POÈME « LEVÉE DES COULEURS » DE AUGUSTINO NETO, RÉSISTANT AFRICAIN

Ze Belinga • 10 SEPTEMBRE 1979, mort de Augustino Neto, premier président de l’Angola indépendante. Résistant, homme de culture, poète et politique, Augustiono Neto est né en 1922. Parmi ses écrits, on peut relire, entre autres, le poème « Levée des couleurs ».
Levée des couleurs
Aux héros du peuple angolais
A mon retour au pays natal
les casuarinas avaient disparus de la ville
Toi aussi
mon ami Liceu
voix consolatrice des rythmes entraînants du pays
dans la nuit des samedis infaillibles
Toi aussi
harmonie sacrée ancestrale
ressuscitée dans les arômes sacrés du Ngola Ritmos
Toi aussi tu avais disparu
avec toi
les intellectuels
la Ligue
le Farolim
les réunions des Ingombotas
la conscience de ceux qui trahirent sans conviction
Je suis arrivé au moment précis du cataclysme matinal
où l’embryon rompt la terre humidifiée par la pluie
et la plante s’élève resplendissante de couleur et de jeunesse
Je suis arrivé pour la résurrection de la graine
la symphonie dynamique de la croissance de la joie chez les hommes.
Le sang et la souffrance
étaient un torrent impétueux qui divisait la ville
A mon retour au pays natal
le jour était choisi
l’heure avait sonné
Même le rire des enfants avait disparu
vous aussi
mes bons amis mes frères
Benge Joaquim Illidio Manuel
quels autres encore ?
– des centaines de milliers d’amis
quelques-uns disparus à jamais
victorieux pour toujours dans cette mort pour vivre
A mon retour au pays natal
quelque chose de gigantesque se mouvait dans le pays
les hommes dans les silos gardaient davantage
les écoliers étudiaient davantage
le soleil brillait davantage
une jeune sérénité habitait les vieux
plus que l’espoir c’était la certitude
plus que la bonté c’était l’amour.
Les bras des hommes
le courage des soldats
les soupirs des poètes
tout et tous essayaient de porter très haut
sur la mémoire des héros
Ngola Kiluanji
Reine Jinga
Tous essayaient de porter très haut
le drapeau de l’indépendance.
Poèmes tirés du recueil Espérance sacrée, traduit du portugais par Jean-Michel Massa. [Luanda], U.E.A (Union des écrivains angolais), 1986
©:angolainvivo.com
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