La question de l’entretien des espaces publics de la Corniche Ouest, notamment de la Promenade des Lions et de la Porte du 3e Millénaire, appelle une réponse institutionnelle durable.

La dégradation du cadre nous interpelle
Ces derniers temps, pour être fréquent sur la Corniche Ouest, je note que la dégradation et le défaut d’entretien de ces places publiques s’aggravent de jour en jour.
Or, en s’interrogeant aussi bien sur la dégradation du mobilier urbain que les défaillances récurrentes de l’éclairage public, j’aboutit a la conclusion qu’elle révèlent les limites du dispositif actuel de gestion et de maintenance de ces aménagements.
Pour ma part, et c’est ma réponse, car je défends depuis longtemps une conviction : tant que la gestion et l’entretien de ces espaces ne seront pas confiés à la Ville de Dakar, dans le cadre d’un dispositif juridique et institutionnel approprié, les problèmes actuels risquent de perdurer.
L’État aménage, mais qui entretient ?
Le pouvoir central a su saisir l’opportunité du programme de stabilisation de la frange côtière de la Corniche Ouest, confrontée à une importante érosion maritime, pour aménager la baie de Koussoum et en faire un espace public de promenade et de détente. Cette réalisation est aujourd’hui très prisée des populations dakaroises comme des visiteurs de notre capitale.
Elle participe à l’attractivité de Dakar et à l’amélioration du cadre de vie urbain.
Cependant, force est de constater que les moyens déployés pour assurer sa gestion quotidienne semblent insuffisants. Le dispositif actuellement visible, reposant notamment sur une équipe restreinte de surveillance rattachée à la Direction du Cadre de vie, ne paraît pas à la hauteur des exigences d’entretien, de sécurité et de maintenance d’un site aussi fréquenté. Pour reprendre une formule consacrée, l’État peine à résoudre l’équation de l’entretien et de la maintenance !
La place publique de Koussoum, qui s’inscrit dans la séquence du même nom du projet d’aménagement de la Corniche Ouest, présente des signes préoccupants de dégradation.
Le mobilier urbain se détériore et l’éclairage public connaît des défaillances qui affectent la fréquentation, le confort et la sécurité des usagers.
Cette situation conforte une conviction : si l’État a toute légitimité pour conduire les grands projets d’aménagement du territoire, la gestion quotidienne des espaces publics urbains gagnerait à être confiée aux collectivités territoriales compétentes, au plus près des populations.
Il devient donc nécessaire et urgent d’étudier les modalités d’une rétrocession de la gestion et de l’entretien de ces espaces à la Ville de Dakar.

Il est temps de trouver un consensus autour des aménagements ©Moussa Ndiaye
Dépasser les lectures restrictives du droit
Dans ce contexte, une récente prise de position du directeur de l’AGETIP, par ailleurs maire, dans le cadre de la mise en œuvre des mesures liées a la réalisation des travaux sur la Corniche cote université, a suscité des interrogations quant à la place que pourrait occuper le maire de la Ville de Dakar dans la gestion des espaces concernés, au regard des prérogatives de l’État sur le domaine public maritime.
À mon sens, une telle question mérite mieux qu’une opposition de principe entre les compétences de l’État et celles des collectivités territoriales.
Il convient de rappeler une évidence : la reconnaissance des prérogatives de l’État sur le domaine public maritime n’interdit pas, par elle-même, d’examiner les conditions juridiques dans lesquelles certaines missions de gestion, d’entretien ou de surveillance pourraient être confiées à une collectivité territoriale.
Une telle possibilité doit naturellement être appréciée au regard des textes applicables, du statut domanial des espaces concernés et des instruments juridiques susceptibles d’être mobilisés.
En matière de droit public, deux démarches d’interprétation peuvent, en effet, s’opposer.
La première privilégie une lecture restrictive des textes, parfois jusqu’à une application excessivement rigide des compétences institutionnelles.
Elle risque alors d’écarter, sans examen approfondi, des collectivités territoriales qui pourraient pourtant apporter une contribution décisive à la mise en œuvre des politiques publiques.
La seconde repose sur une interprétation constructive du droit, éclairée par les exigences de la science administrative, de la coopération institutionnelle et de l’efficacité de l’action publique.
Elle cherche, dans le respect de la légalité, des solutions structurantes qui permettent aux différentes institutions de travailler ensemble au bénéfice des populations. C’est cette seconde approche que je préconise.
Les collectivités territoriales ne sont pas des institutions étrangères à l’État : elles sont des acteurs essentiels de l’organisation administrative du pays, dotés de compétences propres et appelés à concourir, dans les conditions prévues par la loi, au développement des territoires et à l’amélioration du cadre de vie.
Dès lors, pourquoi ne pas rechercher une formule juridique et administrative permettant d’associer pleinement la Ville de Dakar à la gestion des espaces publics aménagés sur la Corniche Ouest ?

Un cadre magnifique qui ne demande que de la rigueur dans lq gestion ©Moussa Ndiaye
La détachabilité et la subsidiarité : deux pistes à explorer
Sur le plan juridique, une démarche pragmatique pourrait s’articuler autour de deux principes : la détachabilité des questions relatives à la gestion des espaces publics et la subsidiarité dans l’organisation de leur prise en charge.
La première étape consisterait à distinguer clairement les opérations relevant de la conception, de la réalisation et de la protection des aménagements côtiers de celles qui concernent leur gestion quotidienne : entretien des espaces verts, maintenance du mobilier urbain, éclairage public, surveillance, propreté et sécurité des usagers. Cette distinction fonctionnelle permettrait d’examiner séparément le régime juridique applicable à ces différentes missions, sans remettre en cause les compétences de l’État sur le domaine public maritime ni les exigences liées à la protection du littoral.
La seconde étape consisterait à engager une concertation entre l’État et les autorités municipales afin d’identifier le cadre juridique le plus approprié. Selon les résultats de cette analyse, plusieurs instruments pourraient être étudiés, notamment une convention de gestion, un dispositif de mise à disposition de moyens ou toute autre formule autorisée par les textes en vigueur. L’objectif serait de déterminer les missions susceptibles d’être confiées à la Ville, les moyens humains et financiers correspondants, les responsabilités de chaque partie ainsi que les modalités de contrôle et d’évaluation. Une telle démarche permettrait d’inscrire la gestion de ces espaces dans une logique de subsidiarité, en rapprochant autant que possible la décision opérationnelle de l’institution disposant des moyens et de la capacité d’intervention les plus adaptés.
Il ne s’agit donc pas d’opposer l’État à la Ville de Dakar, mais de rechercher une articulation intelligente de leurs compétences respectives.
La Ville de Dakar dispose d’une expérience à valoriser
Cette proposition n’est pas une construction théorique déconnectée des réalités du terrain.
Depuis 1986, à l’époque de la commune de Dakar, sous l’impulsion du maire Mamadou Diop, la municipalité dakaroise a progressivement développé une présence sur la Corniche Ouest.
Devenue Ville de Dakar en 1996, elle a poursuivi son implication dans l’amélioration de cet espace stratégique de la capitale.
Cette présence s’est notamment traduite par l’aménagement d’un parcours sportif dont l’utilité n’est plus à démontrer.
Plus récemment, avec l’affluence croissante des baigneurs à la suite de l’aménagement de la baie de Koussoum, la Ville a également contribué à la surveillance des baignades grâce au déploiement de surveillants spécialisés.
Ces interventions témoignent de l’intérêt et de la capacité opérationnelle de la municipalité à participer à la gestion de cet espace littoral, dans les limites de ses compétences et en complémentarité avec les services de l’État.
La Ville de Dakar dispose, par ailleurs, de moyens humains, matériels et financiers qui pourraient être mobilisés dans le cadre d’un partenariat clairement défini. La rétrocession de la gestion des espaces publics concernés lui permettrait ainsi d’envisager un dispositif plus cohérent et plus durable : affectation de personnel municipal, renforcement de la surveillance, entretien régulier des espaces verts, réhabilitation du mobilier urbain et amélioration de la sécurité des usagers. Elle pourrait également engager une étude de faisabilité relative à la modernisation de l’éclairage public, en examinant notamment les possibilités offertes par un système combinant différentes sources d’énergie, dans une perspective d’efficacité énergétique et de maîtrise des coûts.
La Ville a déjà travaillé sur les questions d’efficacité énergétique. Cette expérience pourrait utilement être valorisée dans la recherche de solutions adaptées aux contraintes du site, sous réserve des études techniques nécessaires.
Pour une gouvernance partagée de la Corniche Ouest
La Corniche Ouest constitue un patrimoine urbain, paysager et environnemental majeur pour Dakar. Son aménagement ne saurait être pleinement réussi si les investissements consentis ne sont pas accompagnés d’un dispositif durable de gestion, d’entretien et de maintenance. L’État doit naturellement continuer à assumer ses responsabilités en matière de protection du littoral, de préservation du domaine public maritime et de réalisation des infrastructures structurantes. Mais il gagnerait à s’appuyer davantage sur les capacités opérationnelles des collectivités territoriales pour assurer la gestion quotidienne des espaces publics.

L’essentiel doit rester le service rendu aux populations ©Moussa Ndiaye
La question posée est donc simple : à quoi bon aménager de beaux espaces si nous ne nous donnons pas les moyens de les entretenir durablement ?
La rétrocession à la Ville de Dakar de la gestion et de l’entretien de la place publique de Koussoum, puis l’examen d’une formule similaire pour les autres espaces aménagés de la Corniche Ouest, constitueraient une avancée concrète en matière de gouvernance urbaine.
Cette démarche, fondée sur la concertation, la complémentarité institutionnelle et le respect des textes, permettrait de préserver les investissements réalisés, de renforcer la sécurité des usagers, d’améliorer le cadre de vie et de valoriser durablement le littoral dakarois.
Au-delà des considérations institutionnelles ou politiques, l’essentiel doit rester le service rendu aux populations.
Il appartient donc à l’État et à la Ville de Dakar d’ouvrir sans tarder un dialogue constructif afin de transformer cette proposition en une solution juridiquement sécurisée, administrativement cohérente et financièrement soutenable.
Une telle approche ne serait pas seulement bénéfique pour la baie de Koussoum. Elle pourrait devenir un modèle de coopération entre l’État et les collectivités territoriales pour la gestion des grands espaces publics de notre capitale.








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