Message de Salif Keïta à IBK ou le rôle de l’artiste

C’est notre ami économiste et écrivain Sogue Diarisso qui rappelle le déclic qu’a constitué le message du musicien Salif Keïta à l’ex-président du Mali IBK. Un message puissant et engagé qui a eu le merite de rappeler aux maliens et surtout au Chef de l’Etat de l’époque leur responsabilité face au pays qui tanguait dangereusement.

Salif Keïta est l’exemple de l’artiste qui prend la parole et qui, tel un poisson torpille, balance une décharge électrique qui réveille tout un peuple endormi.  Le fait que son message ait été émis en langue nationale bambara a été également déterminant.

La répétition du terme « koro » (grand-frère), les passages galvanisants (« Si tu as peur, quitte le pouvoir. Tu passes ton temps à te soumettre à ce petit [Macron] ») et les marques de lassitude (« Les Maliens sont fatigués, les Maliens sont pauvres à cause de cette guerre qui ne finit jamais« ) ont créé un sursaut certain chez les Maliens.

On ne dira jamais assez le rôle des artistes en Afrique. Malheureusement, les difficultés du quotidien, la sauvegarde de privilèges, la peur de « fâcher » les autorités, plombent souvent leur rôle d’avant-garde. La légende malienne, qui ne court pas derrière une carrière, se sent obligé de faire la précision suivante : « Je ne suis pas à la recherche d’un poste de président, de ministre, je ne suis pas à la recherche d’amitié. Je suis un Malien. Fils du terroir. » La precision est plus qu’importante !

Quelqu’un comme Cheikh Anta Diop aimait insister sur la fonction sociale des artistes africains. Voici ce que le penseur disait des artistes:

« Un artiste, qui posera le problème social dans son art sans ambiguïté, d’une façon propre à secouer la conscience léthargique, l’artiste qui se posera au cœur du réel, pour aider son peuple à découvrir celui-ci ; l’artiste qui saura exécuter des œuvres nobles dans le but d’inspirer un idéal de grandeur à son peuple, qu’il soit poète, musicien, sculpteur, peintre ou architecte, est l’homme qui répond dans la mesure de ses dons, aux nécessités de son époque et aux produits qui se posent au sein de son peuple ».

Dans son discours, Salif Keïta n’hésitait pas à puiser dans l’héritage historique du Mali pour ne pas dire du Mandé afin de ragaillardir un président IBK sans énergie. Il savait ce qu’il faisait en convoquant des éléments du patrimoine culturel (références à Soundjta Keïta, usage du bambara, etc.).Cheikh Anta Diop, pour rester à lui, avait bien compris l’importance de ces éléments culturels. Pour lui, la création artistique: « ne traduit l’âme nationale d’un peuple, que dans la mesure ou l’artiste a puisé dans les sources de la tradition, donc dans la mesure où ce dernier n’est pas coupé réellement de son passé, même s’il créait en réaction contre celui-ci. »

Merci donc à Sogue d’évoquer ce moment important de l’histoire récente du Mali. Le message doit être entendu par nos artistes, notamment nos jeunes cinéastes vivant à l’ère de Netflix et des blockbusters américains.

 

 

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Khadim Ndiaye est philosophe, historien et éditeur sénégalais. Membre du Collectif contre la célébration de Faidherbe, il travaille beaucoup sur les questions de mémoires et celles qui touchent au fait coloniale. Grand militant des langues nationales, Khadim est auteur de: "Le français, la francophonie et nous". Les analyses de ce disciple de Cheikh Anta Diop, élève de Boris Diop et de Souleymane Bachir Diagne sont sur Kirinapost.

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