Dans une interview accordée au journal Impacts.Sn, le penseur Boubacar Boris Diop a avancé que le projet ECO est, pour le président Diomaye qui vient d’acceder à la presidence tournante de la CEDEAO, un véritable test de sa volonté d’émancipation vis-à-vis de Paris.
À l’annonce de l’arrivée de l’ECO, plusieurs pays, notamment ceux de l’AES ont tout de suite déclaré qu’ils n’étaient pas partants. D’autres pays comme la Guinée, la Gambie et le Nigeria se disent pas concernés.
Face à ce front du refus, le président Faye qui dirige la CEDEAO pour un an, est face à un test majeur. Le projet est vu comme un CFA bis, donc piloté depuis Paris.
« Pour le Président Faye, c’est d’un véritable test de sa volonté d’émancipation vis-à-vis de Paris » affirme Diop.
D’après l’analyste, la tâche s’avère rude. L’accueil presque froid que Diomaye a reçu à Bamako dernièrement en dit long. Avec tous ces pays hostiles au projet ECO et surtout en ayant comme nouveau premier ministre un haut fonctionnaire de la BCEAO qui s’est battu sa vie durant pour le FCFA, sans vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, la messe semble être dite !
Pour soumettre les africains à l’ECO des arguments comme « la monnaie est stable», « elle permet de maîtriser l’inflation», « il faut éviter le populisme», vont être servis, en oubliant que la trajectoire des peuples africains va inexorablement ailleurs.
« L’anti-populisme servira d’alibi commode à la soumission à l’étranger : Paris et l’Union européenne se donneront ainsi du répit mais devraient se préparer à enfin admettre qu’on ne peut pas aller éternellement à contre-courant de l’histoire. Et en fin de compte la seule vraie question est la suivante : l’Eco a-t-il la moindre chance de devenir réalité au vu de tous les obstacles qui se dressent sur son chemin» se demande l’écrivain.
Le président Diomaye Faye qui a défendu les thèses de PASTEF sur le FCFA, la Françafrique et le souverainnisme, a rompu avec son parti d’origine. Garde-t-il encore les mêmes convictions sur ces sujets ?
En tout cas, son ministre de l’énergie Abdourahmane Diouf dimanche dernier dans l’émission En Vérité a donné une piste claire.
« On a décidé de sortir d’un souverainisme qui, à la base, est une excellente idéologie que nous partageons, mais qui est devenu une idéologie populiste. Cette parole qui blesse a sévi au niveau national et international, au point que nos partenaires n’avaient plus confiance en nous et que notre stabilité n’était plus un atout » a t-il servi sans nous expliquer par quelle contorsion « cette «excellente» idéologie et «cette parole qui blesse» est devenue une idéologie «populiste».
Il serait vraiment naïf, commente Boris, de se faire la moindre illusion sur une quelconque volonté d’émancipation de Diomaye et de ses camarades vis-à-vis des puissances extérieures habituées depuis l’indépendance à contrôler notre économie.
« L’idéal souverainiste sera la première victime de la crise et cela souligne l’importance des interférences étrangères dans nos affaires intérieures» a soutenu l’essayiste de renom.








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