Palestine : chaque jour, l’apartheid

Plus de cent Palestiniens et neuf Israéliens ont été tués, en une seule semaine. Un éternel recommencement dont on connaît le point de départ, mais où nul ne peut dire quand et comment cela s’achèvera. Source: Joseph Andras et Kaoutar Harchi pour Regards.fr)

AU PIED DU MUR. Été 1967. L’aviation nord-américaine bombarde le Viêtnam et Israël, dix-neuf ans d’âge, attaque trois pays d’un coup d’un seul. Les troupes de l’État hébreu s’emparent de Jérusalem-Est ; le Premier ministre s’empresse de déclarer : « La paix est maintenant revenue, avec nos forces qui contrôlent toute la ville et ses environs. » Alors on rase des maisons, on expulse des familles, on proclame la ville « capitale éternelle » du jeune État.

Printemps 1995. « Je ne sais pas si quelqu’un vous a promis que vous auriez un État, mais je parle à partir des cartes, et, si l’on regarde les cartes, il n’y a pas d’État palestinien… » Par ces mots, à Jéricho, un homme fait face à Abu Amar – le chef de l’Organisation pour la libération de la Palestine, plus connu sous le nom de Yasser Arafat. Et de lui répéter : « Vous n’avez rien. Aucun État. » Arafat a l’œil sombre. Pour certains, l’espoir de paix porte alors le nom d’Oslo. Pourtant, à mesure que cet homme – le cartographe Khalil Tafakji – fait défiler les cartes, Oslo s’éloigne. Même, il disparaît. La Cisjordanie, qui doit revenir aux Palestiniens dans l’hypothèse de l’établissement de deux États voisins, n’est déjà plus « qu’une immense toile formée de réserves naturelles et de sites militaires ». Une toile morcelée qui va rétrécissant sous les assauts répétés des colons. À présent, Tafakji décrit à Arafat la situation à Jérusalem-Est – « ses maisons détruites, précisera-t-il, saisies, volées, [ses] terres confisquées, [ses] checkpoints érigés aux entrées de la municipalité et aux carrefours stratégiques de la vielle ville ».

Printemps 2021. Quartier Cheikh Jarrah, à Jérusalem-Est. Des colons, de longue date, livrent bataille en vue d’obtenir l’expulsion de familles palestiniennes. Dix, déjà, ont dû partir ; en ce début mai, six autres sont visées par la Cour suprême. Alors, deux semaines après que l’extrême droite israélienne a manifesté dans Jérusalem aux cris de « Mort aux Arabes », des milliers de Palestiniens se dressent contre le pouvoir colonial et son entreprise de nettoyage ethnique. Bientôt, les affrontements avec les forces de l’ordre du régime de Netanyahou s’étendent à l’ensemble d’Israël. Le Hamas ne tarde pas à exiger le retrait des troupes d’occupation de l’esplanade de la mosquée al-Aqsa : en vain. L’organisation islamiste tire dès lors une centaine de roquettes à partir de la bande de Gaza, sous blocus depuis 2007 ; s’ensuivront plus de mille autres ; les projectiles seront neutralisés avant impact à hauteur de 90%. Comme de coutume, la répression gouvernementale israélienne est foudroyante : écrasement de la protestation populaire, déluge de bombes sur la bande de Gaza. Le Hamas propose un cessez-le-feu ; Netanyahou refuse. Le 14 mai, on dénombre 119 Palestiniens tués – dont le quart d’enfants – et 9 Israéliens tués.

Bien sûr, l’ONU se dit « profondément inquiète ».

Bien sûr, le bon démocrate Biden assure qu’« Israël a le droit de se défendre ».

Bien sûr, Macron a « fermement condamné les tirs revendiqués par le Hamas et d’autres groupes terroristes », lesquels mettent « en grave danger la population de Tel Aviv » et nuisent « à la sécurité de l’État d’Israël ».

L’air est connu.  Pour l’heure : solidarité avec le peuple palestinien. Suite de l’article ici: Regards

© alarabiya

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