Sous l’arbre à palabres: La chanson Gudi Diop de Wasis Diop ou l’Afrique et ses interdits

En Afrique, dans la plupart des sociétés au sud du Sahara, l’ordre social interdisait, autrefois, de héler quelqu’un par son prénom en pleine nuit. Et il y a pleins d’autres interdits du genre. Par exemple: on ne siffle pas la nuit, on ne balaie pas la nuit…
« Aujourd’hui encore, dans les villes du Sénégal, on apprend aux enfants à ne pas appeler quelqu’un par son nom en pleine nuit, ce qui le rendrait vulnérable. Cette discrétion relative au nom est du même ordre que le silence, voire le secret, qui entoure un certain nombre de situations lors desquelles l’individu est particulièrement fragilisé.
C’est le cas de la femme enceinte, du nouvel initié, ou encore du nouveau-né, lesquels figurent parmi les cibles privilégiées des personnes dites « mauvaises » (sorciers, gens qui ont pactisé avec de mauvais génies…) » rapporte Joël Clerget dans son livre « Le nom et la nomination: Source, sens et pouvoirs. »
Chez les Peuls pour héler un enfant en pleine nuit, on remplace son prénom par le mot « cukalel » qui veut dire môme, suivi de son nom de famille. Chez les Wolofs, on remplace le prénom par le mot « Guddi » qui signifie nuit, suivi du nom de famille de l’enfant. Ainsi pour appeler Wasis Diop, on dira « Guddi Diop », d’où le titre de la chanson Gudi Diop.
« Man la guddi Joob ! Sama tur mënu ma ko wax xaaju guddi gi, buko jinne yi dégge, sàcc sa baat, yòbbu ko ci yaay jaw jaw » chante Wasis en wolof pour ainsi dire, grosso modo, ne prononce pas mon prénom – à haute voix – sinon les sorciers malveillants vont l’entendre et utiliseront leurs pouvoirs maléfiques pour me nuire. Wasis se souvient, ici, de cet interdit multiséculaire.
Ce que j’adore chez Wasis (en plus de sa voix de baryton) – d’ailleurs il faut le reconnaître – même s’il fait une musique très ouverte et éclectique, cela ne doit pas faire oublier que son chant Wolof est chargé de réminiscences venant de lui-même, qui le pousse à toujours évoquer son Africanité, ses traditions, la société sénégalaise et sa vie dans les rues de Dakar où il a erré comme un enfant.
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