L’Ukraine et le leurre ‘nombril du monde  

En pensant à l’atmosphère asphyxiante autour de l’Ukraine, encore une mythique guerre entre bons et méchants, certains ne pourrons s’empêcher de reconnaître le vertige de la spirale de l’Histoire. Que ceux qui pensent que la crise ukrainienne est une nouveauté absolue se détrompent.

Depuis 1945 que l’URSS, puis la Russie, est un ennemi officiel du « monde libre », ce n’est même pas encore le début de la brouille. Une condition idéologique caricaturée notamment par le maccarthisme, selon Wikipedia, politique anticommuniste lancée aux USA par le républicain McCarthy dès 1950.

Synonymes : chasse aux sorcières, « Frayeur Rouge » (Red Scare).

Une véritable psychose dans une ambiance de paranoïa anticommuniste, une campagne politique idéologique pour débusquer les « agents communistes » infiltrés aux USA.

En vérité nous assistons aujourd’hui à la suite après l’entr’acte d’une guerre froide – et chaude tour à tour -, qui a d’ailleurs toujours tourné autour de la course aux armements et les politiques de dissuasion. La carotte qui fait avancer l’âne c’est l’arme nucléaire, généré entre autre par Hiroshima/Nagasaki.

La situation n’a connu qu’une petite pause avec Gorbatchev et Yelsin (dont la diversion fanfaronne n’a servi qu’à brouiller les pistes). Dès l’avènement de l’ère Putin <-> Medvedev, on aurait dû comprendre que tôt ou tard le monde allait redevenir aussi bipolaire qu’avant la perestroïka.

Pendant toute la guerre froide jusqu’en 1989 on a bassiné les citoyens du monde avec une idéologie anti-soviétique dans tous les domaines possibles et imaginables. Tout a été fait pour empêcher les gens de penser et de formuler des opinions indépendantes et nuancées. Pendant des décennies, on dénombre des libres penseurs qui ont été qualifiés de menace ultime pour la « démocratie » et d’ennemis caractérisés du monde libre.

Aujourd’hui avec un réseau étoffé d’accusations à deux vitesses (relevant les unes et occultant les autres), c’est encore le populisme et le manque de jugeote analytique qui domine à la faveur de l’habituelle manipulation des émotions.

Poutine évidemment est très loin d’être un ange. Néanmoins, quand je songe à Hiroshima, les tortures de la CIA à Guantanamo et les prisons secrètes à travers l’Europe, à ce que vivent les Palestiniens depuis 1948 avec l’assentiment explicite de l’Occident, à la guerre du Vietnam, à l’invasion de l’Irak, de l’Afghanistan, de la Libye et consort, au dépeçage renouvelé de l’Afrique par des puissances qui jouent avec la gestion opaque et différenciée de sous-préfets locaux formés à bon escient.

Les mêmes rengaines et stratégies dans la construction  d’un monde dont le tissu est désormais fait de failles profondes et de doubles-discours. Des échelles de valeur qui fluctuent selon les courants idéologiques, les constructions sociales et les intérêts des uns contre les autres.

Un monde qui marche sur la tête comme on dit, où l’absurdité côtoie une inhumanité sans limites.

En fin de compte, affaire de gentils contre méchants n’est qu’une vulgaire caricature d’un monde qui n’existe pas.

Et surtout, aucun joueur sur le grand échiquier n’a le monopole du « gros méchant loup ». Aucun. Je passais seulement.

Et mes pensées m’ont amené loin, au gré des vagues qui roulent avec fracas par-dessus les précédentes, leur écume éphémère leur donnant un air redoutable le temps d’un instant. C’est en surfant dans la brume vivifiante, qu’on s’aperçoit qu’aucune vague n’a plus de valeur que les autres. Toutes font partie du même océan.

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D’origine britannique, Rebecca Tickle est d’abord une passionnée de l’histoire et du destin de l’Afrique. Elle baigne dans l’esprit du continent dès sa petite enfance à travers son père journaliste, qui sillonne l'Afrique dans le contexte de la Guerre froide. A l'issue d'une carrière d'infirmière diplômée bien remplie et l’achèvement d’une licence en sciences sociale et politiques, Rebecca Tickle travaille dans le domaine de la résolution de conflit et de la gestion de projet de médiation humanitaire. Elle s’engage ensuite comme chargée de communication puis comme secrétaire générale dès 2009 à la Fondation Moumié basée à Genève, structure œuvrant pour la réhabilitation de la mémoire coloniale tardive et postcoloniale de la résistance nationaliste au Cameroun et au-delà. Elle s'intéresse particulièrement aux maux qui rongent l'Afrique centrale et alimente sa réflexion à travers les dénominateurs communs caractérisant le continent. Portant une attention particulière aux rapports de pouvoir et d'influence depuis les indépendances, à travers entre autre la société civile et les médias, Rebecca Tickle se plonge dès qu’elle en a l’occasion dans cet univers qui lui tient tant à coeur, à travers la littérature, le cinéma africain et la condition humaine sur le continent. Une curiosité insatiable et une veille assidue des actualités depuis près de trois décennies, complétées par un Master en études africaines terminé en 2024 à l’Université de Genève, lui permettent de faire des analyses fortes et de participer sous diverses formes aux débats autour des questions brûlantes qui animent l'Afrique. Rebecca Tickle collabore avec la rédaction de Kirinapost depuis son lancement en 2016.

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