L’indépendance des banques centrales est une valeur sacrée depuis une génération dans les grandes économies capitalistes. La nomination par Donald Trump de Kevin Warsh à la présidence de la FED marque le début d’une nouvelle ère caractérisée par une politisation flagrante de la politique monétaire. Source : Jacobin, Martijn Konings, Les Crises

Les banques centrales sont sous le feu des critiques dans de nombreux pays, notamment aux États-Unis, où les partisans du mouvement « Make America Great Again » (MAGA) considèrent que le contrôle de la Fed est essentiel pour l’avenir de leur mouvement. La nomination de Kevin Warsh au poste de président de la Fed constitue un pas important dans cette direction. (Roberto Schmidt / Getty Images)
Les banques centrales sont sous le feu des critiques dans de nombreux pays, mais nulle part ailleurs cela n’est aussi flagrant qu’aux États-Unis, où les partisans du mouvement MAGA considèrent que le contrôle de la Réserve fédérale est essentiel pour l’avenir de leur mouvement. La nomination de Kevin Warsh au poste de président de la Fed constitue un pas important dans cette direction.
Warsh ne dispose pas de la formule magique qui permettrait d’offrir les taux d’intérêt bas exigés par Donald Trump sans priver la banque centrale du principal outil dont elle dispose pour lutter contre l’inflation. À mesure que les dilemmes politiques s’intensifient, la pression ne tardera pas à croître pour que davantage de place soit accordée aux courants populistes et autoritaires dans l’architecture de la politique monétaire.
Pendant près d’un demi-siècle, les banques centrales ont été « indépendantes » : leurs opérations et leurs décisions étaient confiées à des experts économiques dont la mission principale consistait à fixer les taux d’intérêt à des niveaux permettant d’éviter l’inflation. Ce faisant, elles étaient à l’abri de toute ingérence de la part des responsables politiques, des groupes d’intérêts et de l’opinion publique. Ce consensus est aujourd’hui clairement en train de s’effriter.
Le keynésianisme et ses suites
L’idée selon laquelle la monnaie doit être réglementée pour garantir sa « neutralité » remonte à loin et a légitimé l’orthodoxie de la « finance saine » de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Le keynésianisme a critiqué cette philosophie d’austérité comme étant celle qui avait sacrifié la croissance économique et l’emploi et ouvert la voie à la Grande Dépression.
Dans le cadre de la philosophie d’après-guerre de la gestion macroéconomique keynésienne, les banques centrales sont devenues des institutions puissantes, bien que restant largement invisibles. Au cours des années 1950 et 1960, elles ont soutenu la création de crédit et la gestion de la dette publique, conformément aux priorités de l’État d’après-guerre : protection sociale et croissance économique.
Warsh ne dispose pas de la formule magique qui permettrait d’offrir les taux d’intérêt bas exigés par Donald Trump sans priver la banque centrale du principal outil dont elle dispose pour lutter contre l’inflation
Cependant, ce même État n’a jamais appris à gérer les pressions inflationnistes que ses politiques ont engendrées. En effet, l’idée selon laquelle il existait un compromis entre les niveaux d’inflation et l’emploi est devenue un principe fondamental de l’économie keynésienne traditionnelle.
Les néolibéraux ont fini par s’immiscer dans ce débat et soutenaient que l’hypothèse selon laquelle il existait des compromis stables n’était qu’une illusion : la logique des prévisions entraînerait une auto-alimentation de l’inflation, une observation qui semble expliquer la dynamique des années 1970. Au cours de la décennie suivante, la plupart des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ont pris des mesures pour rendre leurs banques centrales indépendantes, les isolant des cycles politiques et leur confiant la responsabilité de contrôler l’inflation, même au prix d’un chômage élevé.
Mythe et réalité
L’indépendance des banques centrales a toujours été davantage un mythe qu’une réalité, une idéologie qui leur a permis de remodeler le monde plutôt qu’une description fidèle de la manière dont elles s’y sont prises. Même si le consensus en matière de politique économique après 1980 s’opposait à ce que les banques centrales s’engagent dans un « financement monétaire », la séparation entre politique monétaire et stratégie fiscale n’a jamais été hermétique. Même à l’apogée de l’approche technocratique axée sur l’inflation, les banques centrales considéraient le maintien d’un marché stable de la dette publique comme l’une de leurs missions principales.
La dette du Trésor américain est la pierre angulaire non seulement du système financier américain, mais aussi du système financier mondial. La responsabilité de la Réserve Fédérale en matière de stabilité macroéconomique se traduit naturellement par un souci concret de maintenir un marché « règlementé » pour la dette publique.
Si se lamenter au sujet du déficit budgétaire a toujours été l’un des passe-temps favoris des présidents de la Fed, leur capacité à fermer les yeux lorsque les gouvernements ont besoin d’aide pour gérer leur dette se heurte à des limites bien réelles. Celles-ci ne sont pas seulement politiques, elles sont aussi économiques : la dette publique a joué un rôle tout aussi central dans le modèle économique du secteur bancaire à l’ère néolibérale qu’à l’époque keynésienne. Lire la Suite ICI








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