Boubacar Boris Diop : «Les trois dernières années de la présidence de Macky Sall ont été infâmes»

L’essayiste Boubacar Boris Diop a dans un entretien accordé au journal IMPACT.SN, soutenu que le peuple sénégalais et en particulier sa jeunesse, avait toutes les raisons de se montrer dur envers Macky Sall en raison des trois dernières années de sa gouvernance que le penseur qualifie d’infâmes.

Alors que l’ancien président du Sénégal Macky Sall tente de succéder à António Guterres à la tête des Nations-Unies, plusieurs initiatives visant à contrecarrer ses plans ont vu le jour. Elles dénoncent sa candidature en mettant en évidence toutes les dérives ayant émaillé le dernier mandat de Sall. Boubacar Boris Diop signataire de la pétition en ligne contre cette candidature comprend ces initiatives.

«En fait, après trois alternances, c’est la première fois que les Sénégalais exigent avec une telle insistance des comptes de leur ex-président. C’est que les trois dernières années de Sall ont été tout simplement infâmes, on ne peut juste pas faire comme s’il ne s’est rien passé.» explique le romancier.

Durant ces fameuses trois dernières années, rappelle le penseur, entre les malversations financières quasi surréalistes aux crimes de sang en passant par la dette cachée aujourd’hui admise, tout y est passé.

«Dans un pays où le droit de manifester est une conquête démocratique inscrite dans la Constitution, des dizaines de manifestants ont été tués et il faut bien qu’il en réponde tout comme des deux mille détentions fantaisistes et des meurtres de sang-froid, pas en grand nombre, certes, mais d’une extrême gravité. Je parle ici de François Mancabou, Fulbert Sambou et Didier Badji dont la justice doit nous dire pour quelles raisons et dans quelles conditions ils sont morts» a rappelé le romancier prix Neustadt 2021 (appelé le Nobel américain).

Boubacar Boris Diop souhaite voir la justice se saisir de tous ces dossiers car tout ceci indique un dangereux basculement quant à la nature même de la violence politique dans notre pays.

« Parmi les manifestants tués, il me semblerait justifié d’isoler les cas du rappeur Baba Kana et du tailleur Cheikh Wade abattus presque pour s’amuser, l’un aux HLM et l’autre aux Parcelles. Ce qui est arrivé à tous ces compatriotes indique un dangereux basculement quant à la nature même de la violence politique dans notre pays. Celui qui devait en être le principal bénéficiaire ne peut tout simplement pas prétendre qu’il ne sait rien de tout cela et qu’il n’est donc en rien disqualifié pour diriger la communauté des nations. Toute société humaine abrite le genre de monstres impliqués dans ces crimes de sang et quand ils se réveillent elle doit savoir les identifier, affronter l’image peu flatteuse qu’ils lui renvoient d’elle-même et ressortir de l’expérience avec le sentiment d’être un peu meilleure» soutient-il

Interrogé toujours par Momar Dieng pour IMPACT.SN.SN, sur le bref séjour de l’ancien président devenu candidat au poste de Secrétaire général de l’ONU et sur le soutien tardif de Bassirou Diomaye Faye, Boubacar Boris Diop pense que tout ceci pourrait s’avérer improductif pour Sall.

« J’ai l’impression que le soutien présidentiel, loin de booster Macky Sall, est au contraire de nature à jouer en sa défaveur. L’événement a en effet été l’occasion de remettre sur le tapis les méfaits de son régime : tout y est passé, des malversations financières quasi surréalistes aux crimes de sang en passant par la dette cachée aujourd’hui admise même par ses plus farouches partisans. Des initiatives judiciaires comme celle de l’avocat français Juan Branco ont été réactivées, la jeune Oumou Khalsoum Diallo qui avait réussi à faire annuler le discours de Sall à Columbia University, reste courageusement mobilisée sur ce dossier, le « Collectif des Familles de victimes de Macky » et « Horizons Sans Frontières » de Boubacar Sèye ont rencontré le représentant personnel de Guterres » a-t-il énuméré au micro de Momar Dieng de Impacts.Sn

Malgré tout cela, le penseur croît que le principe de rotation qui veut que le prochain Secrétaire général vienne plutôt d’Amérique latine aura plus de poids sur la désignation du futur ou de la future patron.ne des Nations-Unies.

« Il est douteux que le soutien de Faye, tardif et peu enthousiaste, puisse être d’une quelconque utilité» affirme Boris avant d’ajouter que l’entrée en lice d’un candidat ougandais dans la course onusienne vient aussi confirmer sans doute que l’Union africaine n’est en rien concernée par la candidature de Macky Sall.

Par ailleurs, l’écrivain, soupçonne l’ancien président de n’être motivé que par la tribune que lui offre la candidature à ce poste de Secrétaire général de l’ONU afin de se refaire une image polie.

« On peut se demander si l’essentiel pour l’ancien président n’est pas seulement d’être vu en train de jouer dans la cour des grands de ce monde. Le statut d’ancien candidat à une charge internationale aussi prestigieuse pourrait lui servir de talisman contre des accusations infamantes ou même de potentiels ennuis judiciaires au Sénégal» explique Diop en nuançant toutefois le prestige de la fonction.

«On entend dire ici et là qu’il n’est pas bien de priver le Sénégal d’un tel honneur. À mon avis il ne faut pas donner à cette fonction plus d’importance qu’elle n’en a, surtout à une époque où certains pays, notamment Israël et les Etats-Unis, piétinent impunément le droit international» precise-t-il.

En ce qui concerne Bassirou Diomaye Faye,  sa séparation d’avec Ousmane Sonko, l’a fragilisée et il s’est mis dans une situation délicate. En soutenant la candidature de Macky Sall, pense il confirme cette fragilité.

« Diomaye Faye, s’est de toute façon déjà mis dans une situation où toutes ses décisions susciteront la polémique. Celle-ci n’a pas fait exception. Il fait parfois penser à un homme pris au piège de sables mouvants, tant qu’il reste immobile tout semble aller bien mais le moindre mouvement le met en danger» a analysé l’écrivain.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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