Les élections états-uniennes de mi-mandat du 3 novembre 2026, décisives pour porter un coup d’arrêt au pouvoir du président Donald Trump, ont vu émerger de nouvelles figures. Parmi elles, le quarantenaire états-uno-égyptien Abdul El-Sayed. Candidat au Sénat dans l’État rural et ouvrier du Michigan, il joue une partition singulière. Son profil comme sa radicalité sont susceptibles d’ouvrir de nouvelles voies pour les Démocrates. Source: Orient XXI

Jackson, le 29 octobre 2026. Abdul El-Sayed, candidat démocrate au Sénat du Michigan, s’adresse à ses partisans dans une salle syndicale à Jackson. Il se présente contre le républicain Mike Rogers. ©JEFF KOWALSKY / AFP
Abdul El-Sayed, candidat démocrate au poste de sénateur dans l’État du Michigan, incarne les recompositions du paysage politique états-unien depuis deux ans. Plus à gauche, soucieux des cols bleus et des jeunes : avec lui, les électeurs démocrates testent une nouvelle option pour préserver cet ancien bastion au Sénat — mais remporté par Donald Trump il y a deux ans —, condition nécessaire à la victoire lors de ces élections de mi-mandat. Après avoir remporté la primaire démocrate, le 4 août 2026, contre Haley Stevens, une candidate de facture centriste, El-Sayed sera opposé au candidat républicain, et fervent trumpiste, Mike Rogers, le 3 novembre. Le scrutin est autant scruté nationalement que disputé et incertain localement.
Abdul El-Sayed naît en octobre 1984, dans la banlieue de Détroit, de parents immigrés égyptiens. Après leur divorce lorsqu’il a trois ans, il est élevé par son père et sa belle-mère, Jacqueline Johnson, une ingénieure états-unienne, originaire du Michigan profond. Cette double influence, comme le revendique Abdul El-Sayed, a façonné sa vision politique : il a grandi en observant son père concilier sa foi musulmane et sa culture égyptienne avec la culture états-unienne rurale et chrétienne de sa belle-famille.
Son père, Mohammed El-Sayed, a grandi à Alexandrie, en Égypte. Rétif à l’autoritarisme du régime égyptien, il a émigré aux États-Unis en 1978 pour poursuivre des études supérieures et y obtenir un doctorat. Il a ensuite mené une carrière d’ingénieur mécanicien, notamment pour General Motors, mais en se syndiquant. Il est également resté actif dans la communauté musulmane de Détroit. C’est ainsi que très tôt, Abdul El-Sayed a pu voir se construire une alchimie typiquement états-unienne entre engagement syndical et engagement religieux.
Au pays des cols bleus
L’État du Michigan est, sur le plan démographique, assez singulier, composite, et même atypique aux États-Unis. Berceau pour ainsi dire de l’« Amérique profonde », mais aussi de la culture syndicale et ouvrière du Midwest sur laquelle s’est longtemps appuyé le Parti démocrate — et dont la General Motors et la ville de Détroit furent longtemps les emblèmes —, il accueille aussi, notamment à Dearborn, une communauté de migration arabo-musulmane. Sans être massive à l’échelle de l’État, celle-ci reste assez significative pour, par exemple, faire potentiellement basculer un scrutin.
C’est ainsi que l’Arab American Institute a pu estimer à 392 733 personnes le nombre d’Arabo-Américains résidant dans l’État du Michigan. Ils proviennent de pays aussi divers que la Jordanie, le Yémen ou le Maroc. Le 12e district, qui englobe les villes de Dearborn et de Dearborn Heights, compte même le plus grand nombre d’États-Uniens d’origine arabe, estimé à 82 536 personnes. Enfin, toujours selon l’Arab American Institute,
Les districts 10, 11 et 13, situés dans la région métropolitaine de Détroit, ont tous vu leur population arabo-américaine augmenter ces dernières années, à mesure que d’importants foyers de population arabo-américaine se développent en dehors de Dearborn et de Dearborn Heights.
Mais le Michigan abrite aussi plusieurs localités où les Afro-Américains, traditionnellement de confession chrétienne, se rangeant à 83 % derrière la bannière du Parti démocrate1, constituent à eux seuls la majorité absolue de la population. C’est le cas de Flint, à 56,3 %, et bien sûr Détroit, à 78 %, qui demeure ainsi l’une des plus grandes villes noires des États-Unis.
La Palestine comme ligne de fracture
La coexistence entre les populations arabo-musulmanes et afro-américaines peut donc y entraîner de vives rencontres et discussions, notamment autour de la question israélo-palestinienne. C’est ainsi que la candidature d’Abdul El-Sayed — dénonçant dès le départ le génocide à Gaza et appelant à la fin de livraisons d’armes à Israël — ne s’est pas immédiatement imposée lors de la primaire démocrate l’opposant à Haley Stevens — soutenu par l’AIPAC (Comité états-unien des affaires publiques israéliennes) et soutenant inconditionnellement Israël. À la veille de l’élection du 3 novembre, Stevens a appelé à voter républicain !
Si Abdul El-Sayed a très largement remporté ce scrutin avec respectivement 80 % et 70 % des voix dans les villes de Dearborn et de Dearborn Heights, son adversaire a, en revanche, brillé dans les villes qui abritent des populations noires, y compris dans Détroit. La polarisation dans les bastions urbains démocrates est donc importante.

Abdul El-Sayed © Sarah Rice/Getty Images
Les habitants de Détroit connaissent pourtant bien Abdul El-Sayed, ou plus exactement le « Dr Abdul El-Sayed ». Il est en effet d’abord un brillant épidémiologiste, au parcours universitaire d’excellence : diplômé en médecine de la prestigieuse Université Columbia, il détient un doctorat en santé publique de l’Université d’Oxford et il a été, en 2019, enseignant-chercheur en épidémiologie à Columbia. Lire La Suite ICI








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