourd’hui, la figure emblématique de la satire est sans conteste le dessinateur ODIA. Omar Diakité à l’état-civil, dépeint l’actualité comme personne et garde la flamme des glorieuses années du genre. Brillant élève, il est devenu caricaturiste en suivant sa passion. « Si je n’avais pas réussi le concours d’entrée à l’École Nationale des Beaux-arts, c’était mort pour ma carrière de dessinateur. J’allais peut-être devenir avocat» racontait-il en février 2020 à Oumar Fedior l’excellent reporter du Soleil dans une interview. Son regard décalé sur l’actualité politique, économique et sociale du Sénégal qu’il sert de façon quotidienne aux lecteurs de la Tribune, de façon hebdomadaire sur defuwaxu.com et régulièrement dans le P’tit railleur, est un chef-d’oeuvre. Rencontre avec Odia, le caricaturiste à la satire pénétrante.

Kirinapost: Comment on t’appelle ? journaliste-caricaturiste ?

ODIA: Oui ou dessinateur de presse. L’appellation officielle est dessinateur de presse.

Kirinapost: C’est quoi votre métier ? Faire tomber des personnalités ?

ODIA: Je ne fais tomber personne. Notre travail ne consiste pas à faire tomber des personnes. On caricature des personnes prises en faute. C’est une autre façon de traiter l’actualité. Un regard toujours plus critique et moqueur sur le monde.

Kirinapost: Vous rendez sympathiques ces personnalités ?

ODIA: On tire sur les traits de caractères mais il y a toujours un fond de réalité. Je te donne deux exemples : Il y a un célèbre avocat qui fait rire tout le monde et un chanteur habitant Rufisque qui parle à tout-va. Nous ne faisons que grossir les traits. Ça ne les rend pas sympathiques pour autant… au contraire.

Kirinapost: Est-ce qu’on t’a déjà empêché de travailler ?

ODIA: Non jusqu’ici je suis un homme libre. La liberté d’expression est fondamentale. Je n’ai jamais fait l’objet de menace pourtant je suis dans le circuit depuis une trentaine d’année mais peut-être que si ça m’arrivait cela serait une bonne chose pour faire la promotion du dessin et de la satire. (Rires)

Kirinapost: Peut-on tout caricaturer ?

ODIA: On peut tout caricaturer. On peut rire de tout. Seulement il y a une façon de le faire. Par exemple, il faut respecter la foi et la culture des gens. La foi est l’aspect le plus important chez le croyant. Il est important de savoir respecter la croyance des autres surtout quand on ne maitrise pas les tenants et les aboutissants de cette foi… quand on connait pas de quoi ça retourne.  Dans ce cadre, il y a les modérés et les radicaux… Suis mon regard…

Kirinapost: En tant que membre de l’équipe des modérés donc tu serais incapable de caricaturer le prophète Mohamed (PSL) ou Jésus Christ ?

ODIA: Mais pourquoi le faire ? Ça n’a pas de sens. Maintenant quand ici des supposés marabouts ou prêtres sont pris en faute, on peut bien leur tirer dessus. Sinon s’attaquer à une religion ou à une confrérie juste pour créer le buzz, sans raison, n’est pas tolérable. C’est chercher à agresser délibérément des confessions religieuses. Le retour de bâton peut-être extrêmement violent. Charlie Hebdo a perdu 12 vies et toute sa tranquillité, pour ne pas l’avoir compris. Même si leurs ventes (journaux) ont redécollées, cela en vaut-il la peine ?

Kirinapost: Respect et Caricature font-ils bon ménage ?

ODIA: Je le répète TOUT CARICATURER mais se garder de toucher à des symboles forts, représentatifs de la foi des uns et autres (prophètes, khalifes etc…) Ce sont des symboles de paix qui plus est…Il faut savoir de quoi on parle. On parle de ce qui fait qu’un individu soit musulman, bouddhiste ou chrétien. On parle de son être…de sa culture.

Kirinapost: Les défenseurs des caricatures du prophète de l’Islam par exemple évoquent la liberté d’expression…

ODIA: Les problème des caricaturistes occidentaux en général et européens en particulier est que la plupart n’ont pas de religion. C’est leur droit, mais ils ne peuvent donc pas comprendre ce que ressentent les croyants quand leur foi est agressée. En tout cas ma liberté s’arrête là où commence la tienne. C’est ma conviction.

Kirinapost: Parlons de la formation et de la relève. Le métier de caricaturiste suscite t-il des vocations ?

ODIA: Le problème de la relève est assez délicat. On ne voit pas beaucoup de jeunes talents caricaturistes dans le circuit. Il y a Souleymane Ndiaye, que je ne connais pas personnellement mais qui publie de bonnes caricatures sur les réseaux sociaux notamment. La Semaine de la Satire que l’on organise aussi essaye de promouvoir le métier et susciter les vocations.

Kirinapost: On peut être caricaturiste et militant ?

ODIA: Bien évidemment qu’on peut être caricaturiste et militant. Peut-être même qu’il en faut. Je comprends la subtilité de la question. Ce qui est important c’est l’objectivité et faire son travail de façon professionnelle. Pour parler de mon cas par exemple, je suis sensible à la cause écologique. Les questions environnementales m’intéressent au plus haut point mais s’il faut caricaturer des brebis galeuses de l’écologie je ne m’en prive pas. Je renvoie les lecteurs de Kirinapost à mes dessins…

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