Il y a les albums que l’on écoute. Et puis il y a celui-ci, qui m’habite depuis la première note. Un disque de chevet, un refuge. Sa musique ne s’éteint pas vraiment, elle reste dans la pièce, comme le sillage d’un parfum que l’on aime et qui refuse de disparaître.
Si l’on devait résumer la quintessence du jazz en une poignée de disques, celui-là s’imposerait d’évidence. « Midnight Blue » de Kenny Burrell est un classique indispensable au point qu’Alfred Lion, le patron de Blue Note, aurait demandé à être enterré avec son exemplaire.
À une époque où tout le monde se ruait vers le bebop supersonique ou l’avant-garde la plus radicale, Burrell prend le contre-pied. Il veut un disque intime, nocturne, ancré profondément dans le blues et dans l’histoire afro-américaine.
Et ça s’entend dès les premières secondes. Le son est chaud, boisé, presque tactile. On se croirait assis au milieu du studio, dans la pénombre, au milieu d’un léger voile d’encens d’Oman.
Derrière la console, Rudy Van Gelder, l’ingénieur légendaire de Blue Note. Nous sommes en 1963, dans son fameux salon-studio du New Jersey. Van Gelder, c’est le son Blue Note et presque tous les classiques du label entre 1953 et 1967, c’est lui. Et « Midnight Blue », c’est LE disque de guitare du catalogue. Une prise de son très proche, d’une clarté absolue, portée par la réverbération naturelle si singulière de la pièce.
On raconte qu’Alfred Lion, présent en cabine ce jour-là, a tout de suite compris qu’ils venaient de graver l’album parfait. Il ne s’en est plus jamais séparé.
Ce qui fait également la particularité du disque est que Pour laisser un maximum d’espace à sa guitare, Burrell prend une décision radicale pour l’époque : se passer de pianiste.
Son jeu, c’est la fluidité même. Une science de l’harmonie mise au service du blues, qu’il réinscrit au cœur du jazz moderne. Il joue sans médiator, aux doigts, d’où cette chaleur inimitable. Autour de lui, une rythmique resserrée et redoutable : Major Holley à la contrebasse, Bill English à la batterie, et ce riff de congas de Ray Barretto qui accroche et ne lâche plus. Au-dessus, le dialogue avec le ténor de Stanley Turrentine, qui pleure juste derrière la guitare.
J’aime tout dans ce disque. Mais s’il faut n’en garder que deux titres : « Chitlins con Carne » et « Midnight Blue ».
« Chitlins con Carne », pour moi, résume tout. C’est la définition même du son soul-jazz-blues à la guitare. C’est le highpoint de l’album. Ce n’est pas un hasard si des musiciens comme Stevie Ray Vaughan ou Buddy Guy l’ont repris.
Si vous aimez le jazz et le blues, c’est un must-have, tout simplement. ❤️❤️❤️
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