KURT ZOUMA, LES CHATS ET LES VALEURS DU MONDE OCCIDENTAL : INQUIETANT !

Le footballeur international français aux origines familiales centrafricaines est « dans la tourmente » depuis qu’une vidéo privée diffusée le 08/02/2022 par le journal « The Sun » l’a montré dans des séquences où il malmène un chat que l’on suppose être un de ses chats domestiques. Ces séquences, rendues virales en très peu temps, et prestement qualifiées de « maltraitance animale », sur la base de quelques secondes d’enregistrement, ont suscité une déferlante d’émotions frisant la haine assumée contre le jeune footballeur de 27 ans, sociétaire du club anglais de West Ham. Au point que des pugilistes professionnels en sont venus à le défier personnellement
Sans recul ni précautions d’usage, les sanctions annoncées pleuvent sur les épaules du footballeur, une amende maximale de l’ordre de 250 000 Livres (près de 300 000 euros), la rupture de contrat annoncée par son sponsor l’équipementier Adidas, des plaintes déposées par des associations de protection animale, et un appel grandissant à … des sanctions sportives.
Le frère de Kurt Zouma pourrait également subir dans son club (en ligue inférieure) les effets du cyclone provoqué par la « cruauté sans nom » -Didier Deschamps dixit- de son frère. Dans cet élan tout à la protection de la gent animale gravement menacée par un footballeur isolé, dans son domicile, sans usage apparent d’armes létales autres qu’une maladresse filmée et regrettable, le président de la Fédération française de football et le sélectionneur de l’équipe de France n’ont pas cru devoir faire jouer un droit de réserve indiqué eu égard à leurs responsabilités.
De nombreuses raisons pourraient bien expliquer une telle charge médiatique, judiciaire et morale pour un acte dont rien ne permet de tirer autant de conséquences, si ce n’est le peu de considérations pour un joueur, et au fond pour le monde animal lui-même, hors des espaces domestiques et des images viralisées d’Occident.
En effet, les mêmes qui lynchent le footballeur brutal avec un chat qu’il entretient, sont ceux qui participent par le culte rendu quotidiennement à la consommation de masse à l’industrialisation de la barbarie contre le vivant -animaux compris. Fourrures, cuirs sur tous les produits de luxe, graisses animales, vêtements de marque, fast-food, etc…
Ces lieux sanctuaires de la consommation de masse et du profit ne sont pas vu comme des atteintes au vivant et à la survie de nombre d’espèces animales, pourtant c’est tout un mode de vie qui violente férocement depuis les révolutions industrielles l’ensemble du vivant de la planète. Mais il sera toujours plus facile de crier haro sur celui qui s’est maladroitement laissé filmer à un moment où il ne se montrait pas assez bienveillant à l’endroit d’animaux domestiques, eux-aussi jetés dans les logiques et affects de la consommation de masse sacralisée par le capitalisme occidental. S’ajouteront à ces récriminations sur l’intolérable, les calculs d’image des marques et enseignes désireuses de s’afficher dans le sens du chaland.
Le braconnage, les parties de chasse qui contribuent à faire disparaître des populations d’animaux indispensables à la biodiversité ne posent pas problème au point de devenir des points de focalisation viraux ; d’autant moins que les abatteurs de lions, girafes, antilopes, éléphants, rhinocéros sont de paisibles Occidentaux tirant par plaisir des balles réelles mortelles sur des pachydermes infortunés. Idéalement en Afrique. Là cela se termine par du sang, des animaux massacrés pour le divertissement, des photos et des postures victorieuses…
Si les images d’un chat ponctuellement malmené font perdre tout recul et tout bon sens à des institutions dont la sagesse et l’efficience sont connues (club de football, médias, associations, fédération de football, …) et qu’une partie significative du public paraît répondre aux stimuli moralisateurs des « défenseurs de la cause animale », alors que ces mêmes publics sont indifférents à tant de tragédies humaines à leurs portes, à leurs pieds, c’est bien que probablement une question de valeur, de civilisation se joue. Tragiquement.
Rappelons qu’en plein Paris, un photographe de 84 ans est décédé après avoir chuté dans la rue et être resté sans assistance 9 heures durant, rendant l’âme dans la nuit du 19 au 20 janvier, ce malgré toutes les armées de bonnes consciences prêtes à défendre la vie partout où elle se trouve. Certes il n’y avait ni chat, ni footballeur noir, ni vidéo virale…
D’autres choix civilisationnels sont non plus possibles mais nécessaires et urgents.
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Martial Ze Belinga est un économiste et sociologue camerounais. Son travail porte spécifiquement sur l’épistémologie de l’histoire africaine, les préjugés et les silences qui biaisent la compréhension du passé de l’Afrique et des diasporas africaines. L'art et la culture tiennent une place centrale dans son travail. À ce titre il est l'auteur de plusieurs ouvrages parmi lesquels: "Au-delà de l’inculturation. De la valeur propositionnelle des cultures africaines". Pour l'économie, ses travaux ont beaucoup porté sur la monnaie notamment le FCFA. il est l'auteur entre autres de: "Afrique et mondialisation prédatrice". Expert associé au comité scientifique international de l’UNESCO pour l’Histoire générale de l’Afrique, Belinga est éditorialiste et avait lancé le site Afrikara dédié à l'histoire, la culture et l'avenir du monde noir. Il a été par ailleurs sélectionné parmi les 20 « Experts » représentatifs de la diversité (Club XXIe siècle, France)

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