Lamine Senghor, l’autre Senghor

Lamine Senghor (qui n’a pas de lien de parenté avec le poète-président) est un militant révolutionnaire anticolonialiste et anti-assimilationniste, dont l’action marqua les mouvements nègres français des années 20. Lamine Senghor est un héros de la lutte pour l’émancipation des peuples noirs. ( Paru 5 Décembre 2019 et revu en mars 2021).

Né en 1889 à Joal (Sénégal) Lamine Senghor fut d’abord employé comme « boy » à Dakar puis travailla pour la maison bordelaise Maurel et Prom (entreprise d’import-export impliquée dans l’esclavage à l’origine, aujourd’hui spécialisée dans exploitation du gaz et du pétrole en Afrique).

Mobilisé en 1915, il combattit dans les rangs des tirailleurs sénégalais et fut sérieusement blessé et gazé comme le rappelle le chercheur en histoire Florian Bobin. Démobilisé et renvoyé avec la croix de Guerre comme invalide de guerre au Sénégal, il revint en France en 1921 et fut embauché dans l’administration des postes et télécommunications du Var. Muté dans le 19e arrondissement de Paris, il s’installa 63 rue Myrha, dans le 18e (quartier de la Goutte-d’Or).

Senghor adhéra au parti communiste français. Mais il prit vite ses distances avec le parti. En 1925, alors qu’il était membre de l’union inter-coloniale, organisation formée en 1921, le parti, dont il espérait le soutien, lui avait demandé de payer son voyage pour se rendre au congrès des communistes américains de Chicago et lui avait fait savoir que s’il ne pouvait pas payer, il n’avait qu’à travailler sur le bateau ou s’embarquer en clandestin.

Cette attitude provoqua une quasi-rupture. Plus généralement, Senghor jugeait les communistes paternalistes et considérait que les luttes anticoloniales était spécifiques par rapport à la lutte des classes.

En 1924, Blaise Diagne (1872-1934), élu au Parlement en 1914 et partisan de l’assimilation, est nommé en janvier 1918 par Clemenceau commissaire général au recrutement des autochtones en Afrique. le 15 octobre 1924, il est accusé de profiter personnellement de ce poste par un article publié dans Les Continents. Le Guyanais René Maran (1887-1960) est accusé d’avoir écrit l’article.. Blaise Diagne se sentira diffamé et attaquera le journal en justice.  C’est le procès des Continents. Lamine Senghor prendra part à ce débat en recentrera les affres de la guerre. Même si Blaise Diagne gagne son procès ce qui conduira à la fermeture des Continents, des lettres non publiées de Maran, dont l’intégrité ne peut être mise en doute, montrent que, contrairement à ce que l’on croyait jusqu’à présent, il n’était pas l’auteur de l’article incriminé. Lamine Senghor quant à lui marque les esprits et est repéré par les services de renseignements. La même année il est candidat du PCF aux élections dans le 18e Arrondissement de Paris.

Si son opposition à l’impérialisme s’exprime d’abord à travers la solidarité de classe, il semble évoluer en 1926-1927 vers une vision plus « raciale » de la solidarité, lorsqu’il crée le Comité de Défense de la Race Nègre souligne David Murphy dans les Cahiers d’Histoire. S’agit-il ici d’une rupture avec le communisme, ou d’une prise de conscience, comme en feront pendant les décennies suivantes des personnalités comme Richard Wright, Aimé Césaire ou George Padmore, du fait que le communisme ne s’intéresse pas vraiment au racisme blanc ? Et cette vision d’une solidarité noire met-elle fin à la possibilité d’une solidarité mondiale ?

En 1926, il créa le Comité de défense de la race nègre, avec Kouyaté, doté d’un mensuel, La voix des nègres. Le mot « négrophobe » y apparut dans le numéro de janvier 1927.

Bien qu’assimilationniste, le commandant Mortenol adhéra à ce mouvement. Le CRDN participa au congrès de la ligue anti-impérialiste de Bruxelles en février 1927.

Du 10 au 15 février donc, Lamine Senghor participe à Bruxelles (palais d’Egmont) au Congrès constitutif de la « Ligue contre l’impérialisme et l’oppression coloniale ». La rencontre est organisée par Willi Munzenberg, haut responsable de l’Internationale communiste. , Lamine Senghor côtoie et entre en dialogue avec Nehru (Inde), Song Qingling (veuve du nationaliste chinois), Messali Hadj (Etoile Nord-Africaine), Chekib Arslan (Congrès musulman de La Mecque, lié au Comintern), Albert Einstein ou encore Hafiz Ramadan Bey (Egypte). Au total 175 délégués dont 107 venus de 37 pays coloniaux prennent part à ce Congrès extrêmement surveillé.

Senghor y prononça un discours fort remarqué et Il fut arrêté quelques jours après. Emprisonné quelques semaines à Draguignan, Lamine Senghor malade et souffrant de tuberculose, conséquences du gaz inhalé à Verdun, verra sa santé faiblir jusqu’à sa mort, le .

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