Dans son encyclique Magnifica Humanitas publiée ce lundi 25 mai 2026, Pape Léon XIV a demandé « sincèrement pardon » pour le retard avec lequel l’Église a condamné « le fléau de l’esclavage ». Le souverain pontife reconnaît que « le Siège apostolique romain » est intervenu « à plusieurs reprises » pour « réglementer et légitimer » la soumission et parfois la réduction en esclavage des « infidèles ». Il admet également que l’Église a « longtemps toléré l’esclavage », qu’elle a possédé des esclaves jusqu’au Moyen Âge et qu’il a fallu attendre le XIXe siècle pour voir émerger une condamnation « formelle, absolue et universelle » de l’esclavage.
C’est une prise de parole qui constitue un tournant historique: pour la première fois, un pape reconnaît explicitement la responsabilité institutionnelle du Saint-Siège dans la légitimation du système esclavagiste atlantique.
Il convient de préciser que le rôle essentiel de l’église dans la traite négrière ne s’est pas arrêté au Moyen Âge. Dans les empires coloniaux espagnol, portugais, français ou britannique, certains monastères, missions, évêchés et congrégations ont détenu des terres exploitées par des esclaves africains ou des populations autochtones soumises au travail forcé. Les Jésuites, par exemple, ont possédé des plantations et des esclaves dans certaines colonies des Amériques, notamment au Brésil, dans les Caraïbes et en Amérique du Nord. Des communautés religieuses en Brésil, à Cuba, à Haïti (Saint-Domingue colonial) ou aux États-Unis ont également utilisé une main-d’œuvre servile.
Au-delà des excuses, cette déclaration relance le débat sur les réparations historiques. L’Église catholique fut un acteur important de l’expansion coloniale européenne : missions chrétiennes, évangélisation forcée, participation à l’effacement ou à la répression de nombreuses cultures et spiritualités africaines, amérindiennes et extra-européennes ont accompagné l’entreprise coloniale. Certes l’implication de l’Église ne fut ni uniforme ni monolithique, certains religieux ayant aussi dénoncé l’esclavage ou défendu les populations colonisées. Il reste néanmoins établi que dans de nombreuses colonies, le catholicisme fut religion officielle et instrument d’encadrement colonial, comme l’illustre le Code noir promulgué sous Louis XIV puis maintenu dans l’ordre colonial français. Dès lors, la question des réparations, restitutions et responsabilités morales des institutions religieuses apparaît désormais difficile à éviter dans les débats contemporains sur la mémoire, la justice historique et l’avenir des relations entre l’Afrique, les diasporas afrodescendantes et l’Occident chrétien.




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