À la découverte de Mame Younousse Dieng, la première romancière en langue wolof

Écrivaine, enseignante et traductrice, Mame Younousse Dieng est la première romancière wolof. Baabakar Wolof nous fait découvrir cette formidable pionnière. 

À la découverte de Mame Younousse Dieng, la première romancière en langue wolof, Information Afrique Kirinapost

Mame Younousse Dieng nous rappelle que notre langue est une force. © Pape Dame Lô / Daam (fils de Mame Younousse )

Tout a commencé à l’école pour Mame Younousse Dieng. Pour apprendre ses leçons, elle les traduisait d’abord en wolof. C’est ainsi qu’elle a commencé à écrire.

« Dès que je suis entrée à l’école, je traduisais tout ce qu’on m’apprenait. J’avais l’impression que si je ne le traduisais pas dans ma langue, je ne pourrais pas retenir le sens » raconte la femme de lettres.

Née à Tivaouane en 1939, elle grandit ce Cayor riche par son art oratoire, sa poésie et sa philosophie.

«Je suis allée à l’école des plus beaux textes de l’oralité au fin fond du Cayor dans un milieu traditionnel où le verbe est succulent » disait-elle au cours d’un intretien qu’elle avait accordé à Alassane Seck Guèye dans le journal Le Témoin en mai 2014.

Maam Younousse Dieng ne quittera son Tivaouane natal que pour poursuivre ses études secondaires au Collège Ahmeth Fall de Saint-Louis avant de rejoindre son mari plus tars à Dakar. À la fin de ses études Mame Younousse Dieng se tourne vers l’enseignement et devient institutrice au début des indépendance.

Enracinée dans sa culture wolof, elle côtoie la littérature française et structure sa démarche en donnant davantage de place au Wolof.

« J’ai bu à deux sources, la tradition orale et le français. Ce sont d’abord les meilleurs diseurs de chez nous qui m’ont inspirée : les griots, conteurs etc., puis, à l’école, les grands classiques de la littérature française car nous n’étudions pas les auteurs africains. Ainsi m’ont marquée Ronsard, Racine, Hugo, Châteaubriand, Lamartine etc. J’étais bien en français, parce que je l’étais d’abord en wolof. Je suis d’une culture littéraire hybride, quelque part, avec la prédominance de ma langue maternelle. Mes émotions s’expriment en wolof et je le confesse, mon français, c’est souvent  du wolof traduit » expliqua-t-elle lors du même entretien.

Après le décès de son mari, elle traverse une période de solitude.Elle ne pouvait pas sortir de chez elle parce qu’elle était en deuil.

Alors, elle a commencé à écrire. Elle avait beaucoup de choses à dire particulièrement sur la femme.

Elle se pose une question :

« Pourquoi ne pas écrire un livre de fiction en wolof puisqu’il y a des contes, des poèmes, … » Mais elle ne trouvait pas de roman. Alors, elle en a créé un en 1992. Aawo bi — La Première épouse considéré comme le premier roman en wolof au Sénégal.. Cinq ans plus tard paraît son roman en français, L’Ombre en feu : Conflits et Émancipation.

Mame Younousse Dieng est également à l’origine de la traduction en wolof de l’hymne national du Sénégal, réalisée en 1961.

Mame Younousse Dieng a aussi traduit Une si longue lettre de Mariama Bâ en collaboration avec Aram Faal. « Nous l’avons fait pour les langues nationales. »

Écrire dans sa langue. La transmettre. La faire vivre. C’était ça son combat.

« Je préfère le wolof puisque c’est plus facile.Quand j’écris en wolof, je ne cherche pas les mots, je ne consulte pas un dictionnaire pour voir le sens des mots.Mon inspiration coule de source et c’est facile pour moi. Et en plus je suis une wolof du Kayoor »

En 1961, Mamadou Dia, président du Conseil, en déplacement à Tivaouane, visite l’école primaire où elle enseigne. Mame Younousse Dieng fit la surprise de faire chanter l’hymne à ses élèves en wolof.

À la suite de cette expérience inédite, Mamadou Dia prit les décisions de faire de cette traduction celle officielle de l’hymne national en wolof et de faire traduire l’hymne national dans toutes les langues nationales afin de l’enseigner dans les écoles dans les différentes langues.

Mame Younousse Dieng nous rappelle que notre langue est une force, notre culture une richesse et notre voix une responsabilité. Voici ce qu’elle répondit au journaliste du Témoin qui l’interrogeait l’éveil de la conscience de l’enfant et sur le destin littéraire de nos écrivains.

Faut- il, alors, passer par l’apprentissage de nos langues pour éveiller la conscience de l’enfant ?
Mame Younousse Dieng : « Bien évidemment ! Il est plus conséquent  de passer par la langue maternelle de l’enfant pour éveiller sa conscience que de faire autre chose.
Beaucoup de cracks, en maths par exemple, sont retardés, voire recalés, faute d’avoir maîtrisé le français, une  langue étrangère, une langue d’emprunt pour la plupart d’entre eux. Tout au long de ma carrière, j’en ai fait l’expérience en classe et chez moi avec mes enfants : je n hésitais pas à recourir au wolof pour  faire passer un concept et continuer mon cours en français. Cela m’a souvent permis de gagner du temps et même de faire sauter des classes aux élèves les plus doués. Il est évident que la perte de temps, au niveau élémentaire surtout, est due en grande partie à la méconnaissance de notre langue d’enseignement qu’est le français.»
 Que vous inspire ce propos de l’écrivain sénégalais Boubacar Boris Diop pour qui le français n’est pas son destin ?
Mame Younousse Dieng : « Boris est un honnête homme, au sens patriotique du terme. Son propos peut s’appliquer à tous les auteurs de chez nous. Qu’on le veuille ou non, notre destin, c’est d’abord nous-mêmes, c’est notre langue. Dans le tourbillon du village planétaire, il faut retourner à nos valeurs car, comme on dit en wolof «  Ku xamatul foo jém da ngay dellu fa nga joge woon ». Nous devons nous arrimer à notre culture avant de nous ouvrir à la civilisation de l’universel qui, nécessairement, sera une civilisation métisse, une symbiose des valeurs de tous les peuples. Aux autres donc de faire l’effort de nous comprendre, de nous étudier comme nous l’avons fait  pour leur culture pendant des siècles. Ainsi, nous n’irons pas au rendez- vous du donner et du recevoir les mains vides, pour tout absorber sans rien apporter.»
 On constate que beaucoup d’auteurs africains écrivent  aujourd’hui dans leur langue maternelle. Qu’est- ce qui explique, selon vous, cet engouement ?
Mame Younousse Dieng : « C’est plus naturel, plus vrai, plus aisé. Maintenant que nous disposons d’un alphabet, c’est normal que les auteurs s’expriment dans leur langue maternelle.»
Lire l’intégralité de l’interview ICI 

 

Maam Yunuss,

Génn na àdduna ci atum 2016.

Yal na ko sunu Boroom xaare guyaar

te fay ko ay jëfam yu màgg.

 

 

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