Les personnalités qui font la Casamance (Part III)

Toujours notre mois consacré à la Casamance. Encore cinq figures emblématiques de la belle région du Sud.

Abbé Diamacoune

Leader indépendantiste, Abbé Augustin Diamacoune Senghor est né le 4 avril 1928 à Senghaléne, à l’Ouest de Ziguinchor. Drôle d’histoire que de fêter son anniversaire le jour de l’indépendance du Sénégal pour un séparatiste…

Abbé Diamacoune a hérité l’action politique puisque son père est membre fondateur du Bloc Démocratique Sénégalais, directeur du séminaire moyen Notre-Dame de Ziguinchor de 1972 à 1975. Il prendra la tête du MFDC de décembre 1982, date du déclenchement de la lutte pour l’indépendance de la Casamance, jusqu’à sa mort.

C’est avec lui que l’État négociera plusieurs  accords de paix. Emprisonné à deux reprises pendant cette décennie 80-90, il est assurément la figure de proue de la rébellion en Casamance et l’interlocuteur principal du mouvement. L’indépendance tardant à être obtenue, à cause d’un État intransigeant sur la question casamançaise, le MFDC connaît des troubles et des fractions plus radicales qu’Abbé Diamacoune émergent. En décembre 2004, l’État signe avec le prélat des accords qui ramènent l’accalmie. Malade et débordé par l’aile radicale, Abbé Diamacoune décède en 2007 dans un hôpital parisien. Aujourd’hui, on ne parle plus d’indépendance en Casamance, mais la situation reste  encore fragile.

 Lalo Keba Dramé

Lalo Keba Dramé est un grand korafolas. Né en Gambie, il maîtrise très rapidement la kora et commence à se faire un nom. Il décide alors d’aller s’installer au Sénégal. Sa virtuosité et sa connaissance profonde de l’histoire de la Casamance l’amènent à être souvent invité à la radio nationale, dans une émission animée par Mactar Diallo.

Le Président Senghor, homme de culture, est séduit par le jeu de Lalo Keba. Il séduira d’autres chefs d’état, la Reine d’Angleterre notamment. Il jouera devant sa Majesté alors qu’il prend part au premier Congrès Mandingues, qui se tenait à Londres. Lalo Keba Dramé est l’interprète des chansons de Bamba Bodian et de Coura Mbissane, qui feront de lui une véritable star en 1967, date de leurs sorties.

La Reine Elizabeth les reçoit au château et offre une bague en diamant à la dulcinée de celui qu’elle définissait comme « l’homme aux doigts de fée »

« La lune de miel se passe aux USA, aux frais du Président Diawara, qui paie la note. On a passé six mois à l’ambassade de la Gambie aux États-Unis, avec tous les honneurs dus à l’hôte du Président Gambien », raconte, nostalgique, Coura Mbissane.

Lalo Keba décède subitement deux ans après sa participation au premier Congrès d’Études Mandingues à Londres. Au sommet de son art, Lalo Keba quitte ce bas monde sans crier gare. Aujourd’hui, ses chansons sont devenues des classiques et sont régulièrement reprises. Le chanteur Woz Kaly, Touré Kunda ou encore Youssou N’dour ont repris dernièrement certains des tubes du légendaire korafola.

Pierre Goudiaby ATEPA

Né en 1947 à Baïla, un village de Casamance, Pierre Goudiaby est un architecte de renom. A son actif, le siège de la CEDEAO (Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest à Lomé (Togo), l’aéroport de Banjul ou encore le siège de la Banque Centrale de l’Afrique de L’Ouest, qu’il construit en 1975. Depuis 1985, date à laquelle il fonda Atepa Technologies, une société d’ingénierie technique, financière et immobilière, le fameux architecte a installé des bureaux en Gambie, en Guinée-Bissau, au Mali, au Togo, en Mauritanie, au Tchad, en République démocratique du Congo ou encore au Burkina Faso. En 2006, un Espace Atepa s’ouvre  sur les Champs-Élysées à Paris. En 2010, il ouvre un bureau à Pékin. Membre de l’Académie internationale d’architecture, Atepa est aussi PCA de la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières. Architecte-conseil de l’État du Sénégal pendant des années, il est également le président du Collectif des Cadres Casamançais. Le nom de Pierre Goudiaby est lié naturellement à la Casamance, à l’Afrique et à la construction… pour ne pas dire à la pierre.

Assane Seck

Homme politique et universitaire, né le 1er février1919, Assane Seck a la particularité d’avoir exercé des fonctions ministérielles sans interruption de 1966 à 1983. Dix-huit ans membre du gouvernement du Sénégal,  il faut le faire ! Ministre de la Culture de juin 1966 à juin 1968 ; ministre de l’Éducation nationale de juin 1968 à mars 1973 ; ministre des Affaires étrangères du 5 avril 1973 au 21 novembre 1975, puis ministre d’État chargé des Affaires étrangères du 21 novembre 1975 au 13 mars 1978, à nouveau ministre de la Culture de mars 1978 à juillet 1981 et enfin ministre de l’Équipement de juillet 1981 à mars 1983. Professeur des universités, après sa thèse d’État en 1970, Assane Seck est décédé le 27 novembre 2012. L’université de Ziguinchor porte le nom de cet illustre fils de la région.

Hortense Diedhiou

Elle détient une douzaine de médailles continentales, dont 3 titres de championne d’Afrique. Elle est le porte-drapeau du Sénégal aux Jeux de Londres.

Hortense a décroché une douzaine de médailles continentales, dont 3 titres de championne d’Afrique. Elle est aussi la seule Sénégalaise à avoir enchaîné quatre olympiades : Athènes 2004, Pékin 2008, Londres 2012 et Rio 2016 (le nageur Malick Fall a disputé quatre JO de suite chez les hommes ). Hortense est même la seule judokate africaine à l’avoir fait (les Égyptiens  Hesham Mesbah et Islam El Shehaby en ont fait de même chez les hommes).

Attachée à sa Casamance natale, Hortense prépare déjà sa reconversion en s’activant pour le développement du judo dans sa région. Par ailleurs, elle met sa notoriété au service de la paix. Devant le chef de l’état qui recevait le monde sportif, elle avait, en larmes, appelé les parties à se retrouver et œuvrer en faveur d’une paix définitive.

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