Moi Rufisquois, le Ter et ma mobilité (Bara Diouf)

Bara Diouf est un homme politique. Originaire et habitant de Rufisque, ville que traverse le nouveau Train Express Régional (TER) qui vient d’être inauguré, il a souhaité réagir en tant que candidat aux prochaines municipales, mais surtout et avant tout, en tant que citoyen rufisquois à cette innovation majeure dans le domaine des transports.

Bara Diouf. Ces derniers jours, sur la toile, il n’est pas de bon ton de critiquer le TER, ce serait être méchant et anti patriote.Pour un candidat, parler d’autre chose que de campagne et de la mairie est très déconseillé. Je ferai fi de cette règle quasi universelle.

Je parlerai du TER par responsabilité historique et devoir de vérité

En effet, en 2019, après avoir subi des désagréments des travaux du TER, les inondations du canal des HLM de Rufisque nous ont contraints à nous révolter et créer un cadre de lutte : Jóog Aar Teungedj…
Cette plateforme, que j’ai mise en place avec d’autres citoyens rufisquois, avait mené le combat rufisquois pour : des passerelles praticables le long du tracé du Ter chaque 500 mètres comme annoncé dans le projet initial, la réfection des routes intérieures dégradées par les camions du TER, la réouverture de la sortie de dégagement de Bourdier, la construction de centres communautaires pour les jeunes.

Malgré un combat acharné, ponctué par une réunion de­vant le Préfet et le Directeur général de L’APIX, force est de reconnaître que nos objectifs n’ont largement pas été at­teints.Les passerelles promises n’ont pas été construites comme annoncé, la passerelle de Djioutiba n’est pas opérationnelle, celle de la gare centrale est anormalement trop longue…

À la place de passerelles normalisées, les Rufisquois sont obligés de passer sous des tunnels mal éclairés, lit d’agressions et dangereux par la proximité avec les voitures. Le TER a dégradé la mobilité intérieure des Rufisquois : se déplacer dans Rufisque de part et d’autre des rails est devenu un calvaire. Les Rufisquois ont cohabité avec les rails sans problème jusqu’à l’arrivée du TER. La fermeture de la voie de dégagement de Bourdier a accentué les embouteillages au rond-point de Djioutiba et l’autopont initialement prévu à Djioutiba n’a jamais été construit. Djioutiba est devenu un lieu de congestion impossible à vivre car c’est le point de ralliement des voitures venant de la RN1 et celles issues de la sortie 9 du péage.

Aujourd’hui, Rufisque est devenue presque pire que Rond-point Camberène en termes d’embouteillages.
Le TER a aussi et surtout dégradé les routes intérieures secondaires à Rufisque, de Ndar gou Ndaw à Arafat, il est presque impossible pour les petites voitures, de circuler. L’APIX n’a construit aucune de ces routes dégradées par ses camions de chantier.

La conséquence est la dégradation irréversible de la mobilité et du visage de Rufisque. Les taxis-clandos ont carrément multiplié le coût du transport par 3 ou 4 dans certaines zones. À titre d’exemple, pour un trajet de 3 km entre Cité Gabon et le stade Galandou Diouf, il faut payer entre 1500 à 2500 FCFA selon la tranche horaire de la journée.

Ce renchérissement du coût du transport a créé une niche pour les Jakarta. Ils sont venus d’un peu partout du Sénégal, des jeunes rufisquois aussi ont investi le créneau, les Jakarta font la loi à Rufisque avec leur lot d’accidents souvent mortels: merci TER. Les investissements prévus sur les espaces laissés libres par le TER, que l’APIX nous avait promis, sont aujourd’hui de vrais éléphants blancs. Aucun franc n’a été investi à Rufisque.
L’APIX s’est montré très irresponsable à Rufisque et malheureusement les Rufisquois, par leur légendaire lutte interne à somme nulle, sont passés à côté.

Ce TER trop cher pour le Rufisquois moyen

Ce samedi, en discutant avec mes amis, dont l’écrasante majorité est constituée d’ouvriers du bâtiment, de pê­cheurs, de plombiers, de commerçants etc., le coût du trans­port par le TER a été très décrié.
Le Rufisquois de classe moyenne, non véhiculé, se déplace vers Dakar soit en payant un taxi individuel entre cinq à huit mille francs, soit par taxi collectif Taxi Bokko à 1200, maximum 1300 francs par voyage. Pour cette classe à laquelle j’appartiens, payer 1500 FCFA pour un voyage Rufisque-Dakar, en moins de 25 minutes est une aubaine, face aux 2h de temps souvent passés dans les taxis.

Par contre, pour mes amis ouvriers, souvent payés à la journée ou par chantier, dépenser 2000 FCFA par jour pour le transport est économiquement suicidaire. Pour la majeure partie, le salaire journalier ne dépasse guère 6000f maximum et utiliser près de 50% de ses revenus pour le transport est impensable. Pour eux, la solution restera forcément les Ndiaga Ndiaye et Tata à 350 FCFA pour Rufisque Dakar.

Si l’objectif est de faire du Ter, un moyen de transport de masse, que les prix soient réduits jusqu’à maximum 500 FCFA pour Rufisque-Dakar, sinon la grande partie des Rufisquois ne verront le Ter que de loin. Pour finir, au-delà du coût anormalement exorbitant sur 36 km, le Ter est une vraie calamité pour Rufisque et les Rufisquois. Essayer d’exalter une fierté nationale c’est bien, mais pas au prix pour nous d’occulter la vérité sur le calvaire de concitoyens rufisquois.
Bonne journée.
Bara DIOUF
Citoyen Rufisquois

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