L’image d’un marabout qui ne devait garder qu’un seul qualificatif devrait bouger pour en incarner d’autres plus élargis et plus soutenus. Mawdo devrait être ce marabout qui doit redéfinir les contours et briser tous les mythes pour ainsi offrir la grande leçon d’une vie réussie, incarner la responsabilité d’être guide et offrir au monde un de ses meilleurs polymathes. Dans son héritage, nous devrions avoir un œil plus regardant, une exigence d’analyse et une réflexion profonde pour toucher le côté « tout » de Maalik.

Seydi Haaj Maalig Mawdo déconstructeur de mythes, polymathe, philosophe, stratège politique, écrivain, poète, universitaire, agriculteur, marabout des deux temps, architecte de la ville de Tiwaawan nid de savoir.
L’image d’un marabout qui ne devait garder qu’un seul qualificatif devrait bouger pour en incarner d’autres plus élargis et plus soutenus, afin que tout son poids soit représenté et que son dessein ne soit pas seulement représenté sur un tableau, mais apparent et accessible comme le ciel, où aucun statut social n’est suffisant pour le contempler seul et en priver d’autres.
Ceux qui cherchent à rester le seul soleil ont peur et ont horreur de voir la naissance ne serait-ce que d’étoiles, car ils veulent seuls briller sans être intimidés. Maodo a déconstruit le mythe du marabout qui doit être le centre, en ayant tous les privilèges pendant que son disciple, lui, traîne à rester un éternel soumis sans jamais parvenir à se réaliser.
Mawdo devrait être ce marabout qui doit redéfinir les contours et briser tous les mythes pour ainsi offrir la grande leçon d’une vie réussie, incarner la responsabilité d’être guide et offrir au monde un de ses meilleurs polymathes avec une capacité managériale qui lui a valu d’être un marabout des deux temps. Pour ce faire, il avait besoin d’être pluridisciplinaire, car il était conscient de la complexité de sa tâche et de l’immense sagesse que demande une telle exigence. Il a battu son corps et est sorti gagnant avec son âme pour intégrer le cercle fermé des Nils sénégalais du savoir.
La représentation est certes quelque chose de très méconnu dans nos espaces, à cause d’un manque de conscience historique qui piège nos cerveaux et les empêche de réfléchir aux prouesses ancestrales et de tirer parti de chaque morceau pour bétonner nos récits. Tout simplement parce qu’on n’a pas réussi à bâtir des imaginaires forts qui reposent sur des constructions logiques et lucides qu’aucun autre peuple ne pourra nier. Pendant que le « soft power » bat ses ailes et survole nos airs avec toute sa pollution culturelle, l’Afrique déboulonne ses arbres, brise toutes ses barrières psychiques, mentales, et se met à nu, sans abris capables de nous éviter l’effacement.
Mawdo, le sage, était plus qu’un guide spirituel. Dans son héritage, nous devrions avoir un œil plus regardant, une exigence d’analyse et une réflexion profonde pour toucher le côté « tout » de Maalik, ne serait-ce que pour la reprise du modèle quasi parfait qu’il était :
Écrivain ou bindkat
Mawdo n’a pas attendu la floraison des maisons d’édition pour poser son encre sur papier. Il avait fait le choix de révéler des choses que seules les preuves vivantes, comme l’écriture, pouvaient garder, afin que sa transmission entre générations ne souffre d’aucune rupture. Dans des conditions extra difficiles où toutes les excuses étaient permises, il s’est révélé armé d’une capacité de résilience indéfectible pour surmonter tous les obstacles pouvant freiner ses ambitions de produire autant d’ouvrages possibles. Les œuvres de Mawdo ne sont pas de simples textes ; ce sont des piliers de sa pensée et des références incontournables sur la voie du soufisme. Parmi ses livres et traités, nous pouvons citer :
Kifaayatou raaxibiin (Ce qu’il faut aux bons croyants), un véritable guide pour l’âme et un traité de jurisprudence islamique.
Ifhaam al-munkir al-jânî (Réduction au silence du dénégateur), une défense sans faille de la Tijaniyya, un combat intellectuel qui déconstruit chaque argument des détracteurs.
Wasiilatul Munaa (Le moyen du désir), un pont vers le savoir, un manuel pour que la connaissance soit accessible à tous.
Quant à ses poèmes (Khassaïdes), ils sont des canaux de connexion avec Dieu. Le plus célèbre est :
Xilaasu zahab (L’Or décanté), une biographie poétique du Prophète, l’un de ses ouvrages les plus connus.
Zajrul Xuluub, un bain spirituel pour purifier l’âme, tandis que
l’Adaabul Masjid est un code d’honneur pour se comporter dans la maison de Dieu. Maodo a aussi écrit :
Al hidaayatul wildaanun, qui est un pont entre les générations pour enseigner la théologie.
Faakihatul Tullab, un poème qui résume la Tijaniyya.
Et entre autres, Xutbatul Jumaah, qui sont des sermons poétiques qui transforment la foi en une mélodie.
Mawdo l’universitaire charismatique
Parce qu’il est à l’origine de la mise en œuvre de la grande université de Tiwaawan. Dans l’imaginaire de ceux qui n’ont pas encore déconstruit le mot « université », il faut qu’il y ait de grands bâtiments, des étudiants en costume-cravate et des professeurs qui « Shakespeare » la langue anglaise. Pourtant, tout cela n’est que de la littérature : sans les facultés, sans les branches de savoir enseignées au sein, il n’y a point d’université. D’où l’urgence de retravailler notre univers conceptuel et de fournir tous les éléments nécessaires pour parvenir à régler la question de la nomination afin de fermer définitivement la voie de l’aliénation.
Mawdo le stratege politique, symbole de la diplomatie de haut rang
La stratégie de Mawdo consistait d’abord à se livrer à un examen de conscience pour comprendre justement l’importance d’agir avec méthode, afin de compromettre les plans du colon français sans se livrer à une bataille physique sanglante sur le terrain. Conscient du déséquilibre des forces armées et du déficit militaire de son camp, Mawdo avait minutieusement fait le choix symbolique et contextuel de la diplomatie pour ainsi faire reposer toutes ses actions sur le savoir, l’intelligence et la maîtrise des données présentes. Tel un statisticien, Mawdo a donné raison à la réalité présente sans forcer, confrontant sa thèse de déséquilibre technologique et son obligation de résultat pour sa mission qu’il considérait sacrée. Ainsi, il examine ses « choix éducatifs, tisse des alliances stratégiques, procède à une implantation géographique » pour réussir cet héritage prolifique sans jamais faire recours à la violence tragique.

En démultipliant ses zawiyas et en affectant ses disciples un peu partout dans le pays, Mawdo a réussi un maillage parfait
Mawdo l’équation du colon
Réussir à contrecarrer les plans du colon en faisant traîner tous leurs projets est un acte révolutionnaire qui n’est pas donné à un non-stratège. Depuis leur projet de civilisation du monde noir jusqu’à la réalisation du système qui devrait maintenir et continuer cette mission civilisatrice, Mawdo n’a jamais prêté le flanc. Une des citations que nous rapporte Serigne Moustapha Sy nous renseigne que lorsque le Blanc était venu pour implanter dans sa zone des infrastructures qui allaient leur permettre de donner leurs enseignements, en disant : « Nous voulons construire des écoles », Maodo leur avait répondu : « Je suis d’accord, si vous me permettez, moi aussi de construire des mosquées ».
Mawdo le professeur des grands maîtres
Et toujours sur le plan de la stratégie, Seydi Haaj Maalig reste un symbole à enseigner grâce à sa lucidité incontestable de faire un maillage territorial pour des raisons de conquête géographique. Parvenir à avoir des élites comme Mame Rawane Ngom (Mpal), El Hadj Seydou Nourrou Tall (Dakar), Hadj Abdoul Hamid Kane (Kaolack), Hadj Baaba Ndiongue (Podor), Serigne Birahim Diop (Saint-Louis), El Hadj Amadou Cissé (Pire), El Hadj Daouda Dia (Jolof), Thierno Amadou Barro (Mbour), Mame Elimane Sakho (Rufisque), El Hadj Bra Gaye (Nayobé), El Hadj Pedre Diop (Dakar), Gorgui Abdoulaye Sow (Dagana) pour ne citer que ceux-là, n’est pas une tâche aisée. Maodo devait avoir une dimension intellectuelle qui dépasse l’impossible pour pouvoir être maître de tous ces grands maîtres.
Enseignements et maillage territorial pour le salut de son projet d’ Islaam confrérique
Seydi Haaj Malig, utilisant ses talents politiques et managériaux, a réussi à former et à placer tous ses hommes dans des localités différentes pour étendre l’islam confrérique. Si cet exemple de leadership avait été repris par l’élite politique, nous n’en serions pas là à enchaîner des bonds en arrière chaque année à cause des échecs dus à la non-maîtrise de notre politique de décentralisation. Et si nos élites politiques avaient exploité tout cet héritage massif et investissent suffisamment pour son adaptation, l’Afrique serait capable aujourd’hui de bâtir et de réussir des projets miraculeux sans aide étrangère, en s’appropriant des exemples endogènes pour enfin briser le mythe du transfert obligatoire de technologie.
Agriculteur conscient des enjeux
Parce que convaincu qu’il avait suffisamment de disciples jeunes avec une énergie incommensurable, il était hors de question pour Mawdo d’aller quémander ce qu’ils devaient manger. S’appuyant sur leur propre force et exploitant ce potentiel énorme, Maodo choisira comme activité principale l’agriculture et le commerce car trouvant que ce sont l’une des activités les plus licites qui pourraient lui permettre non seulement de vivre sans emprise lui et ses disciples mais surtout d’assurer leur indépendance.
Grand saint et soucieux des pratiques religieuses hautement exigées par la sharia, Mawdo développa la philosophie de « JA JU BA » qui simplement veut dire « JÀNG, JULLI, BAY ». La recherche du savoir, il en a fait une seconde vie. L’adoration et la soumission totale à son maître suprême à travers la prière, Mawdo en a fait son principal centre d’intérêts. Réussir à s’accomplir par le savoir pour un renforcement intellectuel et faire de la prière continuellement pour bâtir une personnalité spirituelle, il ne restait que la pratique d’un métier aussi noble et halal comme l’agriculture pour rester en connexion avec la nature et triompher avec son projet humain social. Ces modèles endogènes, bien que inspirants et très impactants ne sont pas toujours repris par les hautes autorités malgré leur urgence pour des résultats massifs dans l’immédiat.
Tous ces choix ordonnés par Mawdo devraient lui permettre de mieux rester grand humaniste et philanthrope parce que convaincu que ce n’est que par la solidarité collective que les sociétés humaines et africaines devraient passer pour régler ensemble tous leurs problèmes sans mourir à faire des efforts personnels isolés.
L’artisan incontournable de la ville de Tiwaawan
Mawdo a effectué des voyages dans beaucoup de localités Comme Fouta, Saint-Louis, Louga, Pire, Nguick Fall, Ndiarnde mais c’est Tiwaawan qui était sa terre promise. Cette ville qui est un haut lieu de connexion, de purification et de communication ininterrompue avec le maître des mondes. Mawdo n’est certes pas le concepteur premier de cette ville, mais sa touche spirituelle lui a valu le titre d’architecte et de directeur de conscience de cette dernière, en plus d’être réparateur des âmes. Tivaouane n’est certes pas devenue « Ville lumière » comme Paris (ce miroir aux alouettes où tout est brillant extérieurement), mais ses bouffées d’oxygène dilatent la poitrine et offrent une renaissance qui permet au cœur de voir plus clair. Parvenir à une telle prouesse n’est pas tâche aisée si l’homme au parapluie de lune (🌜 🌑) n’était pas un stratège éclairé et avisé, capable d’anticiper sur toutes les initiatives pouvant aider le colon à satisfaire ses caprices impérialistes. Architecte, Mawdo ne l’était pas seulement sur le plan du remodelage d’un humain, mais aussi des représentations physiques non-humaines. SEYDIL Haaji Maalig enseignait à ses disciples comment tracer et placer une mosquée au bon endroit, dans une meilleure position, sans boussole et sans rater la Qibla. Notre aliénation nous empêche de voir le côté astronomique de cette prouesse technique et scientifique.
L’exemple de Maodo et ses origines
Sa grande leçon aux dirigeants affamés de pouvoir de notre époque était de montrer qu’il ne faut jamais utiliser son pouvoir pour satisfaire ses désirs mondains personnels. Ensuite, un leader doit être honnête et prêt intellectuellement pour diriger en adoptant les meilleures stratégies pour la réalisation d’une réussite collective. Enfin, notre existence sur cette terre doit avoir un but précis et le plus grand sentiment qui doit empêcher de dormir tout leader est celui du devoir accompli, être utile pour l’autre.
Je ne parlerai pas de certaines parties de son parcours miraculeux pour la simple et bonne raison que Maodo était venu sur cette terre pour prouver l’omniprésence de Dieu et ceux qui connaissent l’histoire des deux êtres qui l’ont mis au monde savent que ce grand érudit sénégalais est né sur le chemin de la recherche du savoir. « Après un séjour en Mauritanie pour étudier un rare ouvrage de grammaire auprès d’un savant nommé Cerno Maalik Soh, Maam Usmaan Si, père de Maodo, est passé à Gaya. Ici il épousa une veuve nommée Faa Wàdd Wele, qui donna naissance à Maalik, homonyme du savant de Gaya. »

Hadj Mawdo Maalig, l’homme au parasol
Et si le Sénégal, l’Afrique savaient prendre le côté «tout» de ses grands hommes: une appropriation ratée
Quel est l’intérêt de bien vivre si après sa mort tout s’arrête sur notre vie ? Quel est le sens de bien faire si notre action commise pendant qu’on était en vie est réduite à néant après notre mort ? Pourquoi écrire autant de livres et faire une grande production intellectuelle si nous ne les gardons pas sans jamais les intégrer dans notre quotidien pour définitivement changer nos vies ? Qui aura une belle mort dans cette société qui laisse ses grands humains mourir deux fois ?
Si le défaut d’appropriation est une dérive intolérable, cette concurrence aveugle qui tue les prouesses de nos plus grands humains est le summum de la bêtise humaine. Parler de l’homme plus que de son œuvre a toujours été la pire maladie jamais éradiquée de cette société. Jamais le combat n’a été l’intégration de la production intellectuelle de Maodo dans les curricula. Réduire tout aux débats de personnes nous a toujours privés de voir au-delà de nos certitudes fausses. Faire de nos marabouts des lutteurs en créant pour eux des écuries est le plus grand manque de respect envers ces illustres hommes. Nous sommes faux dans notre rapport avec les grands humains quand ils sont en vie, car on ne leur reconnaît ce statut de grands humains que quand ils sont morts.
Le seul grand hommage qui tient c’est de forcer l’élite politique à intégrer sans délai leurs œuvres pour l’éducation des masses et de faire en sorte que tous ces disciples proclamés remplacent leur spiritualité « à la mode » par une recherche d’une élévation spirituelle dans l’ombre.
Les mythes, fondements culturels de tous les peuples qui ont projeté un futur ancré sans déconnexion avec les valeurs ancestrales qui se perpétuent au présent, sont constamment bâillonnés en Afrique à cause d’une vision réductrice de la construction de l’identité d’un peuple. Ceci n’est qu’un rappel de l’immense héritage que les Africains ne cessent de traîner par terre au profit d’autres qui ne sont ni viables ni durables et ne rendent pas notre vie vivable et notre mort affrontable.
Le seul grand hommage qui tient, c’est de forcer l’élite politique à intégrer sans délai leurs œuvres pour l’éducation des masses. L’Afrique serait capable aujourd’hui de bâtir et de réussir des projets miraculeux sans aide étrangère, en s’appropriant des exemples endogènes. Le début de l’intelligence, c’est de choisir ce qui te convient et t’apaise : transformer cette énergie déplorable en résultat, et remplacer la spiritualité « à la mode » par une recherche d’une élévation spirituelle dans l’ombre. Cet héritage qui a fini par façonner des vies ne doit en aucun cas être traîné par terre.
Sources:
104 ans après sa disparition : Seydi El Hadji Malick Sy, empreinte d’un siècle de lumière – Le Soleil
Vie du fondateur du foyer de Tivaouane : El Hadji Maodo Malick Sy, modèle achevé et vivificateur de la Sunna du Prophète – Sud Quotidien
27 JUIN 1922 – 27 JUIN 2013 : El Hadj Malick Sy (rta) , 91 ans déjà
El Hadji Malick Sy : Pensée et Action | PDF | Soufisme | Mysticisme
LAMIN AL‘AMIIN JOOB
(PDF) « Elhadji Malick Sy et l’islamisation du Sénégal : le rôle de la Tijâniyya, une confrérie soufie d’origine maghrébine », in., Aziz Idrissi El Kobaiti & Marcia Hermansen, Maghrebi Sufism in Global Contexts








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