Je partage une amertume… Pardonnez-moi de vous importuner !

Mohamed Ly • Au Sénégal il y a un dérèglement politique qui finira par être social et sociétal. Je suis persuadé que ce n’est pas dans l’autre sens qu’on explique ce dérèglement !

Les politiques qui ont tous les leviers de pervertissement social, les ont utilisé pour exploiter ce qu’il y a de plus moches chez leurs concitoyens. Nous allons vers des jours sombres. Détrompez-vous, je ne parle pas de l’élection qui vient, ni des résultats (ce post n’a rien de politicien, je le veux plus sérieux). D’ailleurs, je pense que l’on aura les élections les plus tranquilles du pays. Mais c’est le Sénégal des cinq prochaines années qui me turlupine, avec ses incertitudes et son dérèglement socio-politico-judiciaire, qui pourra avoir des conséquences incommensurables si nous n’y prenons pas garde.

Nous avons failli dans ce que j’appelle le « devoir d’orientation ».

Un pays se relève par le travail de ses enfants, les meilleurs, qui portent les principes les plus grands et proposent les lendemains les plus éthiques et les plus prometteurs. Ce qui donne une société intègre, des relations sociales apaisées, de justice et de bienveillance.

Au Sénégal, nous n’avons pas cela. Nous avons pour la plupart chez nos élites, nos hommes politiques, des opportunistes, plus forts les uns que les autres. Ils sont là, à tirer leur épingle du jeu, à protéger leur progéniture et se mettre à l’abri. Cette orientation a été pérennisée, et est née, selon mon analyse, de la crise de 1962 entre Dia et Senghor.

Fofou la ngor djiékhé Sénégal. Une société où des traîtres sont promus est née, une société sénégalaise où des gens qui ont comploté contre un homme (Dia) ont triomphé, cette société injuste a commencé à prendre place. L’élite s’est affaissée, les meilleurs d’entre eux étaient les hommes de gauche ! Oui, je le dis comme je le pense, les anciens du PAI, PIT, LD/MPT, AJ/PADS etc… ont tenu le peu de bon sens et de djiom que le pays a eu, l’engagement était sincère, cet engagement tenait à l’idéologie et aux convictions profondes d’humanisme et de collectivisme.

Parallèlement, le pays a fait sa mue, le matérialisme a pris le dessus, les gens qui étaient respectés par leur bravoure, leur dignité et leur courage se sont vus rétrogradés aux yeux de leurs nawlé, pour leur inconfort matériel … et de fil en aiguille, le système de corruption faisant, des médiocres sont devenus dans la galaxie Diouf « les meilleurs parmi nous ». Ainsi le processus de déclassement a commencé ! Dans les années 90, cette grande gauche, qui a appuyé le PDS, est donc allée au pouvoir, le grand soir a tardé… , ils ont réalisé qu’ils ont tout donné à leur pays et qu’ils n’avaient rien.

L’heure était venue de penser à soi, ils ne sont pas seuls, ils ont des enfants qui voient leurs camarades partir dans l’hexagone réussir de grandes universités, ils ont des femmes qui voient les autres qui ont épousé des voleurs les mépriser, il fallait rectifier le tir. On a mis de l’eau dans le vin ! Je ne les accable pas, c’est la faute à Diouf, qui a asséché l’opposition, s’est refusé à toute ouverture pour faire regretter aux dignes fils du pays qui sont de l’opposition de ne pas venir à lui, dans son système ! Lui aussi nous a fait beaucoup de mal, le President Diouf !!! Sa présidence a traversé ma jeunesse et le début de mon âge adulte, jamais un homme ne nous aura fait autant de mal : aucune ambition pour nous (et les cadres du PS associés au système des grandes familles l’ont aidé dans toutes les localités du pays, et surtout dans les sociétés hiérarchisées comme au Fouta). Bref.. Diouf, moi, je ne le regrette pas. Il n’y a que Wade qui puisse tant rater sa mission à nous rappeler des bienfaits de l’attitude « étatique » méprisante d’un Diouf (sans compassion, sans ouverture, aucun dialogue social, menaces à longueur de mandat et une jeunesse brisée, traitée de malsaine).

Ce que je décris, ce système là, a fait un ravage social et politique énorme, dans tout cela, un homme et son parti ont tenu bon, en utilisant les mêmes armes, c’est Wade et le PDS. Ils ont compris l’état de fait. Ils ont été lucides et cyniques, ils ont combattu ce système nauséabond avec véhémence et bravoure, mais le temps nous a montré que ce n’était pas pour le parfaire, mais pour le pervertir encore davantage. Je pense qu’il y avait une petite revanche sur ce peuple qui a pris du temps à leur faire confiance.

Wade a continué à exploiter les failles de son peuple, étant aidé par des parvenus, des arrivistes, des transhumants qui l’ont combattu des décennies. Le Sénégal n’a jamais rien prouvé à un seul de ses présidents. Les présidents, du haut de leur fauteuil, ont fini par mépriser l’homo senegalensis par son égoïsme et sa fourberie (quelques combats exceptionnels d’arrière garde feront exception, comme le 23 Juin, ou les années 88).

Voici d’où vient le mal, si l’on ne veut parler que du Sénégal contemporain.

Un chef de parti mouillé dans l’assassinat d’un président de Conseil constitutionnel a été élu Président de la République. Il a fait une loi d’amnistie, qui n’a jamais été abrogée ! Des repris de justice sont devenus ministres et autorités, des hommes et des femmes, qui ne sont pas bons à diriger leurs propres familles, ont dirigé des institutions. Des femmes connues pour leur légèreté ont été aux plus hautes fonctions, des voleurs pris la main dans le sac ont été promus quand ils ont transigé avec l’autorité. C’était la méthode Idrissa Seck ! Il l’a fait pour fortifier son parti et se faisant, il a érigé, Idy, le vol et le chantage en méthode politique d’Etat !

Voici, pour les plus jeunes, ce qu’on ne leur a pas dit, ce qu’on ne leur raconte pas.

Oui j’ai mal pour mon pays, oui il m’arrivait d’être dans la radicalité, cette authenticité, nous l’avons beaucoup perdue avec l’âge (les engagés de ma génération), avec le temps, la froideur de la réalité de la vie nous rattrapant, nous avons mûri et fléchi. Mais nous n’avons pas changé de religion pour la plupart, on essaie de rester honnête, juste, et généreux.

A côté, on voit qu’on nous fabrique de faux héros, de faux espoirs… On n’est pas sorti de l’ornière chers amis.
Nul ne nous a épargné, aucun système : ni celui du PS, ni celui du PDS (je sais que je ne me ferai que des ennemis par ce texte, mais il faut que je sorte ma réflexion du jour, qui m’a mis dans l’amertume).

Le combat n’est pas un combat de candidature, ni d’élections ni de personne. C’est un combat de réhabilitation. Il faut que l’on retrouve notre âme, si tant est que l’on puisse croire que ce pays a été meilleur entre le Kadjior, le Sine, le Saloum valeureux, le Tekrour etc… un vieux pays qui regorge d’histoire à nous enorgueillir . Si l’on pense aux femmes de Nder, à l’almamyat au fouta, au combat de Lat Dior, à l’exil d’Alboury, à Aline Sitoe Diatta, au dur combat de Serigne Touba, à l’intransigence d’Abdoul Bocar Kane, on devra alors relever le défi.

L’histoire nous a laissé aussi tous les exemples de dignité et des exemples de courage couronné de succès ! Mais nous avons choisi la facilité ….

Cette facilité est notre plus grand fardeau, il faut qu’on s’en débarrasse, mais dans la vérité. Je vous écris dans la plus grande sincérité, donc je vous offre l’un de mes principes de fonctionnement, car faisant à chaque prière « limaa sabag naaci ril hagg bil hagg », j’ai la conviction que l’on ne peut combattre la vérité que par la vérité. Le mensonge n’aidera jamais le triomphe de la vérité.

Sur ce, chacun connaît ses limites, ses compromissions, ses faiblesses pour son leader ou pour son parti, ce qu’ils reprochent aux autres et qu’ils acceptent pour leur mentor, et le mensonge est justement là !

J’ai mal à mon pays tout simplement, et je voulais vous le dire !

 

Crédits: Cath.ch

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