Quand des intellectuels théorisaient les bienfaits de la colonisation

Le temps où Zemmour vantait la colonisation qui aurait arrêté l’esclavage.

La négrophobie a une longue carrière dans les médias européens, français en particulier, elle s’est violemment réarmée au cours des années 2000, avec les propos d’intellectuels comme Finkielkraut entre autres, des discours comme celui de Nicolas Sarkozy (Dakar, 2007) et dans une indifférence généralisée à quelques exceptions près.

Un silence assourdissant d’élites noires visibles a contribué à cet état des consciences européennes. Certaines de ces élites ont même repris les thèmes des « Noirs qui ont vendu des Noirs », des « Négriers noirs » de Pétré-Grenouilleau et en ont fait … des rentes littéraires, des succès de librairie, diffusant encore davantage une idéologie de l’anti-repentance. Bien que des États africains aient souvent été montré directement du doigt, il n’y a eu que très peu de réactions à la mesure des négationnismes , des révisionnismes , des atteintes racistes. Le résultat est que les sociétés européennes qui étaient sur une trajectoire de reconnaissance voire de réparation avec le tiers-mondisme des années 1950-1970, se sont désormais retournées, à mi-chemin entre banalisation et indifférence, « racisme de bon aloi » et affirmation des droits de l’homme.

Le 15/05/2006, Afrikara publiait « La Négrophobie, un must journalistique français, l’exemple d’Eric Zemmour : La colonisation a arrêté l’esclavage, les Noirs vendent les Noirs… », un texte qui résonne avec le contexte préélectoral français en 2021.

La question négrière, qu’il s’agisse de mémoire ou d’histoire déchaîne une éructation de haine raciale et de défoulement irrépressible dans le paysage audiovisuel français loin d’être expurgé (…) de mélanophobie : que l’on commémore officiellement des crimes contre des Noirs, Africains, Afrodescendants et autres Non-Blancs est perçu par bien des groupes d’intellectuels, journalistes, politiques et faiseurs d’opinion comme une humiliation. Indignité à laquelle comme poussés par une mission supérieure ils n’hésitent pas à répondre, cachant mal un racisme à fleur de peau, une hiérarchie des souffrances, et une inconsciente attitude de supériorité individuelle et raciale. Pour le pire de la république dont ils dissertent à longueur d’éditos.

Depuis quelques années, alors que la loi Taubira avait été accueillie avec une superbe indifférence réveillée par la conférence internationale contre le racisme de Durban en Afrique du Sud où la question des réparations avait été clairement envisagée, une idéologie néo-négrière confinant à l’insulte raciale se développe en France, à contrario de pays comme la Suisse où des chercheurs de bonne foi investiguent courageusement sur le passé négrier de leur pays.

En France des journalistes, parmi les plus considérés avancent des thèses délirantes et injurieuses sur l’histoire des Noirs, sans que cela ne déclenche de passions politiques ou médiatiques. L’exemple et la récurrence d’Eric Zemmour, sont patents. Bon à savoir il est formé à l’IEP, a publié plusieurs ouvrages politiques dont un en collaboration avec Patrick Poivre d’Arvor, journaliste au Figaro et pour Marianne après être passé par Le Quotidien de Paris et Infos Matin. Il traduit par sa place au centre du champ journalistique français ce qu’il est possible d’entendre et de diffuser, par l’élite d’un pays qui refuse d’assumer ses crimes passés et présents, malgré des velléités notables.

« La colonisation, c’est ça qui a arrêté l’esclavage, c’est ça qui a arrêté l’esclavage ! J’en ai assez d’entendre qu’on passe son temps à dire que la France est coupable de crime contre l’Humanité parce que elle a utilisé des esclaves, d’ailleurs c’est faux, sur son territoire elle n’a jamais utilisé d’esclaves. »(…), affirmait Eric Zemmour à l’émission de iTélé «Ca se dispute» vendredi 12 mai 15h35. L’accent étant mis sur le trop de repentance, et sur l’inadéquation de la date du 10 mai relevé par un des journalistes sur le plateau, Victor Robert, favorable au 27 avril commémorant l’abolition dont la France pouvait se vanter.
Il s’agissait d’une récidive puisque le même Zemmour avait déjà déversé le 21 mars 2006, lors d’une émission de télévision « 93, Faubourg Saint-Honoré » diffusée sur la chaîne « Paris Première »: « L’esclavage des Noirs a été inventé par les Noirs, en Afrique, c’est eux qui vendent les autres Noirs parce qu’ils n’ont aucune conscience de la fraternité Noire, ça n’existe pas ça. » L’association MNH avait d’ailleurs interpellé à ce sujet le CSA en attendant d’éventuelles suites alternatives.

Ainsi de la mémoire comme des positions sociales. Tant que vous serez pauvres, relégués socialement, discriminés et objets de racismes, et que vous aurez rajouté à cette adversité les tares de l’inorganisation et de la corruption de vos élites, votre mémoire, votre histoire et votre présent seront stigmatisés, insultés, et moqués sans conséquence. A bons entendeurs …

Pour plus d’informations :
Le site des Ogres : http://lesogres.org/media.php?site=oui&choisi=8#ancre8
Le site d’I-Télé: http://www.itele.fr/pid99-cid3201.htm&tpl=132
Rediffusions: samedi à 18H35, 21H35, 02H35 dimanche à 06H35, 10H35, 16H35 et 01H35, lundi à 15H35
Le site du MNH : http://www.association-mnh.com
Illustration du travail forcé des colonies européennes…

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Martial Ze Belinga est un économiste et sociologue camerounais. Son travail porte spécifiquement sur l’épistémologie de l’histoire africaine, les préjugés et les silences qui biaisent la compréhension du passé de l’Afrique et des diasporas africaines. L'art et la culture tiennent une place centrale dans son travail. À ce titre il est l'auteur de plusieurs ouvrages parmi lesquels: "Au-delà de l’inculturation. De la valeur propositionnelle des cultures africaines". Pour l'économie, ses travaux ont beaucoup porté sur la monnaie notamment le FCFA. il est l'auteur entre autres de: "Afrique et mondialisation prédatrice". Expert associé au comité scientifique international de l’UNESCO pour l’Histoire générale de l’Afrique, Belinga est éditorialiste et avait lancé le site Afrikara dédié à l'histoire, la culture et l'avenir du monde noir. Il a été par ailleurs sélectionné parmi les 20 « Experts » représentatifs de la diversité (Club XXIe siècle, France)

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