La CEDEAO a réitéré son engagement en faveur de la mise en place de l’ECO, sa monnaie unique. Prévu pour le début 2027, l’instance régionale souhaite un programme de lancement progressif. Cependant, les obstacles sont nombreux. Et pas des moindres !
Réunie dans la ville côtière de Lungi en Sierra Leone a accueilli le 19 juillet dernier, la 69e session ordinaire de la conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO, a affiché sa volonté d’aller vers l’Éco au plus vite.
Cependant, les obstacles sont nombreux. Le non-respect des critères de convergence, absolument nécessaire pour donner toute sa viabilité à une politique monétaire commune est évoqué, mais ce n’est pas le plus important des obstacles. Beaucoup d’Africains voient l’Éco comme un CFA bis. Un simple changement de nom pour venir au secours du CFA devenu trop chargé.
Il est clair, selon plusieurs observateurs, que Paris n’a aucun intérêt à abandonner ces accords monétaires liant l’Union Monétaire Ouest-Africaine (UMOA) à la France, au profit de l’Eco souverain. Déshabiller Jacques pour habiller Paul ?
D’autant plus que l’article 8 de l’accord monétaire, qui permet à la France de nommer un représentant au Comité de politique monétaire de la BCEAO en cas de crise financière, est toujours présent.
L’ECO, sous ce rapport, ne favorisera pas l’intégration africaine puisque le caractère extraverti des économies ouest-africaines pousse les pays à privilégier les exigences du FMI et des anciennes puissances coloniales au détriment de leurs propres engagements communautaires.
Pour l’enseignant-chercheur et homme politique ivoirien Ahoua Don Mello, des manœuvres visant à maintenir le Franc CFA sous une nouvelle étiquette, un projet d’« ECO-CFA », sont une réalité à laquelle se heurtent les États jaloux de leur souveraineté.
À cette fracture s’ajoute la crainte interne d’une hégémonie du Nigéria, dont la puissance économique et le Naira risquent de transformer le géant anglophone en arbitre absolu du jeu monétaire régional. Le Nigéria fait près de 65% du PIB de l’espace.
De leur côté, les dirigeants de l’AES dont les pays sont encore membres du CFA, perçoivent cette monnaie comme un vestige colonial et envisagent à terme la création d’une devise propre pour parachever leur indépendance politique et économique.
Alassane Ouattara, à qui les dirigeants de la CEDEAO ont confié les rênes de la transition monétaire pour 2027, devra faire un choix clair. Le président ivoirien se retrouve au centre de l’échiquier en effet, sommé de trancher entre la continuité des alliances traditionnelles et le saut vers une véritable indépendance économique régionale. La plupart des analystes interrogés disent connaître d’avance ce que décidera le chef de l’exécutif ivoirien.
En attendant, au moment où le souverainisme gagne de plus en plus de terrain sur le continent et l’espace CFA, une monnaie « CEDEAO » collée à l’Euro grâce à la France, animera les échanges dans les cités africaines et prendra plus d’ampleur dans les prochains mois. Des référendums pourraient être envisagés et des débats intéressants se tiendront.








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