Les États-Unis, c’est un pays intéressant. J’y ai vécu de longues années….C’est un endroit où le plus petit coup de chance peut t’aider à atteindre les sommets. C’est un endroit aussi où pour un rien toute une vie peur s’écrouler. Le rêve américain existe bel mais le cauchemar américainLe rêve américain existe bel mais le cauchemar américain existe aussi.
Quel que soit le domaine d’activité que tu exerces, avec du travail, des opportunités et parfois un peu de chance, tu peux accéder à la notoriété, à la propriété, à l’argent et à une certaine forme de réussite. Le rêve américain existe bel et bien.
J’ai moi-même vu des gens réaliser ce rêve américain. Ils venaient de Chine, d’Inde, du Japon, d’Afrique, d’Europe, etc. Des personnes arrivées parfois avec très peu et qui ont réussi à construire quelque chose.
Je compare un peu ce pays à quelqu’un qui part chercher du miel. Avec la tenue appropriée, il peut revenir avec le miel… pour autant que les abeilles ne le massacrent pas. Parce que le contraire de tout ce que je viens de dire est également vrai. Le cauchemar américain existe aussi.
Les États-Unis peuvent être un pays extrêmement dangereux, où tout peut arriver, à n’importe quel moment. J’y ai moi-même vécu des instants où tout semblait possible, des moments où je me suis dit que je n’étais vraiment pas loin de la catastrophe, de la mort aussi.
C’est un pays où il faut parfois faire attention à un simple regard croisé par hasard, et surtout à ce regard qui vous toise — ou à celui que vous adressez vous-même à quelqu’un. Il faut faire attention à la confrontation verbale, physique, et à la manière dont une situation apparemment banale peut rapidement dégénérer.
La violence a toujours occupé une place particulière dans l’histoire de ce pays, depuis la colonisation de ce pays et les innombrables violences, ségrégations, discrimination et crimes qui ont accompagné sa construction. Cette violence n’a pas disparu. Elle est parfois là, quelque part, silencieuse, cachée, attendant les circonstances qui lui permettront de s’exprimer.
C’est peut-être cela aussi, le paradoxe américain : un pays capable de vous donner énormément, mais dans lequel certaines situations peuvent aussi vous enlever énormément.
Le cas de Modou Ngom est, à ce titre, un cas complexe.Voici un homme adulte, au volant d’un semi-remorque, qui se retrouve impliqué dans un accident terrible ayant coûté la vie à toute une famille.
Mes pensées aux victimes….Je ne saurais imaginer les souffrances de leurs proches.
Que s’est-il passé ? Fatigue ? Inattention ? Épuisement ? Manque de sommeil ? Une mauvaise appréciation de la situation ? Dépression? Folie?
Honnêtement, je ne saurais le dire. Et justement, je pense qu’il faut éviter de tirer des conclusions trop rapidement. Ce que je sais, c’est que la justice américaine peut être extrêmement sévère lorsqu’un drame d’une telle ampleur se produit.
Aux États-Unis, les caméras sont partout. Les véhicules, les routes, les commerces, les téléphones : énormément de choses peuvent laisser des traces. Dans une affaire pareille, chaque seconde précédant l’accident peut être examinée.
Notre compatriote aura donc certainement beaucoup de difficultés à expliquer ce qui s’est réellement passé.
Il aurait expliqué qu’une voiture l’avait forcé à se rabattre. Mais si les images disponibles contredisent effectivement cette version, sa situation judiciaire devient évidemment beaucoup plus compliquée.
Et derrière tout cela, il ne faut surtout pas oublier l’essentiel : une famille a perdu la vie. Des êtres humains sont morts et d’autres devront vivre avec cette tragédie.
C’est là que je retrouve encore le paradoxe américain. Un pays développé, puissant, capable d’offrir des possibilités extraordinaires, mais également un pays doté d’un appareil judiciaire extrêmement puissant et qui peut se montrer d’une grande dureté lorsque la responsabilité d’un individu est engagée.
On peut y toucher le rêve du bout des doigts et, parfois, voir toute son existence basculer en quelques secondes.
Ce pays me rappelle étrangement un poème de Mansour Al-Hallaj : celui du dragon de l’été.Quelque chose qui peut sembler calme, lumineux et fascinant…mais dont il ne faut jamais oublier la puissance et la férocité.
Ñu ñaanal ko Ya Allah taxawu ko !








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