Djibouti. Si proche de la poudrière yéménite

Avec la présence de bases états-unienne, française et chinoise, ce micro-état de la corne d’Afrique sait jouer de son rôle de plateforme militaire internationale. Et, dans le contexte régional instable actuel, sa relation avec le Yémen houthiste occupe une place singulière. Source: Alexandre Lauret pour Orient XXI 

Djibouti. Si proche de la poudrière yéménite, Information Afrique Kirinapost

Djibouti, le 17 avril 2026. Le président djiboutien Ismaël Omar Guelleh. Page officielle d’Ismail Omar Guelleh / Facebook

Réélu le 10 avril 2026 pour un sixième mandat avec 97,81 % des suffrages exprimés, le président djiboutien Ismaël Omar Guelleh fait montre d’une longévité politique exceptionnelle, au cœur d’un environnement régional parmi les plus instables au monde. Situé au carrefour de la mer Rouge et du golfe d’Aden, face au Yémen — en guerre depuis plus d’une décennie — et à proximité de l’Éthiopie, de la Somalie et de l’Érythrée, Djibouti apparaît comme une exception. Par quel procédé cette ancienne colonie française indépendante depuis 1977, un peu plus petite que la Bretagne, peuplée d’environ un million d’habitants, parvient-elle à préserver sa sécurité et à maintenir son équilibre politique ? Érigée en argument de campagne électorale, la « stabilité » s’est imposée au cœur des discours du président âgé de 78 ans. Il a mis en avant à la fois les acquis en la matière et la difficulté de les préserver dans un environnement incertain, marqué par la guerre opposant les États-Unis et Israël à l’Iran.

La séquence internationale marquée par une escalade militaire dans le Golfe et au Proche-Orient a constitué une opportunité politique pour le pouvoir djiboutien, comme l’avait déjà été « guerre contre le terrorisme » lancée en 2001, puis contre la piraterie somalienne une décennie plus tard. La guerre contre l’Iran de 2026 met en avant la capacité de Djibouti à se maintenir à l’écart des tensions régionales tout en préservant ses intérêts économiques et la protection de son territoire de toute attaque de la part de l’Iran, mais surtout des houthistes riverains du détroit de Bab El-Mandeb.

Une stratégie de long terme

Alors que l’ensemble des pays de la péninsule Arabique accueillant des installations militaires états-uniennes ont subi des frappes de missiles ou de drones, qu’elles soient iraniennes en 2026 ou parfois yéménites depuis 2019, la République de Djibouti fait figure d’exception en ayant été préservée. Plusieurs milliers de militaires états-uniens stationnent pourtant sur son sol. Plus encore, alors que l’Iran appelait les houthistes à fermer le détroit de Bab El-Mandeb afin de perturber le trafic maritime en mer Rouge comme il l’avait fait durant un an en 2024 et début 2025 en solidarité avec les Palestiniens, ce scénario ne s’est jusqu’à présent pas concrétisé. Agissant ponctuellement, les houthistes ont privilégié des frappes ciblées contre Israël, plutôt qu’une stratégie de blocage du détroit, qui aurait directement impacté Djibouti.

Ce traitement de faveur surprend, d’autant plus que certains États perçus comme neutres, comme le sultanat d’Oman, ont eux-mêmes été la cible d’attaques attribuées à l’Iran. Ce mode opératoire a été efficace pour démontrer la capacité de nuisance de la République islamique partout dans la région. Certes, la présence d’une base militaire de la Chine, désignée un peu rapidement comme un allié de l’Iran, ainsi que l’éloignement géographique de Djibouti, ont pu jouer un rôle dans la décision iranienne de ne pas étendre ses attaques jusqu’en Afrique. Toutefois, ces éléments ne suffisent pas à expliquer la retenue des houthistes.

À Djibouti, le pouvoir a certes su multiplier les assurances-vie, liées à la présence de puissances étrangères sur son sol qui lui offrent un parapluie sécuritaire d’acteurs antagonistes. Mais la stabilité qui en résulte est le fruit d’une stratégie de long terme. Le pays a su réinventer sa relation avec le Yémen — malgré ou précisément en raison de la guerre civile qui s’y déroule depuis plus d’une décennie. Cet accommodement avec les exigences et intérêts des houthistes apparaît comme un levier central de la stabilisation. Lire la Suite ICI 

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