Sénégal, un pays sans théâtre…

Aller voir en famille une pièce de théâtre comme  » L’Os de Mor Lam » à Daniel Sorano semble être une chimère en 2021. Pourtant depuis les indépendances, le Sénégal a toujours eu un théâtre et un théâtre de qualité. Aujourd’hui, il se conjugue au passé. Le secteur est confronté à d’énormes obstacles parmi lesquels le manque de financements, l’absence de formation et le besoin de mobilité des artistes. C’est l’avis du comédien Abdel Kader Diarra Pichininico qui  s’exprimait ainsi lors de la célébration de la Journée Internationale du Théâtre dans la salle du Théâtre National Daniel Sorano renseigne l’APS.

Le théâtre sénégalais vit des moments difficiles. Alors que dans les années 80 voire 90, le public avait la possibilité de voir les salles de Sorano, Blaise Senghor ou Douta Seck programmer régulièrement de grandes pièces de théâtre, de nos jours le fait est rare pour ne pas dire inexistant. C’était un autre temps diront certains. Loin est le temps où des Jacqueline  Scott-Lemoine, Yakhara Deme, Omar Seck, Isseu Niang, Thierno Ndiaye Doss, Golbert Diagne à Saint-Louis, tous décédés aujourd’hui, étaient de véritables vedettes des planches.

Pour redonner au théâtre ses lettres de noblesse, le comédien Kader Diarra, par ailleurs coordinateur comité de relance du théâtre, a soutenu qu’il faut absolument une meilleure politique de financement du secteur.

« Force est de constater que beaucoup d’initiatives ont disparu de l’agenda théâtral sénégalais, voire francophone à cause d’un manque criant de financement. Cette génération mérite donc d’être accompagnée avec la mise en place d’un fonds dédié » a-t-il dit.

Pour l’artiste Kader, le secteur a besoin pour retrouver ses belles années, au delà de la construction d’infrastructures, d’un fonds dédié « fonctionnel » « efficace », « effectif » et « efficient », avec un accès basé sur des critères d’éligibilité établis de façon inclusive.

Il est impératif selon lui de penser également à la décentralisation et ne pas limiter les actions visant à relancer le théâtre sénégalais à Dakar uniquement.

« On doit tenir compte de la territorialisation afin d’avoir un fort caché de l’équité territoriale, car le Sénégal n’est pas seulement la capitale Dakar «  a déclaré Pichininico dont le comité qu’il dirige se bat inlassablement pour que le secteur retrouve son rang d’antan. Un temps où de Kaolack à Louga en passant par Thies on jouait et programmait le théâtre. Même si la pratique est encore là,  le théâtre dans ces régions est devenu périphérique.

Toujours dans son plaidoyer, le comédien a martelé la nécessité  d’une démarche inclusive et concertée, « gage d’un choix sur la stratégie de développement de la culture’’.

Quelque soit l’opinion qu’on a du président Senghor, on ne peut nier que c’était un homme de culture. Et en tant que Chef d’Etat du Sénégal indépendant, il avait jeté les bases d’une véritable politique culturelle. La création de l’école des arts, le premier festival mondial des arts nègres en 1966, l’éclosion d’artistes comme Lalo Keba Dramé, Yandé Codou Séne et les nombreuses expositions qu’accueillaient entre autres le pays, sont à mettre au crédit du poète-président. Malheureusement, la culture a souffert par la suite. Elle sera victime de la crise économique et des politiques d’ajustements structurels des années 80. Nos gouvernements successifs sous Abdou Diouf ont systématiquement taillé de façon drastique les budgets de la culture pour satisfaire aux injonctions de la banque mondiale et du FMI. Comment peut-on penser developper un pays en « tuant » la culture ? C’est une faute impardonnable. D’ailleurs le président Diouf regrettera plus tard ces choix de son gouvernement en la matière.

Saisissant l’opportunité de la célébration de la Journée internationale du Théâtre, Kader Pichinini a invité donc les autorités à s’intéresser aux problèmes du secteur notamment le manque de formation et le problème de mobilité des artistes, lesquels peinent à se déplacer dans la sous-région par exemple.

« À ces difficultés, est venue s’ajouter la crise sanitaire, qui, a forcé les acteurs à changer de paradigme dans la création, la production, la diffusion, la promotion et la consommation », a laissé entendre le comédien

Venu présider la rencontre au nom du ministre de la Culture et de la Communication informe l’APS, Demba Faye a assuré que le président de la République souhaitait renforcer les cadres d’échange, d’expression, de formation et d’organisation du patrimoine et de la diversité culturelle. On attend de voir…ce qui est sur, tout a été déjà pensé quant à la relance du théâtre et de la culture. Il s’agit surtout de maitriser les enjeux et les dimensions d’un développement du secteur, d’avoir une volonté politique claire et enfin de mettre les hommes qu’il faut aux places qu’il faut.

Pour terminer la célébration de la journée sur une note plus joyeuse, une prestation théâtrale de l’Association des Femmes Comédiennes (AFEC), également membres de la troupe Daray Kocc, portant sur le rôle de la femme dans les tontines a clôturé la cérémonie célébrée dans la sobriété.

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