Le journaliste Bruno Meyerfeld a remporté le 27 octobre le 88e prix Albert Londres pour ses reportages sur l’Amazonie publiés dans « Le Monde ». C’est la première fois en presse écrite que ce prix récompense des articles sur la catastrophe écologique. Source: Reporterre

Bruno Meyerfeld, journaliste indépendant, lauréat du prix Albert Londres pour ses reportages sur l’Amazonie publiés dans « Le Monde ». – © JF Paga
Journaliste indépendant, Bruno Meyerfeld vient de remporter le 88e prix Albert Londres — l’équivalent du prix Goncourt pour la presse — pour ses grands reportages publiés dans Le Monde, sur l’Amazonie.
Dans ses articles, le reporter raconte sa rencontre avec Rita, la dernière représentante des Piripkura, un groupe amérindien surnommé « peuple papillon » en raison de sa manière furtive de traverser la forêt. Il retrace également le combat des Guarani-Kaiowá pour la reconquête de leurs terres ancestrales contre les fermiers blancs. Il témoigne, aussi, du conflit meurtrier qui ébranle les Yanomami, tout au nord du pays, confrontés à l’explosion de l’orpaillage illégal et décimés par les épidémies. Là-bas, « le mot génocide n’est plus tabou », écrit Bruno Meyerfeld, lui-même franco-brésilien.
Pour la première fois en presse écrite, le prix Albert Londres couronne une œuvre en lien avec la catastrophe écologique. À quelques jours de la COP31 sur le climat, Bruno Meyerfeld veut ainsi faire de cette récompense un moyen d’alerter sur le péril qui guette l’Amazonie — avec des conséquences planétaires.
Reporterre — Vous avez été récompensé pour trois reportages en Amazonie. Dans ces articles, vous racontez la difficile survie des peuples autochtones et les multiples menaces qui pèsent sur l’Amazonie. Comment en êtes-vous arrivé à ces sujets ?
Bruno Meyerfeld — J’ai commencé à travailler au Brésil en 2019, alors que d’immenses incendies détruisaient l’Amazonie. Les fumées étaient si denses qu’en plein jour à São Paulo, on se croyait la nuit. Traiter de la forêt tropicale s’est donc imposé à moi comme une évidence absolue. J’ai rapidement compris que l’Amazonie était une zone en guerre : la guerre du climat.
Comment aborder un sujet aussi vaste ? Il est difficile de faire parler la forêt, elle est immense et très diverse. J’ai donc donné la parole à celles et ceux qui y habitent. Les peuples autochtones sont les premières victimes et les premiers défenseurs de l’Amazonie. Leurs terres représentent 13 % du territoire brésilien, mais près d’un quart de l’Amazonie. C’est énorme ! Tout un monde tournoie aussi autour des peuples autochtones : ils sont liés à des enjeux fonciers, économiques, sans oublier l’orpaillage et le trafic de drogue.
« L’Amazonie est une zone en guerre, la guerre du climat »
Reporterre — Vous avez été récompensé pour trois reportages en Amazonie. Dans ces articles, vous racontez la difficile survie des peuples autochtones et les multiples menaces qui pèsent sur l’Amazonie. Comment en êtes-vous arrivé à ces sujets ?
Bruno Meyerfeld — J’ai commencé à travailler au Brésil en 2019, alors que d’immenses incendies détruisaient l’Amazonie. Les fumées étaient si denses qu’en plein jour à São Paulo, on se croyait la nuit. Traiter de la forêt tropicale s’est donc imposé à moi comme une évidence absolue. J’ai rapidement compris que l’Amazonie était une zone en guerre : la guerre du climat.
Comment aborder un sujet aussi vaste ? Il est difficile de faire parler la forêt, elle est immense et très diverse. J’ai donc donné la parole à celles et ceux qui y habitent. Les peuples autochtones sont les premières victimes et les premiers défenseurs de l’Amazonie. Leurs terres représentent 13 % du territoire brésilien, mais près d’un quart de l’Amazonie. C’est énorme ! Tout un monde tournoie aussi autour des peuples autochtones : ils sont liés à des enjeux fonciers, économiques, sans oublier l’orpaillage et le trafic de drogue.
De toutes les rencontres bouleversantes que j’ai faites pendant ces sept années, je me rappelle notamment d’un reportage en 2021 dans la vallée du Javari, dans l’extrême ouest du Brésil, où on ne peut aller ni en avion ni en voiture. Ce territoire abrite la plus grande concentration des derniers peuples non contactés de la planète. C’est aussi une zone en prise avec le trafic de drogue et les violences — c’est là que le journaliste Dom Phillips a été assassiné en 2022.
C’est la première fois que le prix Albert Londres récompense des reportages écrits sur l’écologie. Comment le prenez-vous ?
Les reportages qui ont été primés racontent la crise écologique à travers le vécu des populations les plus vulnérables, à savoir les peuples autochtones. C’est essentiel, car les deux enjeux — la destruction de ces peuples et celle de l’environnement — sont étroitement liés.
Nous sommes à un moment décisif pour l’Amazonie, que j’ai vue agoniser au fil des années. 18 % de la forêt a déjà été détruite, et à partir de 20 %, ce sera un potentiel point de non-retour selon les scientifiques. On pourrait voir une distorsion du régime des pluies, et la transformation irréversible du bassin en savane, avec des conséquences désastreuses pour la biodiversité, l’eau, le climat mondial.
Reporterre — Vous avez été récompensé pour trois reportages en Amazonie. Dans ces articles, vous racontez la difficile survie des peuples autochtones et les multiples menaces qui pèsent sur l’Amazonie. Comment en êtes-vous arrivé à ces sujets?
Bruno Meyerfeld — J’ai commencé à travailler au Brésil en 2019, alors que d’immenses incendies détruisaient l’Amazonie. Les fumées étaient si denses qu’en plein jour à São Paulo, on se croyait la nuit. Traiter de la forêt tropicale s’est donc imposé à moi comme une évidence absolue. J’ai rapidement compris que l’Amazonie était une zone en guerre : la guerre du climat.
C’est la première fois que le prix Albert Londres récompense des reportages écrits sur l’écologie. Comment le prenez-vous?
«On détruit sept arbres par seconde»
On estime qu’il y a 400 milliards d’arbres en Amazonie, mais on en détruit 7 par seconde, soit 4 000 en dix minutes [1]. Autrement dit, on pourrait tracer une ligne entre Paris et Darwin [en Australie] en une journée, en alignant les troncs coupés..
Justement, le prix Albert Londres a souvent récompensé des reporters de guerre. Vous considérez-vous comme un reporter sur la guerre pour le climat?
Lors de mes premiers reportages, dans l’État de Rondônia, sur l’Amazonie en feu, j’ai vu des panaches de fumée, des brasiers, des militaires, des violences. Cela ressemblait fort à une zone de guerre. Une guerre qui a ses belligérants, ses crimes de masse, ses victimes, ses lignes de front.
En quoi cette guerre nous concerne-t-elle, en Europe?
L’Amazonie est une immense réserve de CO2 et de biodiversité. La détruire, c’est accélérer l’emballement climatique et l’effondrement du vivant. Si on ne s’occupe pas de l’Amazonie, c’est elle qui viendra se rappeler à nous, sous sa forme la plus effrayante.
«Si l’Amazonie brûle, c’est parce que les allumettes sont vendues chez nous»
Ensuite, nous avons une responsabilité. Ceux qui détruisent la forêt ne le font pas parce qu’ils n’aiment pas la nature, mais parce qu’ils n’ont pas le choix. Aujourd’hui, dans le système capitaliste, un arbre dressé a moins de valeur qu’un arbre détruit. Donc on coupe, pour vendre du bœuf, du soja, de l’or, du bois… Si l’Amazonie brûle, c’est parce que les allumettes sont vendues chez nous, dans nos supermarchés notamment.
Enfin, rappelons que la France est un pays amazonien, avec la Guyane. Nous ne sommes pas seulement des responsables lointains, mais des acteurs de cette guerre.
Comment analysez-vous la réélection, sur le fil, de Lula au Brésil? Est-ce une bonne nouvelle pour l’Amazonie?
Lula a certes fait chuter la déforestation, mais pas assez… La voiture qui fonçait dans le mur à 200 km/h a rétrogradé à 100 km/h, mais elle roule toujours vers le crash, mortel. Le président réélu vise désormais l’objectif zéro déforestation en 2030, qui semble malheureusement inatteignable.
Il y a une nette amélioration, mais Lula a un problème, il joue sur deux tableaux. D’un côté, il se pose en leader sur l’environnement, avec la défense de la forêt. Dans le même temps, il veut être un leader contre la pauvreté — cette pauvreté qui affecte particulièrement les habitants de l’Amazonie. Sur l’île de Marajó, la plus grande île fluviale du monde, j’ai vu des gens souffrir de la faim. Et pour lutter contre la pauvreté, Lula mise, entre autres, sur les revenus du pétrole. Il a ainsi relancé des projets d’exploitation, qui menacent directement la forêt. La Suite ICI








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