Au début, il voyait sa carrière dans le hip-hop avant de bifurquer vers le reggae son véritable amour de jeunesse. Naturellement, c’est un voyage pas périlleux car reggae et hip-hop portent en eux les mêmes messages d’amour, de justice et de liberté. Artiste du terroir, fier de ses racines casamançaises, il porte en lui les valeurs les plus pures de sa région. BUKUT, son nouvel album composé de 10 formidables titres, interprétés en wolof, diola, mandingue, français et anglais, ces belles langues du Sud (hors anglais), en est la belle illustration. Son nom: Anaké ! Après la sortie de son album, Kirinapost a rencontré cet humaniste d’une grande spiritualité conscient que le combat en faveur de l’éducation est incontournable Entretien !

Assane Diedhiou aka Anaké, artiste qui a foi en une Afrique nouvelle, emancip
Kirinapost : Au mois de juin, vous avez sorti votre premier album. Comment le projet est arrivé ?
Anaké : L’album BUKUT est né après plusieurs mois de travail intense sur la composition, l’écriture des paroles et les arrangements, réalisés en étroite collaboration avec Charles Sow au Studio Deepvibes. C’est un album qui a demandé beaucoup d’énergie, de passion et de patience. L’album est produit par Bakolong Nation, le label que j’ai créé, parce que je voulais porter ce projet de manière indépendante et rester fidèle à ma vision artistique.
Kirinapost: Comment vous avez rencontré le reggae ?
Anaké : Quand j’étais petit, mes grands frères écoutaient du reggae en boucle à Kafountine. C’est comme ça que je suis tombé dedans si on peut dire. J’ai grandi entre les sonorités traditionnelles de la Casamance et les rythmes du reggae, avec aussi l’influence de la Gambie toute proche, où cette musique est très présente. Petit à petit, le reggae est devenu bien plus qu’un style musical pour moi : c’est devenu une manière de voir le monde et de transmettre des messages.
Kirinapost : Le reggae est une musique de revendication, quels sont les sujets qui vous interpellent ?
Anaké : Le reggae a toujours été une musique de conscience, de revendication et d’éveil. À travers mes chansons, j’aborde des sujets qui me touchent profondément, comme l’éducation et la protection des enfants, parce qu’ils représentent l’avenir du monde. Je parle aussi de la nécessité de briser les chaînes de l’esclavage mental qui maintiennent encore beaucoup de peuples, particulièrement en Afrique, dans une forme d’aliénation. J’aborde également des thèmes sociaux, comme la justice, la solidarité, la paix et l’amour, parce que pour moi, le reggae doit apporter un message d’espoir et contribuer à éveiller les consciences.
Kirinapost : Vous êtes en phase alors avec ce vent de souverainnisme qui souffle de plus en plus fort sur le continent ?
Anaké : Après des décennies de luttes, l’Afrique semble aujourd’hui reprendre son souffle. Un combat porté par des générations de femmes et d’hommes politiques, d’intellectuels, d’artistes, de penseurs, de résistants….
Aujourd’hui, une nouvelle génération reprend ce flambeau et affirme avec force son désir de souveraineté. Une souveraineté politique, économique et culturelle, mais aussi se libérer de l’esclavage mental et transmettre sa véritable histoire.
L’Afrique doit dialoguer avec le monde d’égal à égal, choisir ses partenaires, défendre ses intérêts et décider de son avenir.
Kirinapost: Ces vagues migratoires vers Ceuta et les frontières européennes récemment, ne peuvent-elles pas faire renaître une autre vague, celle de l’afropessimisme ?
Anaké : Ces vagues migratoires vers l’Europe sont pour moi un véritable signal d’alarme. Chacun est libre de choisir de migrer, mais personne ne devrait être contraint de risquer sa vie en mer pour un espoir incertain.
Il nous faut des dirigeants réellement prêts à défendre les intérêts de l’Afrique, à créer des emplois et à transformer nos richesses naturelles en opportunités pour notre jeunesse, afin de lui donner une véritable raison de rester.
On nous a longtemps vendu le rêve que la réussite se trouve ailleurs, tout en nous faisant croire que nous sommes pauvres. Mais l’Afrique n’est pas pauvre : elle est riche en ressources, en talents et en potentiel. Ce qui nous manque, c’est la capacité de transformer cette richesse en prospérité pour nos peuples.
Kirinapost : Qui sont vos chanteurs reggae préférés ?
Anaké: Ce n’est pas facile d’en citer seulement quelques-uns, parce que beaucoup d’artistes m’ont marqué et m’inspirent. Bien sûr il y a Bob Marley qui reste une référence incontournable. J’écoute aussi beaucoup Buju Banton, Luciano, Sizzla, Capleton, Lila Iké, Méta Dia ainsi que Tiken Jah Fakoly. Chacun à sa manière m’apporte quelque chose, que ce soit par les textes, la spiritualité, l’engagement ou l’énergie qu’ils transmettent dans leur musique.
Kirinapost : Que signifie Anaké ?
Anaké: Anaké signifie littéralement « une autre personne ». Pour moi, ce nom rappelle que chaque être humain est unique, avec son identité, son histoire et sa valeur. C’est une invitation à reconnaître et à respecter la singularité de chacun, tout en célébrant ce qui nous relie les uns aux autres.
Kirinapost: Comment voyez-vous la scène reggae sénégalaise ?
Anaké : Franchement, je trouve que la scène reggae sénégalaise est bien vivante. Il y a beaucoup de talents et une nouvelle génération qui porte le flambeau avec passion. Malgré le manque de soutien et d’opportunités, les artistes continuent de défendre des messages de conscience, de justice, d’amour et de paix. Je reste optimiste, le reggae sénégalais a encore un bel avenir.
Kirinapost: Après la sortie de cet album, place aux concerts ?
Anaké: Oui, après la sortie de l’album BUKUT, on a déjà commencé à le faire vivre sur scène. Il y a eu le showcase de lancement avec une prestation live des titres de l’album, puis on a continué avec le Bukut Band au Monument de la Renaissance à l’occasion de la Fête de la musique, ainsi qu’au Sama Jamm Festival à Saly. Aujourd’hui, on est prêt à partager cette énergie avec le public à travers des concerts, des collaborations et des opportunités de booking. L’objectif, c’est de continuer à faire voyager l’univers de BUKUT dans tout le Sénégal et au-delà des frontières.



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