Avec l’intensification de l’utilisation des drones, la guerre civile gagne des régions jusque-là épargnées par leur isolement. Dans le Kordofan du Sud, civils, paramilitaires et membres d’un mouvement d’indépendance se croisent à la ville comme à l’hôpital. Ce reportage a été réalisé entre le 14 et le 18 mars Buster Emil Krichner et Marco Cimoncelli pour Orient XXI

Un pick-up armé transportant des combattants des FSR traverse une localité dans la région d’Umm Dulo, dans les monts Nouba (État du Kordofan du Sud, Soudan). © Marco Simoncelli. Ainsi que toutes les photographies de ce reportage
L’atmosphère est pesante dans les salles aux toits de tôle du Mother of Mercy Hospital. Dans la pénombre, des dizaines de patients malades et blessés s’entassent sur des lits métalliques, parfois à même le sol faute de place. À Gidel, au cœur des monts Nouba, dans l’État du Kordofan du Sud, cet hôpital catholique, fondé en 2008, est devenu un lieu de survie dans une région marginalisée, enclavée et marquée par des décennies de conflit. Ici, il n’existe ni routes asphaltées ni réseau électrique public.
À l’aube, le docteur Tom Catena, médecin états-unien installé dans la région depuis plus de quinze ans, entame sa tournée quotidienne. Lampe frontale fixée sur le crâne, il passe d’un patient à l’autre, suivi d’une poignée d’infirmiers et de médecins. Il examine les plaies, ajuste un pansement, donne une instruction, puis enchaîne sans s’arrêter. Après cette première visite, il rejoint le bloc opératoire, où il reste jusque tard dans la soirée. Dans cet hôpital isolé, il réalise en moyenne une trentaine d’interventions chirurgicales par jour, de toutes sortes, mais, depuis la reprise de la guerre civile le 15 avril 2023, il traite toujours plus de blessures causées par des tirs et par des frappes de drones.
« La triste réalité, c’est que nous voyons surtout des blessures aux bras et aux jambes. Quand les gens sont touchés au torse ou à l’abdomen, ils n’arrivent généralement pas jusqu’ici », explique Tom Catena, d’une voix calme et concentrée, sans interrompre son geste.
Une nouvelle ligne de front
Il n’existe pas vraiment de réseau d’ambulances, précise-t-il. Quelques véhicules stationnés dans des cliniques permettent des transferts, mais il n’y a aucun service d’urgence à appeler. Dans cette région sans réseau téléphonique, « on ne peut tout simplement pas prendre un téléphone et appeler quelqu’un ». Les rares connexions avec Starlink, le réseau satellitaire d’Elon Musk, ont été coupées avec l’intensification des combats, « les autorités craignent que des informations ne soient transmises à l’ennemi », explique le docteur. Lire La Suite ICI








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