« Passion de Liberté » d’un grand historien

Le Professeur Abdoulaye Bathily a présenté au public samedi18 juin 2022 « Passion de Liberté », le livre dans lequel l’historien raconte son parcours et en toile de fond évoque l’histoire politique du Sénégal. 

Epistémologie, histoire, littérature poésie et ironie. En hommage au professeur Saliou Mbaye
 » Ce sont les thèmes qui imposent le style. »
Abdoulaye Sada Sy, le tokara de « boulaye » (professeur de lettres à la retraite, ami d’enfance du professeur… école primaire et université).
« L’actualité du livre est d’indiquer les paradoxes de l’exception sénégalaise : le surplace et la régression démocratique auxquels nous assistons.
Il nous replonge dans l’intensité des débats politique, intellectuel et religieux d’hier, pour comprendre aujourd’hui les alignements autoritaires et la dégradation continue des espaces civique, politique et moral.
Pire, les insultes qui ont désormais envahi le domaine public, signes.d’obscénité de sa dégradation. »
nb : trois aspects à retenir du portrait dressé par le professeur Mamadou Diouf : « maîtrise parfaite des territoires de l’histoire et l’expertise historienne » « délicatesse littéraire et épistémologique » « poésie et rigueur historique teintée d’ironie » Mamadou Diouf (transcription doxkat).

LA.GIFLE ÉPISTÉMOLOGIQUE DE BATHILY… ON EST EN NOVEMBRE 1990.

Lorsque je suis arrivé dans son bureau, le sac rempli de mon mémoire de DEA… j’étais hésitant.

Quelques jours avant le dépôt, je doutais non pas de la qualité du travail… parce que j’avais obtenu le feu vert de mon directeur le Professeur Iba Der Thiam (paix à son âme) qui avait validé la démarche et le contenu … mais de la DEMARCHE.

Je n’avais pas traité le sujet selon les critères établis par le protocole du DEA.

Le professeur Bathily assurait la responsabilité du DEA, et c’est lui-même qui m’avait proposé le sujet en m’indiquant les directives à suivre (mais je n’ai pas suivi…?).: Les conflits fonciers au Fuuta de 1817 à 1890. Étude critique des sources.

Au lieu de faire une critique interne et externe de la documentation (j »avais peur des mots je crois : « critique interne et externe » du document, il fallait avoir beaucoup de choses dans la tête pour pouvoir faire ça), j’ai rédigé carrément un mémoire de maîtrise avec mon « français mauritanien tordu », en POMPANT les archives…

Je venais de débarquer de l’université de Nouakchott. Vrai WACC BÈES… j’étais déjà ébloui par mon inscription parce que ma carte d’étudiant allait devenir mon seul repère.

J’avais le Professeur Iba Der Thiam comme directeur, le professeur Bathily comme responsable du DEA, le professeur Boubacar Barry, le professeur Aboubacry Moussa Lam (qui siégera lors de ma.soutenance en 1990), le professeur Mbaye.Gueye… j’entendais leur nom depuis là-bas et maintenant je suis dedans… cela me semblait relever du rêve.

Une fois dans son bureau le professeur Bathily alla directement au but :

– Vous risquez de ne pas soutenir cette année ?

– Comment ?

– Votre travail n’est pas soutenable. vous n’avez pas traité le sujet tel.que demandé : une critique interne.et externe des sources et non une rédaction de mémoire.

– En plus je me demande comment vous avez obtenu votre bac ?

eh bien là… je pensais que le monde était déjà fini pour moi. au lieu de dire maîtrise, il a bien dit bac… donc j’avais vraiment produit une « nullité ».

Heureusement que j’avais eu le pressentiment que quelque chose n »allait pas bien… même si par ailleurs mon manuscrit, encore par devers moi, porte les appréciations positives de mon professeur. je m’étais confié à mon ami en lui avouant que je ne sentais pas trop mon propre texte…

– Comment quoi, j’ai obtenu le bac !!!

– Oui… si vous n’êtes pas d’accord avec mes observations nous pouvons remettre votre travail à un collègue neutre !

– Non ! je n’ai pas quitté la Mauritanie pour contester un professeur….au risque d’échouer au DEA.

vous m’avez lancé un défi. je vais essayer de le relever !

une semaine après je reviens.avec un nouveau manuscrit (je le garde par devers moi).

Il lit et lève les yeux :

– C’est toi qui à écrit ça ?

– Oui professeur…

– Pourquoi tu n’as pas écrit ça avant ?

– Je ne savais que c’était ça !

nous avons ri et il me lança un « très bien » tu peux déposer.

j’ai fini après celui qui a obtenu la mention « trés bien », le professeur Fossar Souané.

j’étais heureux.

Le reste de l’anecdote vous parviendra un jour.

merci professeur pour cette gifle académique que je raconte a tout étudiant qui cherche a travailler avec moi… garantie d’une leçon qui a participé de mes choix définitifs de tenter de devenir chercheur en perfectionnant ma façon de rendre compte.

Le professeur Bathily nous apprend la rigueur… quand on veut bien tenir le bistouri de l’histoire pour mieux inciser la mémoire, à l’endroit.

Bref un grand historien… le candidat le plus beau en 1993..

Le professeur Mamadou Diouf a tenu a rappeler a l’assistance que le professeur demeure élégant… à la Mandela ?

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Il écrit et ne s'arrete jamais d'écrire. Il est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages (essais & romans). Avec humour, philosophie, il raconte les lieux comme personne. Enseignant-Chercheur à UCAD, Abdarrahmane Ngaidé est un historien de formation.

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