Couverture procès Habré: Une honte pour le journalisme indépendant !

« La presse sénégalaise a reçu 800 millions de Francs CFA », lors du procès Habré via l’agence Premium Africa « pour démolir sa présomption d’innocence » La révélation est de Fatime Raymonde Habré, épouse de l’ancien président tchadien Hissène Habré, jugé et emprisonné au Sénégal, dans un entretien vidéo avec Pape Alé Niang. La presse sénégalaise qui se dit indépendante aurait été utilisée par les juges africains pour charger le président Habré. Sans mettre toute la presse dans le meme panier, plane un parfum d’un scandale en son sein avec cette histoire. En tout cas, ça ne cadre pas avec les pratiques et les normes journalistiques.

Les accusations de madame Habré sont graves. Si c’est vrai, cela veut dire que des médias sénégalais et tchadiens ont été choisis pour enfoncer Habré avant le procès. Tout ce ci fait froid dans le dos quand on se rappelle des articles à charge à foison. Le plus illustratif c’est le reportage à charge, fait par le journal de Madiambal Diagne, Le Quotidien, contre le président réfugié au Sénégal avant l’ouverture du procès. De là à croire aux accusations de Raymonde Habré, il n’y a qu’un pas.

Abdou Khadre Lo représentant au Sénégal de Premium Africa a vite fait de monter au créneau pour apporter des « précisions utiles ». Nous publions dans son intégralité ses « précisions utiles ».

Par Abdou Khadre Lo: « PRECISIONS UTILES !

« Suite aux déclarations de Madame Fatime Raymonde Habré nous accusant d’avoir reçu et distribué 800 millions de francs CFA à la presse sénégalaise pour salir le nom de son mari, je tiens à apporter les précisions suivantes:

– L’ensemble des activités des Chambres Africaines Extraordinaires (CAE), tribunal créé en 2013 par un accord entre l’Union africaine (UA) et le Sénégal, est dans le domaine public. Pour ceux qui veulent vraiment savoir, il suffit de se rapprocher de l’administration sénégalaise pour en obtenir tous les détails, y compris les dépenses.

– Mais à l’attention de Madame Habré et de l’opinion, il est utile de savoir que dans le cadre d’un appel d’offre international concurrentiel pour prendre en charge la sensibilisation sur les CAE, un consortium composé de trois (3) structures internationales avec mon ancien cabinet (Primum Africa Consulting) comme tête de file, a été choisi.

– Ce travail de sensibilisation est une activité considérée comme nécessaire pour ce type de tribunal ad hoc (Tribunal spécial pour la Sierra Leone, Tribunal spécial pour le Liban, etc.), à l’information d’abord des populations les plus concernées par les procès.

– Un contrat a été signé entre le tribunal et le consortium pour un montant de 559 979 984 millions de F CFA sur une durée de 2 ans avec pour mission d’apporter aux populations tchadiennes (loin du tribunal), sénégalaises (chez qui le procès a eu lieu) et internationales (qui s’intéressaient évidement à ce type de procès), des informations factuelles et rendant compte des points de vue de toutes les parties au procès, rigoureusement et sans exception.

– Nous avons organisé plusieurs fora au Sénégal, au Tchad et à l’international avec des universitaires, des acteurs de la société civile et des associations de victimes.

– Nous avons officiellement et systématiquement invité les défenseurs de Monsieur Hissène Habré à prendre part à ces débats pour donner leur point de vue. Ils ont toujours refusé.

– Nous avons effectué plusieurs voyages dans plusieurs pays d’Afrique pour expliquer le travail du tribunal et toutes les étapes du procès. Nous avons fait venir des journalistes tchadiens au Sénégal pour leur permettre de couvrir le procès, et organisé le voyage de journalistes sénégalais au Tchad pour qu’ils puissent y faire leur travail en toute indépendance.

– Dire que nous avons distribué 800 millions de F CFA à la presse sénégalaise est un mensonge honteux et un affront à l’indépendance des dizaines de médias et journalistes sérieux avec qui nous avons travaillé.

– Le consortium de sensibilisation sur les CAE n’avait pas pour mission d’interférer dans le travail de la justice et n’y est pas intervenu. Le tribunal a estimé à l’issue de la procédure judiciaire qu’il avait suffisamment de preuves pour retenir la culpabilité de l’accusé pour les faits de crimes contre l’humanité et crimes de guerre.

– La décision des CAE est devenue définitive, en appel, il y a exactement quatre ans, le 27 avril 2017. Dès lors, les membres du consortium de sensibilisation ne peuvent être concernés par le débat sur la culpabilité de l’accusé.

En professionnels aguerris et fervents croyants, nous ne sacrifierons jamais notre crédibilité et nos convictions sur quelque autel que ce soit. Ceux qui interagissent avec nous depuis des années peuvent en témoigner. »

Merci!

PS: Ceci sera mon unique et seule intervention sur cette question. Tous les documents étant disponibles auprès de l’administration sénégalaise. »

À la lecture de ces « précisions utiles » on retient donc que Premium Africa avait bel et bien signé un contrat avec les Chambres Africaines Extraordinaires (CAE) chargées de juger M. Habré et que le consortium avait lancé un vaste programme de sensibilisation sur les activités de cette juridiction africaine. Autre chose à retenir madame Habré parle de 800 millions versés à la presse quand monsieur Lo parle 559 979 984 millions de F CFA destinés à « apporter aux populations tchadiennes (loin du tribunal), sénégalaises (chez qui le procès a eu lieu) et internationales (qui s’intéressaient évidement à ce type de procès), des informations factuelles et rendant compte des points de vue de toutes les parties au procès, rigoureusement et sans exception. »

Ce qui est sur est que une depeche de l’APS datant du 08 avril 2014, confirme les rencontres et les formations pour une couverture médiatique de la procédure. Rappel:

08 Avril 2014 APS.

Affaire Habré: des journalistes en formation sur la couverture médiatique de la procédure.

« Une vingtaine de journalistes sénégalais prennent part à un atelier de renforcement ouvert mardi à Dakar, dans le but de les préparer à mieux rendre compte de la procédure judiciaire lancée au Sénégal contre l’ancien président tchadien, Hissène Habré, poursuivi pour « crimes de guerre, crimes contre l’humanité et actes de tortures ».

D’une durée de trois jours, le séminaire est à l’initiative du consortium international de sensibilisation commis par les Chambres africaines. Cette juridiction est chargées de poursuivre ‘’le ou les principaux responsables de crimes perpétrés sur le territoire tchadien du 7 juin 1982 au 1er décembre 1990’’.

La rencontre regroupant 20 journalistes est animée par trois experts (un Sénégalais, un Camerounais et un Français).

‘’Notre consortium, il faut le rappeler et insister la-dessus, n’a pas de parti pris dans cette affaire Habré qui oppose la partie civile et la défense. Nous sommes totalement neutres dans cette affaire’’, a assuré Abdou Khadre Lô, membre du consortium international.

‘’Notre mission est de sensibiliser, d’informer en toute objectivité sur les activités des Chambres Africaines Extraordinaires’’, a-t-il ajouté à l’ouverture de cette rencontre.

‘’Il s’agit d’informer les populations sur l’état de la procédure (visant Habré). Nous pensons et nous croyons même que la presse a un rôle déterminant à jouer dans cette affaire’’, a pour sa part déclaré Marcel Mendy, coordonnateur de la cellule de communication des CAE.

Selon M. Mendy, venu présider l’ouverture de ce séminaire de formation, la presse doit jouer le rôle d’interface entre les CAE et les populations pour disposer de la ‘’bonne’’ information dans le cadre de cette procédure.

‘’Vous avez un rôle capital à jouer dans cette affaire, d’où l’intérêt de vous former sur cette question, de vous mettre à niveau, de vous imprégner de ce dossier pour pouvoir en parler valablement’’, a-t-il dit aux participants. » Source: APS

Donc, pour juger Habré, les Chambres Africaines Extraordinaires avaient besoin de sensibiliser les populations sénégalaises et tchadiennes par l’intermédiaire d’Africa Premium qui a gagné un contrat de 559 979 984 millions de F CFA (Madame HABRÉ dit 800 millions, mais le montant importe peu. L’essentiel est qu’une importante somme d’argent a été dégagée).Et on a recruté des journalistes, dans des organes où il y a souvent des chroniqueurs judiciaires, pour leur apprendre comment « couvrir le procès » et comment « faire un compte rendu », comme l’explique la dépêche de l’APS. Certains diront, les formations on en fait tout le temps. Certes, mais c’est comme si on avait téléguidé la presse. Pas toute la presse il faut le rappeler, mais une grande partie. Et comme l’adage dit avec cynisme, qui paye commande, tout ceci ne sent pas très bon quand on sait comment le procès s’est terminé. En réalité, c’est une honte pour le journalisme indépendant !

Des questions  :

– Quels sont les Sénégalais qui ont été sensibilisés à part des journalistes et sont combien ?

– Comment ont-ils été sensibilisés ?

– Où et quand ?

Ces questions sont valables aussi pour les Tchadiens.

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