Monsieur,
Vos récentes déclarations qualifiant certains de vos opposants de “terroristes” suscitent une vive incompréhension et appellent, de la part de nombreux citoyens, une réaction empreinte de responsabilité et de clarté.
Le choix des mots en politique n’est jamais neutre. Il engage non seulement celui qui les prononce, mais également la perception collective d’enjeux graves. Le terrorisme, en particulier, ne saurait être invoqué à la légère. Il renvoie à une réalité tragique, faite de violence aveugle, de pertes humaines et de traumatismes profonds.
Ceux qui en ont été directement témoins savent qu’il ne peut en aucun cas servir d’outil de disqualification politique. En France, où vivent de nombreux Sénégalais, cette réalité a été douloureusement vécue à travers des événements qui ont marqué durablement les consciences : les attaques perpétrées par Mohamed Merah en 2012, les attentats commis par les frères Kouachi en 2015, ou encore les tragiques événements du 13 novembre 2015.
Ces drames ont coûté la vie à des innocents et laissé des blessures profondes. Ils rappellent, avec gravité, que le terrorisme n’est ni un slogan, ni un instrument de débat politique.
À cet égard, il apparaît difficile de concilier une telle qualification avec le parcours récent de ceux que vous désignez ainsi : des citoyens ayant exercé leurs droits, exprimé leur désaccord face à une loi d’amnistie, et qui, à peine sortis de prison, ont obtenu la confiance du peuple par la voie des urnes. Ce fait, à lui seul, devrait inviter à une lecture plus nuancée et plus respectueuse des principes démocratiques.
Par ailleurs, il convient de relever que cette même loi d’amnistie, rejetée par ces opposants, a été adoptée avec le soutien de vos propres partisans. Cette situation met en lumière une contradiction qui mérite d’être interrogée avec lucidité.
Au-delà de ces éléments, vos propos semblent traduire un contexte de tension et de crispation que nul n’ignore. Les responsabilités liées à la conduite des affaires publiques, particulièrement en période de crise, sont lourdes. Elles exigent cependant, plus que jamais, retenue, précision et sens de l’État. Les ambitions, quelles qu’elles soient, ne sauraient justifier une altération du sens des mots, au risque d’en affaiblir la portée.
Le Sénégal, fort de son histoire et de sa stabilité, n’a jamais été assimilé à un théâtre d’opérations terroristes. Si tel avait été le cas, la solidarité internationale se serait naturellement manifestée. L’absence de telles réactions souligne, en creux, le décalage entre la gravité du terme employé et la réalité des faits.
Enfin, il convient de saluer la maturité du peuple sénégalais, qui a su, dans un contexte pourtant tendu, faire prévaloir les voies démocratiques. Ce choix témoigne d’un attachement profond aux valeurs de paix, de dialogue et de responsabilité.
Monsieur, il est essentiel que le débat public retrouve sa sérénité et sa rigueur. Cela passe notamment par un usage mesuré et juste des mots, à la hauteur des enjeux et du respect dû aux citoyens.
Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de ma considération distinguée.
Mouhamadou Diallo
Citoyen Sénégalais








Laisser un commentaire