L’immense écrivain sénégalais Boubacar Boris Diop a 80 ans cette année. Pour l’occasion, l’université Cheikh Anta Diop de Dakar lui consacre un colloque international et interdisciplinaire du 26 au 28 octobre 2026 sous le thème : La Charge et les Chemins de l’Écriture.

Photo de Gavyn Redd / Shevaun Williams Photography
Alors qu’il s’apprête à recevoir le 6 novembre prochain à Kigali le Prix d’Excellence pour son œuvre colossale, Boubacar Boris Diop va être célébré à Dakar. L’Université Cheikh Anta Diop va se pencher durant 3 jours sur cette œuvre colossale.
Boubacar Boris Diop, c’est un demi-siècle d’essais, de romans, de nouvelles et de pièces de théâtre. Une écriture profonde, incisive, subtile…
Le Temps de Tamango, Paris, L’Harmattan, 1981; Les Tambours de la mémoire Paris, L’Harmattan 1990, Le Cavalier et son ombre, Paris, Stock, 1997, ou encore Murambi, le livre des ossements Paris, Stock, 2000 pour ne citer que ceux-là.
Boubacar Boris Diop, c’est un engagement total pour la valorisation des langues nationales, à l’image de Cheikh Aliou Ndao et Ngũgĩ wa Thiong’o, deux écrivains auxquels, il voue un grand respect. Il est auteur de plusieurs ouvrages en wolof dont Doomi Golo, Bàmmeelu Kocc Barma (éditions EJO), 2017 ou encore Malaanum Lëndëm, (éditions EJO) 2022, entre autres…
Boubacar Boris Diop, c’est aussi une vie de journalisme et de militant engagé dans le débat public. Il est l’un des intellectuels contemporains les plus préoccupés par les devenirs africains et l’émancipation du continent. La Gloire des imposteurs, lettres sur le Mali et l’Afrique, co-écrit avec l’intellectuelle malienne Aminata Dramane Traoré en 2014 (éditions Philippe Rey), l’Afrique au-delà du miroir ou Negrophobie avrc Odile Tobner et François-Xavier Verschave, L’Afrique au secours de l’Occident de l’essayiste Anne-Cécile Robert, qu’il a préfacé en 2004 (éditions de l’Atelier), sont autant d’ouvrages qui témoignent de son engagement envers le continent.
Lorsque le second mandat de Macky Sall vira au vinaigre, il le sentit très tôt et tira la sonnette d’alarme à la mort de Fulbert Sambou, Didier Badji et François Mancabou. Il signera plusieurs tribunes, dont une en avril 2023 avec Noam Chomsky notamment, pour dénoncer les dérives autoritaires, les emprisonnements politiques et exiger le respect des droits humains au Sénégal
Boubacar Boris Diop est un vrai intellectuel. Il interroge, s’interroge, se remet en question et ne s’enferme pas, comme la plupart des intellectuels du continent, dans le confort des idées dominantes et les dorures des salons feutrés.
Boris n’hésite pas à tendre une oreille attentive aux gens honnis par pur élitisme par les censeurs, il ne repousse pas la jeune génération et, est sensible à leurs préoccupations. Il échange volontiers avec ceux qui sont à l’opposée de ses idées. Il écoute. Il n’essaye pas d’avoir raison. Et quand il prend position, c’est sans ambiguïtéBoris n’hésite pas à tendre une oreille attentive aux gens honnis par pur élitisme par les censeurs ; il ne repousse pas la jeune génération et est sensible à leurs préoccupations. Il échange volontiers avec ceux qui sont à l’opposé de ses idées. Il écoute. Il n’essaye pas d’avoir raison. Et quand il prend position, c’est sans ambiguïté !
Au cours d’un échange de haut vol avec l’historien Abdarahmane Ngaïdé sur les dérives xénophobes de la société et de leur porte-drapeau médiatique, le député Tahirou Sarr qu’il a qualifié de pernicieux et toxique Sarr, il a rappelé que le panafricanisme, comme tentent de le faire croire certains, ne donne pas un blanc-seing pour l’impunité et le désordre.
Comme pour nous dire finalement que l‘étranger avait bon dos et que le bordel ambiant dans le pays est d‘abord sénégalais. L‘agent municipal qui vend des actes d‘état civil n‘est pas étranger, pardi !
Sans faux-fuyant, il aborde les débats de son temps. Il cherche à être cohérent et à avoir les idées claires. Même si parfois la cohérence est difficile, rattrapés par nos contradictions.
Rares sont les intellectuels qui osent dire sur un sujet déjà traité : « j‘ai eu tort », « Je me suis complètement gouré », comme il a eu à le faire avec sa première analyse du génocide contre les Tutsi par exemple. Il a eu le courage de battre en brèche sa propre lecture. Sa détermination à écrire en wolof découle de cette aptitude à se remettre en question et à ne pas rester figé. Convaincu, comme le dit l’écrivain kényan Ngũgĩ wa Thiong’o dans Décoloniser l’Esprit, que le choix de la langue et l’usage qui en est fait sont centraux dans la définition que se fait un peuple de lui-même par rapport à son environnement naturel et social, et par rapport à l’ensemble de l’univers, Boris s’est résolu après le génocide contre les Tutsi, à reconsidérer radicalement ses modes de pensée
Les propos d’Amady Aly Dieng pour confier ce que l’on attend d’un intellectuel, vont comme un gant à Boris: « Un intellectuel doit être dangereux» disait-il !
C’est pourquoi, il est l’un des rares intellectuels de notre époque à décrypter avec une bonne dose d’exactitude souvent, les tremblements et les frémissements de la société.
Du 26 au 28 octobre prochain, ce sont toutes les aspects multidimensionnels de l’homme que l’université Cheikh Anta Diop va interroger à travers ce colloque. Que nous enseignent sa démarche, quelles en sont les limites et insuffisances. Du 26 au 28 octobre prochain, ce sont tous les aspects multidimensionnels de l’homme que l’université Cheikh Anta Diop va interroger à travers ce colloque. Que nous enseigne sa démarche, quelles en sont les limites et insuffisances ? Ces critiques sont attendues, afin de permettre aux générations plus jeunes, de suivre ses pas et même de le dépasser. Il en sera pas vexé. Lui, le disciple de Cheikh Anta a fait siennes les propos du maître qui exhortait la jeunesse africaine à se former rigoureusement dans toutes les disciplines scientifiques afin de poursuivre l’exploration de l’histoire, des langues et des sciences africaines…et de le dépasser.

Boubacar Boris Diop à Paris, le 17 avril 2024 STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
Tâche difficile car en attendant, notre jeune homme de 80 ans garde intacts son étonnement et ses curiosités. Longue vie Boris !








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