Pour une renaissance de la musique sénégalaise

La musique qui est le métier le plus accessible et le plus démocratique ne vit pas ses moments de gloire au Sénégal. Entre panne d’inspiration, des arrangements trop légers, la pauvreté des harmonies et des mélodies, le « mbalax » ou musique emblématique du Sénégal ne cesse de régresser sur tous les plans. 

 

D’abord, notons qu’avec les Technologies de l’Information et de la Communication, le Sénégal regorge un large potentiel en Industries Créatives. Malheureusement, il n’y a pas de politiques culturelles pour accompagner les artistes. Les musiciens peinent à bâtir une stratégie d’événementiels en interne et de pénétration du marché international. Le secteur au Sénégal est incapable de tirer profit du marché mondial qui représente plus 20 milliards de dollars en vente annuel.

Problèmes divers et identifiés

Il y a aussi un défaut formalisation. Le désintérêt des élèves et étudiants sénégalais pour les cours de musique montre qu’une certaine approche doit être repensée. Au Sénégal, la musique représente l’un des fondements de la société traditionnelle car considérant merveilleusement divers aspects de la vie sociale.

Également, beaucoup de musiciens ont un problème à s’ouvrir aux standards internationaux car n’étant pas instruits. Peu savent jouer ou interpréter des notes musicales.

L’absence d’appuis de financement ou de crédits permettant à l’artiste de développer son business est un des problèmes majeurs pour la promotion de la musique sénégalaise. Le piratage, aussi reste un frein pour l’essor de cette industrie culturelle. Beaucoup n’hésiteront pas à dire : je suis fan de tel chanteur » sans jamais avoir acheté un seul de ses albums. Le meilleur moyen d’aider un artiste, c’est d’acheter ses produits.

Des solutions pérennes pour l’essor de la musique sénégalaise

Lors de la crise du Moyen Âge, l’Europe a repensé son modèle économique et social pour renaître. Elle s’est réappropriée les valeurs de son Antiquité qui ont fait sa gloire en reconsidérant l’art, la philosophie, les arts gréco-romains. Il s’agit de la période de Renaissance qui marque la fin du Moyen-Âge et le début des temps modernes. La musique sénégalaise doit s’inspirer de la période la naissance de sonorités modernes (1970-1980) avec le legs de l’époque coloniale et aussi celle de l’émergence de nouveaux talents féminins (1990-2000) marquant aussi l’utilisation de nouveaux instruments musicaux et aussi l’évolution de nouveaux concepts avec le rap. Ces deux périodes doivent servir de points de repères pour une nouvelle représentation de la musique sénégalaise en se fixant comme principal objectif : « imposer notre musique sur le plan international ».

Pour y parvenir, l’Etat se doit de dessiner une véritable politique culturelle en encourageant de nouveaux concepts à véhiculer. Il faudra mettre en place aussi un environnement juridique et fiscal au profit des acteurs culturels qui saura prendre en compte les conventions internationales et la législation du Sénégal.

L’Etat doit aussi veiller à accompagner la musique en appuyant l’organisation de festivals pour ainsi booster l’industrie musicale, soutenir la carrière des musiciens sénégalais, ce qui en parallèle aura des bienfaits pour le secteur touristique. Producteurs, réalisateurs, managers, tourneurs, chargés de la relation publique, attachés de presse, journalistes musicaux, autant de métiers à valoriser.

Formation des instrumentistes

La formation des instrumentistes est primordiale pour présenter des produits de qualité sur le marché. Il nécessite d’abord à revaloriser l’enseignement traditionnel de la musique et ses méthodes tout en incitant les élèves à s’intéresser aux sonorités musicales étrangères. Un schéma pédagogique doit être pensé en ce sens. On pourrait ainsi connaître une musique sénégalaise porteuse des richesses de notre culture à des perspectives modernes.

En outre, une génération d’instrumentistes, dont une grande partie est expatrié en Europe et en Amérique doit jouer un rôle de premier plan. Elle fut plus proche des pionniers comme Daouda Gassama, Adama Faye, Cheikh Tidiane Tall, Habib Faye, Doudou Doucouré, David Diabouana alias Fefe, Alain Hedgar pour ne citer que ceux-là. Cette génération donc marque un pont intermédiaire entre la musique sénégalaise d’hier et celle d’aujourd’hui. Parmi eux, on peut citer Samba Laobe N’diaye, Etu Dieng, Ibou Tall, Doudou Ba, Cheikh Ba, Thierno Camara, Mamadou Saliou Ba, Abdourahmane Cisse, Alune Wade, Jean Noël Gueye, Ousmane Wade, Amadou Gaye, Hervé Samb, Docteur Diop, Papa Diouf, Peace Diouf, Azouna Seck, Doudou Conaré, Ilon Ba, Kader Diop, Cheikh Ndoye…on en oublie… Profiter de leur connexion avec l’illustre épopée de la musique sénégalaise serait un avantage pour les nouveaux talents et permettrait de veiller à une identité musicale.

Valoriser les anciens

Par ailleurs, ce serait une bonne idée de faire des séries de documentaires sur l’évolution de la musique sénégalaise et ses perspectives, essayer de recueillir les témoignages de nos légendes vivantes comme Amadou Lemzo Faye, Kiné Lam, Dial Moussé Alé, Khar Mbaye, Robert Lahoud, Vieux Mac Faye, Fefe Diabouana, Omar Pene , Baaba Maal, Alain Hedgar, Ismael Lo, Idrissa Diop, Aly Hachem, Yahya Fall, Charlie Ndiaye, Lappa Diagne,Thierno Koite, Rane Diallo, Dembel Diop, Oumar Sow, Bob Sene, Youssou Ndour, Souleymane Faye, le XALAM,les frères Toure Kunda…afin que ça serve de mémoire à transmettre aux futures générations. L’excellente émission Sargal, de Didier Awadi ne suffit guère. Des hommes de culture comme Mohamed Sow, Mamadou Sekk, Umàr Sali, Papa Alioune Dieng, Amadoo Bator Dieng, Adama Sow, Aboubacar Demba Cissokho seraient de beaux profils pour mener ce genre de projets.

Et enfin en matière de patrimoine sonore et visuel, il est impératif de penser à la numérisation des archives notamment de la RTS1 Sénégal et ainsi rendre l’accès facile au patrimoine musical.

Une pensée à tous les grands noms de la musique sénégalaise qui nous ont quittés au fil des années. Vivement la renaissance de la musique sénégalaise.

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