Souleymane Diamanka qui vient de recevoir le Grand Prix International de Poésie Slamée 2026, décerné par l’Académie des Jeux Floraux.est mon slameur préféré. L’un de mes poètes préférés, tout court. Je ne me lasse jamais de ses poèmes. Au-delà de l’inspiration, c’est un alchimiste des mots.
Il prend un proverbe soufflé par sa mère, une phrase entendue dans une cour d’école à Bordeaux, un mot peul enregistré par son père sur une vieille cassette, et il transmute tout ça. Il en fait de l’or poétique, en français.
Ce qui le rend à part, ce n’est pas seulement qu’il rime. C’est sa façon de sculpter la langue française, d’en faire une matière vivante. La sagesse peulhe comme source
Son geste le plus fort, c’est de faire passer le Pulaagu — le code d’honneur peul — en français. Son vers le plus partagé en ce moment : « Si quelqu’un te parle avec des flammes / Réponds-lui avec de l’eau. »
Il dit que c’est la phrase que sa mère répétait à ses frères et sœurs, et que toute l’éducation peule tient dans ces proverbes.
On comprend pourquoi on dit que la tradition de l’oralité coule dans ses veines. Qu’il transforme ses mots français en perles. C’est pour ça qu’il a intitulé l’un de ses premiers livres « J’écris en français dans une langue étrangère ». Il écrit en français mais il pense en peul.
Souleymane Diamanka est l’une des voix les plus importantes du slam francophone. Poète-slameur, auteur, parolier franco-sénégalais, il est né le 27 janvier 1974 à Dakar et a grandi à Bordeaux, où il a appris le français à l’école et le peul à la maison.
L’Hiver Peul, c’est son classique et mon album préféré. Un chef-d’œuvre ! Il l’ouvre comme un griot, en déclamant sa généalogie :
« Je m’appelle Souleymane Diamanka dit Duajaabi Jeneba
Fils de Boubacar Diamanka dit Kanta Lombi
Petit-fils de Maakaly Diamanka dit Mamadou Teneng
Arrière-petit-fils de Demba Diamanka dit Lengel Nyaama… »
Et puis il y a le plus beau détail : sa mère, Diénéba; Il en parle tout le temps.
Chez les Diamanka, la sagesse peule ne s’apprend pas dans les livres. Elle s’apprend dans les gestes de tous les jours, même en faisant la vaisselle. Sa mère, raconte-t-il, était à elle seule un flot de proverbes. Et les mains dans l’eau, elle lançait à ses garçons comme à ses filles :
« Ko yitere huli, jungo suusi. »
« Ce que ton œil craint, ta main peut l’affronter. »
Toute son éducation est là. L’œil a peur de la pile d’assiettes grasses, la main, elle, y va. Et la peur disparaît.
On retrouve le même fil dans l’autre phrase culte de sa mère : « Si quelqu’un te parle avec des flammes, réponds-lui avec de l’eau ». Toujours des images du quotidien — l’eau, la main, la vaisselle — pour désamorcer quelque chose de bien plus grand. Il lui a d’ailleurs dédié un morceau, « Le Vœu exaucé de Diénéba », en 2014.
Voilà pourquoi je parle d’alchimiste : il part d’une corvée de vaisselle dans une cité de Bordeaux et en tire une leçon de philosophie peule qui reste.
Il vient de recevoir le Grand Prix International de Poésie Slamée 2026, décerné par l’Académie des Jeux Floraux. La plus vieille société littéraire encore active en Europe : plus de sept siècles dédiés à la poésie et à la langue, qui a compté parmi ses lauréats et ses membres Victor Hugo, Voltaire, Edmond Rostand ou Senghor.
![[ONE POET SHOW] – Souleymane Diamanka, l’alchimiste des mots, habitant de nulle part et originaire de partout, Information Afrique Kirinapost](https://kirinapost.com/wp-content/uploads/2026/10/0b1411a_PM29T3FeGpzJv9p2GbKOWPOl-120x120.jpg)


![[MUSIQUE DU TERROIR] SAMBA DIYÉ SALL, la légende du Fuuta Tooro, Information Afrique Kirinapost](https://kirinapost.com/wp-content/uploads/2026/10/d7ddd00f-b457-4e9c-92a5-a0dc665cd8b2-400x280.jpg)
![[ONE POET SHOW] – Souleymane Diamanka, l’alchimiste des mots, habitant de nulle part et originaire de partout, Information Afrique Kirinapost](https://kirinapost.com/wp-content/uploads/2026/10/logo_souleymane-120x120.jpg)



Laisser un commentaire