Baïla N’diaye : « Sindiely est un message d’espoir »

Trois questions à Baïla Ndiaye, inventeur et concepteur de la première voiture « made in Sénégal » dénommée Sindiely. 

Kirinapost : Parlez-nous de la fiche technique de votre voiture…

Baïla Ndiaye : Syndiely est construite autour d’un moteur BMW K75 moto, qui attaque un pont Mercedes modifié, pour répondre à la configuration inédite du véhicule. Je l’ai également dotée d’une direction directe par transfert d’angle à assistance hydraulique variable. C’est une injection électronique pilotée par un calculateur avec une boîte séquentielle commandée au volant et son freinage est de type ABS. C’est tout ce qui se fait de mieux dans le domaine. Ce sont entièrement des pièces de récupération. Toutefois, vu sous cette perspective, cela pourrait faire penser effectivement à un vulgaire assemblage. Que nenni. Pas un seul des nombreux éléments qui la composent n’est réutilisé tel que dans sa configuration d’origine, tout a été modifié, ajusté, adapté et le reste créé pour répondre aux besoins spécifiques du cahier des charges.

Kirinapost : Pouvez-vous revenir sur votre parcours ?

Baïla Ndiaye : Je suis consultant industriel et je dirige mon entreprise d’ingénierie à Strasbourg en France. Ma boîte réfléchit entre autres à des solutions machines en direction des pays du sud. Par contre, faire ce que nous voulons avec ce que nous avons est une équation trop complexe pour trouver une solution facile dans la voie classique d’acquisition des connaissances. Il n’existe nulle part au monde une école où on apprend à faire entièrement une voiture. Il y’a de nombreux domaines de compétences qui gravitent autour de sa conception. Si on devait se contenter du parcours académique classique, une vie entière ne suffirait pas pour une maîtrise globale du sujet. J’ai donc choisi de chercher moi-même, dans le déluge de renseignements que nous entretenons avec le monde, les informations utiles et sélectives qui conduisent rapidement à la qualification. Je suis donc autodidacte dans de nombreux domaines.

Kirinapost : Qu’est-ce qui vous a motivé à construire Sindiely ?

Baïla Ndiaye : Notre développement passera par les machines et je suis persuadé que c’est dans notre génie et notre créativité que se trouvent les ressorts du développement. J’ai juste voulu démontrer que nous étions capables, en puisant dans le capital commun des connaissances universelles, de concevoir les outils du développement, des machines adaptées à nos besoins, mais surtout accessibles à notre budget. Si nous devions classer les réalisations humaines selon une échelle de complexité, les voitures occuperaient sûrement le haut du panier. Si nous considérons le principe logique qui stipule que « qui peut le plus peut le moins« on peut raisonnablement dire qu’au Sénégal on sait maintenant concevoir tout ce qui est moins compliqué qu’une voiture, c’est à dire tout. Sindiely est un message d’espoir. Les chaînes des négriers d’autrefois ont survécu à l’abolition de l’esclavage, elles ont traversé les déclarations d’indépendance et, à l’heure du néocolonialisme, elles se sont muées en une formidable barrière mentale, bien plus solide que l’acier des chaînes des marchands d’esclaves qui nous maintient à notre insu un cran en-dessous des autres. Nous avons hérité de nos ancêtres les séquelles de ces périodes douloureuses, qui ont fini par saper les bases de notre confiance en nous-mêmes et déstructurer notre personnalité noire. Voilà tout l’objet de mon combat : Briser les barrières mentales.

 

 

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