THIAROYE 44: PISTES ET ECLAIRAGES JURIDIQUES (PART IV)

Rappel: Le 1er décembre 1944, Il y a 77 ans, avaient lieu les événements de Thiaroye. Durant les années 1985 à 1989, j’avais été impliqué, dans une affaire Thiaroye devant la Justice Sénégalaise, qui avait défrayé la chronique á l’époque. Je représentais le cinéaste Ben Diogaye Beye, actuel Doyen des cinéastes Sénégalais, dans un procès contre la Société Nationale de Production Cinématographique (SNPC). Ben Diogaye Beye, avait co-écrit avec l’écrivain Boubacar Boris Diop, le scénario d’un film long métrage sur les événements de Thiaroye, intitulé « Thiaroye 44 ». Le scénario du film fut sélectionné, après compétition nationale, par le Comité de Lecture de la SNPC, et la production avait débuté, après la conclusion d’un contrat de cession du scénario, quelques prises de vue, la sélection d’acteurs, de décors, etc…

MESURES PRECONISEES

Entres autre mesures concrètes que la France est invitée á prendre:

– la reconnaissance officielle et publique des Crimes d’Etat commis à Morlaix le 11

Novembre 1944, et à Thiaroye le 1er Décembre 1944, contre un contingent de

Tirailleurs Sénégalais, avec toutes conséquences de droit;

– en collaboration avec les Etats Africains impliqués, et les familles des descendants, le financement des opérations d’exhumation, le décryptage et l’identification des corps, le transfert dans les tombes du cimetière militaire de Thiaroye, etc

– l’octroi de la mention « Morts pour la France » sur les tombes

– l’ouverture d’une enquête administrative sur le devenir et le traitement des archives restées auprès des forces françaises au Sénégal

– la saisine par la garde des Sceaux de la commission d’instruction en vue du procès en révision

– la recherche et l’identification des ayant-droits

– le remboursement aux familles des sommes spoliées avec dommages et intérêts

– le financement d’un musée mémorial en France et au Senegal à la mémoire des victimes. En attendant ce geste de grandeur espéré de la France, les Peuples Africains, et les personnes éprises de justice du monde entier continueront d’agir, .Afin que Vérité et Justice prévalent, et que la France se réconcilie avec sa mémoire et son honneur.

La révision du procès de Mars 1945 et la reconnaissance des crimes d’Etat demeurent les deux objectifs fondamentaux d’une immense et nécessaire demande de l’Afrique. Plus qu’une demande, une tache historique. Des signaux encourageants récents, quoique symboliques, de reconnaissance par la France de ses crimes d’Etat commis en Algérie donnent la preuve que dans ce combat pour la mémoire, la vérité et la dignité universelles, la mobilisation de l’opinion et des ressources et expertises africaine et internationale est plus que jamais indispensable. D’autant plus indispensable que des “Conspiracy Theories” existent. J’en ai déjà entendu trois, depuis la création récente de mon blog Thiaroye International: “Le tracé du TER prochain dans la zone de Thiaroye serait lié une tentative de la France de faire disparaitre des restes humains. et rendre futile toute excavation; Le squelettes des soldats assassinés à Thiaroye auraient-ils été déjà secrètement déterres, dissouts dans l’acide, puis jetés dans l’ Océan Atlantique; Il existerait un “Omerta” Saint- Cyrien visant á couvrir les abus et horreurs d’une fraternité,

Afin de dissiper ces inquiétudes grandissantes, que Vérité et Justice prévalent, et que la France se réconcilie avec sa mémoire et son honneur, la France souveraine, Etat démocratique responsable et respectueux des lois , dont l’actuel President a proclamé à la face du monde que la Colonisation est un Crime contre l’Humanité, devra faire face à son histoire, en attendant que la Justice universelle devienne une réalité judiciaire pour tous les Etats.

CONCLUSION

Le déni de justice opposé aux victimes des massacres de Morlaix et de Thiaroye, et à leurs descendants, ainsi que l’impunité dont bénéficie jusqu’a présent les auteurs, pose, plus profondément la question de l’équité du droit international, qui peine à se départir de son label réducteur de Droit des vainqueurs de la Guerre Mondiale.Voire, de Droit du Vainqueur Suprême (Pax Americana). Et donc d’Instrument de domination d’une partie du monde sur l’autre, D’une grande puissance- gendarme sur le reste du monde?

Combien de temps encore, pour que la Justice internationale ne soit régie par la logique d’une fin de guerre remportée au cours du siècle passé, guerre ayant rétribué par encore plus de sang, le sang des jeunes et valeureux soldats Africains versé pour la France? Et qu’elle s’applique a elle même les règles fondamentales d’équité et de diligence.

20 ans après son adoption en 1998, force est de constater que le Statut de Rome ayant mis sur pied la Cour Pénale Internationale n’est pas l’instrument qui permet à l’Afrique d’obtenir la reconnaissance, la poursuite et la réparation des crimes de trahison, crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis a son égard par la France colonialiste. Au contraire cet organe est dénigré par les Africains, et les Américains, pour diverses raisons.

Les ressources á mobiliser et mettre en oeuvre vont donc au-delà des arguments juridiques, judiciaires et fora académiques, aussi nécessaires fussent-ils. Un travail d’équipe multidisciplinaire haut niveau, est nécessaire, sur les plans scientifique, médiatique, politique et diplomatique, culturel, spirituel, etc …. Historiens, mais aussi juristes et experts, artistes, représentants, et autres compétences et bonnes volontés d’Afrique, sont interpellés, afin que, au-delà de rapports officiels et déclarations d’intention, que s’établisse, au moyen de fortes pressions, un nouveau rapport de forces.

Au niveau politique, puisqu’il s’agit d’Etat, de secrets d’Etat, de crimes d’Etat. serait déjà franchi un grand pas qualitatif, lorsque les peuples d’ Afrique seront en mesure, grâce aux avancées démocratiques et technologiques, de mettre Thiaroye sur la balance des programmes de candidats qui sollicitent leurs suffrages. La même demande politique pourrait d’ailleurs proviennent des Peuples dont les Etats ont commis ces crimes passés. Les sociétés civiles Africaines ont également un grand rôle a jouer dans l’activation des leviers diplomatiques, sociaux et culturels. Thiaroye semble toutefois mobiliser plus en dehors de l’Afrique, si l’on en croit les échos qui nous parviennent d’Europe.

Les Etats Africains, si prompts à signer et ratifier des traités et conventions, même si c’est souvent pour ne pas les appliquer, trouvent- ils leurs compte dans un Droit International, qui ne leur accorde ni le droit, ni les ressources de chercher justice et réparation de crimes internationaux dont ils ont été victimes depuis le temps de l’esclavage, même si ces crimes sont imprescriptibles? Alors qu’en même temps la CPI, rejetée par l’Amérique, est soupçonnée , à tort ou à raison, n’exister que pour juger des Africains?

L’absence de l’Afrique, mais aussi de l’Amérique du Sud, de l’Inde, du Japon, de l’Allemagne du Conseil de Sécurité est elle encore soutenable au 21e siècle, alors que l’ ennemi commun qui menace l’humanité toute entière s’appelle réchauffement climatique?

Lorsqu’un journaliste lui avait demandé, en 2002, si les Nations Unies étaient contraintes de s’adapter aux desiderata de l’Amérique afin de garder celle-ci parmi ses membres, Kofi Annan, avait déclaré: “Cela m’ennuie que l’on puisse utiliser l’ONU comme faire-valoir. Je pense qu’un moment viendra où la ligne sera franchie, ce qui pourrait créer des divisions, de sérieuses divisions irréconciliables.”

Alors que la persécution des Juifs aura enfanté l’Holocauste, les Arméniens invoquent leur Holomador Faudrait-il alors, que l’Afrique proclamât l’Holokemit, pour enfin obtenir réparation des crimes d’Etat commis a l’encontre de ses meilleurs enfants, à travers les siècles?

“Avec une volonté de tenir pour responsable quiconque est coupable de ces crimes, nous nous devons d’agir vis a vis des millions de victimes de crimes internationaux inqualifiables du passé, et de ceux dont nous pouvons sauver la vie dans l’avenir.” C’était, ce qu’écrivait Mr Ban Ki Moon, SG de l’ONU, en 2014, en avant-propos sur le “Cadre d’Analyse des Atrocités Criminelles:”, 70 après les crimes internationaux commis à Mor-

laix et Thiaroye en 1944. Bientôt 75 ans, et la demande demeure, aussi persistante et pertinente que jamais: Vérité, Justice, et Réparation pour nos Martyrs de Morlaix et Thiaroye, et pour toutes les victimes de crimes internationaux commis ou couverts par des Etats membres de l’ONU.

Bara Diokhané

Avocat au Barreau du Sénégal

Legal Consultant, New York State Bar

Ancien Conseiller Juridique au siège du PNUD

President d’Honneur de l’Association des Jeunes Avocats Sénégalais (AJAS)

Fellow, Social Justice Leadership, New York Immigration Coalition

NOTES

New Yorker Magazine

Wikipedia

Nouvel Observateur, Le Monde

Conference de La Haye 1899

Statut de Nuremberg 1945

Conventions des Nations Unies: Genève 1949- Statut de Rome 1998

Laurent Joly L’Etat contre les Juifs. Grasset

Correspondances avec Armelle Mabon

Cadre d’Analyse des Atrocites Criminelles. UN

au-senegal.com

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Bara Diokhané est avocat à la cour de Dakar et au barreau de New-York. Passionné d'arts, il est une figure de l'environnement culturel dakarois. Proche d'artiste comme Joe Ouakam ou du cinéaste Jibril Diop Mambety, Bara Diokhané est aussi un collectionneur. Spécialiste du patrimoine et de la gestion des objets culturels, a été commissaire de plusieurs expositions tant au Sénégal qu'aux Etats-Unis. Artiste-peintre, il est également réalisateur de deux films documentaires, l’un sur l’artiste Sénégalais Issa Samb alias Joe Ouakam ( “Si l’arbre parlait” 2018), l’autre sur l ‘Africain-Américain Randy Weston, pianiste-compositeur de jazz (Randy Weston, un Africain né en Amérique, 2021). Les analyses de ce juriste chevronné et artiste au long cours sont sur kirinapost.

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