La 61e exposition internationale d’art de la Biennale de Venise sous le thème In Minor Keys conçu par la commissaire Koyo Kouoh décédée en mai 2025 en plein préparatifs demarre ce 9 mai. La Biennale a choisi de réaliser son projet posthume, respectant scrupuleusement sa vision dans laquelle elle prevoyait de hommage à deux figures majeures de la création sénégalaise, le peintre et performeur Issa Samb, dit ‘’Joe Ouakam’’ (1945-2017), et la sculptrice Seyni Awa Camara (1945-2026), décédée en janvier.

Vue de l’installation « Issa Samb et la forme indéchiffrable ».© OCA / Vegard Kleven
Lorsqu’elle fut désignée en novembre 2024, directrice artistique du département des arts visuels de la 61e exposition internationale d’art de la Biennale de Venise, personne ne pouvait imaginer que Koyo Kouoh serait l’absente la plus présente des avant-premières les 6, 7 et 8 mai .
Avec le soutien total de la famille de Koyo Kouoh, la Biennale de Venise a décidé de réaliser son exposition, de suivre son projet tel qu’elle l’avait conçu et défini, dans le but de préserver, de valoriser et de diffuser ses idées et son œuvre. La curatrice suisso-camerounaise avait souhaitait détourner les visiteurs de l’agitation mondiale, de la cacophonie du chaos pour les inviter à se syntoniser sur des « fréquences mineures », privilégiant l’intimité, le soin (care) et la réflexion. Rétablissement, repos, oasis, sanctuaire, intimité sont les maîtres mots.
Son hommage à deux figures majeures de la création sénégalaise, le peintre et performeur Issa Samb, dit ‘’Joe Ouakam’’ (1945-2017), et la sculptrice Seyni Awa Camara (1945-2026), décédée en janvier, sera en bonne place parmi les nombreuses activités qu’elle avait pensé.
Les deux artistes figurent parmi les 110 participants retenus pour l’exposition principale dans les pavillons historiques des Giardini (29), de l’Arsenal (25) et du centre-ville de Venise (46). La commissaire s’est s’intéressée outre Dakar, à des artistes travaillant à Salvador, San Juan, Beyrouth, Paris ou Nashville. Parmi lesquels des artistes individuels, des duos collaboratifs, des collectifs et des organisations dirigées par des artistes. Ils ont tous étaient sélectionnées par Koyo Kouoh avec une attention particulière aux résonances, aux affinités et aux convergences possibles entre les pratiques, même éloignées les unes des autres
«Elle a en cherché à comprendre comment leur ingéniosité, l’étendue de leurs expérimentations matérielles et leurs idées visionnaires dialoguent avec d’autres artistes et mouvements» , soulignent les commissaires.

Koyo Kouoh ici avec Joe Ouakam qui était comme un mentor pour elle.
Sept pays participent pour la première fois à la Biennale Arte : la République de Guinée, la République de Guinée équatoriale, la République de Nauru, le Qatar, la République de Sierra Leone, la République fédérale de Somalie et la République socialiste du Viêt Nam. Le Salvador participe également pour la première fois avec son propre pavillon.
Avec l’artiste américaine Beverly Buchanan (1940-2015), Joe Ouakam occupe un des espaces majeurs de l’exposition où figure un dispositif intitulé ’Sanctuaires’’, dans lequel, la curatrice rend hommage à deux ‘’créateurs de mondes incandescents’’.
Quand Koyo Kouoh fonde en 2008, RAW Material Company à Dakar, l’esprit de liberté radicale et l’approche transdisciplinaire de Joe Ouakam (mêlant théâtre, poésie, sculpture et vie quotidienne) ont servi de modèle à son institution. Alassane Samba petit fils de Joe Ouakam a assisté mercredi à l’avant première de la Biennale.
Bara Diokhané cinéaste et avocat proche de Joe Ouakam est quant à lui mis à l’honneur à travers son film documentaire If Trees Could Talk (ou Si les arbres pouvaient parler).
La reconnaissance internationale de Samb témoigne de l’étendue de son influence. Son œuvre a été présentée dans des expositions majeures telles que « Seven Stories of Modern Art in Africa » à la Whitechapel Gallery de Londres.

Seyni Awa Camara (1945-2026)
Quant à Seyni Awa Camara, elle va faire sa deuxième participation à la Biennale de Venise puisqu’elle était à la 49e édition en 2001 (Plateau dell’Umanità) animaux…sculptrice de grand talent, elle a exposé «Les magiciens de la terre», au Centre Pompidou à Paris (France), en 1989, une étape ayant constitué un jalon important de sa reconnaissance internationale. Son œuvre a été présentée dans de grands rendez-vous internationaux, dont “Africa Hoy, Africa Now” (1992) mais également dans des contextes muséaux majeurs tels que Le Tate Modern, musée d’art moderne le plus important du Royaume-Uni, la Fondation Vuitton (Paris) ou encore à Oslo (Norvège).

Sculptrice de grand talent, Seyni Awa Camara a créé des milliers de personnages en terre cuite : hommes, femmes, animaux
Le Sénégal va animer un pavillon lors de la 61e édition de l’Exposition internationale d’art de la Biennale de Venise, prévue du 9 mai au 22 novembre prochains, en Italie, à travers le projet artistique dénommé “Wurus” (L’or, en wolof), porté par la plasticienne sénégalaise Caroline Guèye, a annoncé l’intéressée à l’APS.
“Ce pavillon de la République du Sénégal se fera sous l’égide du ministère de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme”, a-t-elle indiqué dans un document de présentation transmis à l’APS, précisant que ce sera la deuxième année consécutive que le Sénégal se dote d’un pavillon à la biennale de Venise, après l’édition de 2024.
L’œuvre “Wurus” sera installée au Palazzo Navagero, à Venise, a précisé l’artiste qui travaille avec le commissaire Massamba Mbaye, par ailleurs critique d’art et journaliste.

Koyo Kouoh (1967-2025)
Mercredi 6 mai, relate Olaréwadjou Elvis Laleye dans son éditorial sur Asakan.art, s’est tenue la conférence de presse précédant l’ouverture de la 61e édition de la Biennale d’Art de Venise, « In Minor Keys », devant un parterre de journalistes italiens et internationaux accrédités.
«Unis dans l’amour et l’espérance de réaliser son meilleur rêve, les chercheuses et curatrices Rasha Salti, Marie Hélène Pereira et Gabe Beckhurst Feijoo, le critique d’art Siddhartha Mitter, assistés du chercheur Rory Tsapayi, tous membres de l’équipe curatoriale qu’elle avait elle-même constituée ont fait le reste» a souligné l’éditorialiste.
Marie Hélène Pereira a tenu à réciter devant une assistance attentive et enthousiaste, le fameux poème « Les morts ne sont pas morts » de Birago Diop dans Les contes d’Amadou Koumba que nous reprenons en intégralité ici en hommage à Madame Koyo :
« Ecoute plus souvent
Les choses que les êtres,
La voix du feu s’entend,
Entends la voix de l’eau.
Ecoute dans le vent
Le buisson en sanglot:
C’est le souffle des ancêtres.
Ceux qui sont morts ne sont jamais partis…








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