Mbougar, chant du Siin

J’avais lu, quelque part, qu’une œuvre musicale est un partage d’intimités. Fictives ou réelles. Le livre aussi. Peut-être même toute œuvre en général. Et la profondeur de l’intime est fonction de la sincérité de l’intention penchée sur la feuille.

Il y a des auteurs qui manipulent l’intime en triant et en remodelant les mots, après les avoir « convoqués« , pour la nommer. Un rageux désir du paraître. Sont-ce ceux-là qu’on nomme « orfèvres des mots » ? Ceux-là n’emballent que la masse liseuse de 4e de couverture. Et il y a les autres.

Ceux qui, de par leur parcours, sont « choisis » par les mots. Des mots qui s’imposent à eux en toute radicalité. « Ce sera moi ou rien » dira chaque lettre. L’auteur subit. Avec foi et joie. « Je suis avec mon Roi et Il me dicte son œuvre ».

Mbougar est de là.

Tout un univers contribue alors à la matérialisation de l’intention. Une intimité globale qui peut se montrer, s’imposer, sauvage, débordante, douce, envahissante, nombreuse, attendrissante, constante, blessante, en tenue d’Eve.

Mbougar écrit. Lu ou pas, il écrira, « encore, encore, jusqu’à ce que mort s’en suive » disait cette pub des années 80 contre la drogue. Diégane a écrit, écrit, encore et encore, jusqu’à ce que mémoire survive.

Parce que « le livre essentiel ne l’est que parce qu’il tue ». Et Ouologuem en est mort. (..)« Qui l’accompagne dans la mort y vit ». Mbougar, avec ce livre, s’installe et s’impose. « Dëju na » dirait-on en walaf. kaar kaar, laal naa bànt.

Une seule des pages de cette œuvre de Mbougar suffit à nous donner la certitude que nous lisons un écrivain, un de ces astres qui n’apparaissent qu’une fois dans le ciel d’une littérature. J’ai repris Diégane Faye.

Un livre, c’est une allure, un rythme. Un « bon » rythme qui te prend par la main et te faire faire… 448 pages sans que tu ne te rendes compte des époques, vies et lieux habités.

« Écrire est une responsabilité », avais-je aussi entendu. De ces affirmations maquillées qui bluffent, jusqu’au jour où tu tombes sur un écrivain. Non, un livre. Un bon livre. “l’œuvre ! l’œuvre ! – et au diable l’homme…” dirait Ouologuem.

Dans la plus secrète de nos mémoires d’Homme, se cachent certainement nos infirmités les plus hideuses.

Infirmités intimes que seul un devoir de violence fera remonter à la surface de l’Être que nous sommes.

Le livre arrive à Dakar en Septembre, inshAllah.

Je vous le recommande vivement.

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Auteur et Critique d'Art, Umar Sall est une figure connue du milieu culturel dakarois. Il s'intéresse à la richesse des langues traditionnelles. D'origine Pular, qu'il parle couramment, il a aussi une maitrise bluffante du walaf (À l'ecrit comme à l'orale). Umar Sall a une parfaite connaissance du fait culturel. Dés lors, ses analyses et ses reflexions sont pour le moins attendues. Retrouvez- les sur Kirinapost. À lire : Les Coquillages de la mort" Editions Broché – 2014

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