Il y a aujourd’hui, jour pour jour, 39 ans que le plus grand révolutionnaire du reggae, TOSH, nous a quittés. À jamais, the toughest, le plus dur.
Peter Tosh, né Winston Hubert McIntosh, est le reggaeman le plus militant, le plus rebelle, et le plus révolutionnaire qui ait jamais existé.
Peter Tosh n’était pas un homme de paix ; il était un révolutionnaire ! Lors du « One Love Peace Concert » de 1978, devant plus de 40 000 spectateurs excités, son béret noir bien vissé et muni d’une guitare en forme de fusil d’assaut M16, il déclara: « La paix, c’est le diplôme que vous obtenez au cimetière. « Reposes en Paix », c’est ce qu’on écrit sur les tombes…».
« « Chargé » comme tous et contre tous, Peter Tosh savait ce qu’il faisait ce soir-là. Il se dirigea vers le microphone dans son uniforme noir d’arts martiaux et mit sa vie en jeu dans l’un des discours politiques les plus passionnés et dangereux jamais prononcé par un musicien. S’adressant aux deux dirigeants politiques de la Jamaïque, le Premier ministre, Michael Manley, et Edward Seaga, le chef de l’opposition, tous deux présents au premier rang, à une époque où l’ile était plongée dans une spirale de violence politique meurtrière surtout dans les quartiers pauvres, Tosh, en visionnaire, avertit : « Un homme qui a faim est un homme en colère ! ». L’avenir lui donnera d’ailleurs raison car l’île connaîtra, une fois encore, une explosion de la violence politique.
Quelques jours plus tard, il fut emmené dans un commissariat de police et battu sans relâche jusqu’à ce que son crâne soit fendu et sa main brisée. Il survécu en faisant le mort.
Le « One Love Peace Concert » est rentré dans l’histoire parce que Bob Marley a appelé Manley et Seaga sur scène pour qu’ils se serrent la main devant les caméras de télévision. Le discours audacieux et véridique de Peter Tosh, lui, est méconnu du grand public parce qu’il n’a pas été retransmis, son auteur ayant ordonné aux médias venus de l’occident « d’arrêter de filmer !».
Le 11 septembre 1987, Tosh fut victime d’un assassinat perfide, pillé et tué à son domicile par une connaissance : un exemple brutal du quotidien de la vie désespérée du ghetto qu’il avait jeté à la face des dirigeants de son pays. »
C’est indéniable et incontestable, de tous les artistes jamaïcains de sa génération, Tosh fut de loin le plus téméraire et le plus irréductible. Il était un reggaeman révolté et anti-système dont les deux premiers albums « Legalize it » et « Equal Rights » ne faisaient juste que confirmer son génie musical et son militantisme. Ainsi c’est dans cette mouvance que Thibault Ehrengardt déclara ceci « Cet homme-là (Tosh) fut le reflet ténébreux de Bob Marley, l’héritier de ces « Nègres rebelles » qui désertaient les plantations anglaises au XVIIIe siècle, préférant le maquis aux humiliations de l’esclavage. Malcolm X les appelait les « Noirs des champs » et louait leur révolte instinctive tout en l’opposant à la passivité des « Noirs de maison », ces esclaves mieux traités qui en venaient, disait-il, à confondre leurs intérêts avec ceux de leurs maîtres. Peter Tosh était de la lignée des rebelles, il a toujours tracé des frontières morales bien nettes ; trop, peut-être, jusqu’à en faire de véritables fils du rasoir.
Réputé pour son verbe moqueur, souvent ordurier, il fustigeait sans relâche la société jamaïcaine, convoquait les grands hommes au tribunal de l’Histoire (Here Comes the Judge, 1972) ou exigeait la légalisation de la marijuana (Legalize it, 1976). Même s’il y avait de la noirceur en lui, son personnage de karatéka révolutionnaire plaquant sur sa guitare en forme de fusil M16 les accords de refrains militants (« Nous ne voulons pas la paix, nous voulons la justice ») ne doit pas faire oublier qu’il se montrait généralement plus joyeux et accessible que Marley le taciturne ».
Malgré ces concessions, une chose est sur, Tosh refusait de modifier la teneur de ses messages. Il considérait que c’est son rôle était de dire la vérité telle qu’il la percevait et que ce fusse face aux politiciens de son pays, que ce fusse face à la police, ou que ce fusse face aux injustices du monde Tosh ne mettait jamais d’eau dans son vin. Cette attitude lui vaudra plusieurs séjours en prison et plusieurs tabassages aux mains de la police et beaucoup de gens considérait que son assassinat en 1987 fut commandité par les politiciens de son pays, inquiets de son influence…
Peter Tosh était un artiste militant qui n’avait pas peur de dire ce qu’il pensait et de le chanter sur ses disques, parfois au risque de sa propre sécurité, il était aussi conscient de la nécessité d’adapter sa musique pour le marché international.
Peter Tosh croyait en l’action. Il a mis sa vie en jeu pour des concepts qui ont rythmé sa vie : la Vérité et la Justice. Il était un militant radical contre l’apartheid ; il refusa les invitations pour effectuer une tournée en Afrique du Sud (il joua au Swaziland voisin). Dès 1979, il refusa de se produire en Israël, en raison de son soutien à la cause palestinienne. La même année il exprima son opposition au nucléaire aux côtés de Bruce Springsteen au Madison Square Garden, dans le cadre d’une série de concerts de protestation anti-nucléaires. Tosh fit une apparition censurée dans le film d’accompagnement et sur la pochette du coffret des albums. En 1987, quelques mois avant son assassinat, il publia son propre album, « No Nuclear War », qui, à titre posthume, lui valu un Grammy Award.
Trois décennies après sa mort, Peter Tosh a fait l’objet d’une biographie, « La vie de Peter Tosh : Razor Steppin’ » écrite par l’auteur britannique, John Masouri. Le réalisateur oscarisé, Kevin Macdonald, est sur le point de finaliser un film tournant autour de la controverse du premier album solo de Tosh « Legalize It ». En Octobre 2013 près de la maison familiale de l’artiste, dans la paroisse rurale de Westmoreland, un concert de deux jours eut lieu dans un jardin spécialement aménagé, le « Peter Tosh Memorial Garden ». L’année dernière, un parti politique que Peter Tosh avait soutenu, le « governing People’s National Party » (le Parti national des leaders) lui a décerné la médaille du grand honneur de l’Ordre du Mérite de la Jamaïque, une distinction décernée à Bob Marley quelques semaines avant sa mort d’un cancer en 1981.
Avec une biographie, un film, un colloque annuel et un concert anniversaire, Winston Hubert McIntosh, alias Peter Tosh, reçoit une nouvelle reconnaissance. Sa famille s’est (re)unifiée et des mesures ont été prises pour assurer un héritage durable. Peter Tosh, le membre le plus révolutionnaire de « The wailers », reçoit enfin son dû.
Les grandes voix ne meurent jamais !
RIP Tosh, le rebelle de Trenchtown !
Sources: Notis©2013 / La vie de Peter Tosh : Steppin ‘ Razor’ » (Ed. Omnibus Press) par John Masouri
Vidéo d’illustration: PETER TOSH (voix + guitare) / Titre: Creation
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