l’énergie religieuse ne déploie pas ses potentialités comme elle devrait le faire

La place de la foi est importante au Sénégal. Une ferveur qui impressionne lorsque l’on voit de loin cette débauche d’énergie entourant la religion lors du Magal, ou plus récemment du Gamou (Que ce soit à la télé ou sur le Net). On se demande malgré tout, si tout cela n’est pas toujours du gâchis.

Le degré élevé de religiosité étonne. Ce n’est pas un hasard si en 2015, le Sénégal faisait partie de ceux qui sont les plus attachés aux questions religieuses selon une étude du PEW Research Center.

Cette force qui se déploie, semble être la première « ressource énergétique » du Sénégal, comme elle l’était aussi du reste en Égypte ancienne.

C’est un moyen de mobilisation extraordinaire. Malheureusement, comme nos autres ressources naturelles (minières, énergétiques), l’énergie religieuse ne déploie pas ses potentialités comme elle devrait le faire. Si elle produit de très bonnes réalisations, elle a aussi souvent tendance à générer de la négativité. Les politiciens en quête d’élection ou de réélection cherchent, par toutes sortes de manœuvres, à la capter. Cette instrumentalisation détourne dans une autre direction un mouvement qui peut produire autrement des effets positifs pour l’ensemble de la collectivité.

Les querelles doctrinales, elles, dispersent cette énergie et opposent des adeptes de différentes obédiences, que l’essentiel devrait pourtant unir. Nous en avons eu une illustration ces derniers jours avec les controverses sur les principes et usages traditionnels établis: le Gamou pensé comme une déviation, le reproche sur le fait d’avoir un guide religieux, etc. Autant de querelles byzantines qui étouffent cette énergie aux ressources internes incalculables.

L’énergie religieuse peut mener à la désagrégation ou à l’amélioration continue des choses.

Au début des années 1950, Cheikh Anta Diop rencontre tous les grands guides religieux du pays pour les conscientiser et les mobiliser afin de faire face à l’avancée du désert. Une initiative saluée même par les autorités coloniales de l’époque. C’est un exemple de bon usage de l’énergie religieuse.

Il y a 91 ans, jour pour jour (octobre 1930), était nommé un nouveau gouverneur général pour l’AOF (L’Afrique-Occidentale française) du nom de Jules Brévié. Ce dernier a consacré une bonne partie de son séjour en Afrique de l’Ouest à opposer les fidèles des croyances religieuses, notamment les adeptes des croyances ancestrales et ceux des religions dites révélées, en particulier l’islam. Voir mon post sur Brévié ici :

https://www.facebook.com/1337845427/posts/10219036594769292/

Brévié donne l’exemple d’un mauvais usage de la religion. Ses adeptes sont encore malheureusement légion au Sénégal. À chaque fois que les querelles doctrinales sont poussées à l’extrême et génèrent des animosités au lieu d’être une source d’enrichissement mutuel, c’est Brévié qui est ressuscité.

Bon usage ou mauvais usage de la religion. Il faudra choisir.

Chaque peuple possède des dynamiques internes qui, bien orientées, peuvent le mener vers les cimes. Il y a une immense énergie qui, bien orientée, se métamorphose en véritable force de changement.

Et, contrairement à ce qu’on dit souvent, l’énergie religieuse ne s’oppose pas à la science. Les grands physiciens sont souvent de grands mystiques, cela depuis la plus haute antiquité.

Interrogé quelques jours avant sa mort alors qu’il était au Cameroun, Cheikh Anta Diop nous révèle ceci : « Il n’y a pas d’antinomie entre la science et la foi. La recherche scientifique s’impose pour nous. C’est la seule manière d’aider l’homme à se maintenir dans son environnement. La nature est pleine de mystères que la science tente d’expliquer sans faire des hommes des mécréants. La grande énigme c’est de savoir comment la nature a surgi du néant. Elle suffit pour garder la foi ».

Positivée et canalisée, la foi peut produire des merveilles. Source de querelles, elle nous tire vers l’arrière.

PS : Je cite souvent Cheikh Anta Diop. C’est fait à dessein. C’est une source d’inspiration inépuisable lorsque vient le moment de réfléchir sur nos turpitudes.

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Khadim Ndiaye est philosophe, historien et éditeur sénégalais. Membre du Collectif contre la célébration de Faidherbe, il travaille beaucoup sur les questions de mémoires et celles qui touchent au fait coloniale. Grand militant des langues nationales, Khadim est auteur de: "Le français, la francophonie et nous". Les analyses de ce disciple de Cheikh Anta Diop, élève de Boris Diop et de Souleymane Bachir Diagne sont sur Kirinapost.

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