Sept mois après le début de la guerre israélo-états-unienne contre l’Iran, les objectifs initialement proclamés par Washington ont changé et le conflit s’installe dans la durée. À Athènes, le secrétaire d’État a convoqué le roi perse Xerxès, l’Acropole et la grandeur de l’Occident. Un déplacement vers un discours civilisationnel qui dit à la fois l’épuisement du récit de guerre initial et le poids plus marqué des néo-conservateurs dans l’entourage de la Maison Blanche. Source: Orient XXI

Athènes, le 7 octobre 2026. Le secrétaire d’État états-unien Marco Rubio s’exprime sur la colline de la Pnyx, où les Athéniens de l’Antiquité tenaient leurs assemblées démocratiques, avec en arrière-plan l’ancien Parthénon, situé au sommet de l’Acropole. Département d’État des États-Unis / Flickr
Le 7 octobre 2026, depuis le Pnyx, face à l’Acropole, le secrétaire d’État Marco Rubio, en visite officielle en Grèce, a construit tout le déroulé de son discours, en hommage à la civilisation grecque et – par extension – à la civilisation occidentale, autour d’une scène de l’histoire ancienne. En 480 avant notre ère, les armées perses du roi Xerxès entrent à Athènes, mettent le feu aux sanctuaires et rasent l’Acropole. Mais plus tard, avec le retour des Athéniens, la ville est reconstruite, le Parthénon est érigé. Il traverse vingt-cinq siècles, tandis que des empires « se sont dressés puis sont tombés », et que les « fils d’Athènes et de Rome » ont assuré la continuité d’une civilisation occidentale appelée à retrouver sa puissance. Rubio part de l’exemple athénien, mobilise pêle-mêle Alexandre, César, Charlemagne et Hernán Cortés, pour ensuite célébrer le nationalisme conquérant de l’Occident. Dans son allocution, les États-Unis incarnent la transformation d’une république côtière en « empire continental », louant une philosophie politique de la puissance, présentée comme héritage naturel de l’Occident.
Évidemment, le secrétaire d’État ne dit pas explicitement que l’Iran de 2026 est la Perse de Xerxès. Mais dans le contexte d’une guerre menée depuis le 28 février par les États-Unis et Israël contre l’Iran, le choix de cette scène n’est pas neutre. Il transforme cette agression en épisode d’affrontement civilisationnel. À ses yeux, l’Occident qu’il considère comme un héritier exclusif d’Athènes doit être défendu aujourd’hui avec la même ardeur que celle-ci l’a été dans l’Antiquité.
Un raccourci historique
Sur le site d’information iranien Entikhab, Touraj Daryaee, historien spécialiste de l’Iran ancien, a répondu à ce discours1 en rappelant que l’incendie d’Athènes ne surgit pas dans un vide historique : en 498 avant notre ère, pendant la révolte ionienne, les insurgés, soutenus par Athènes et Erétrie, attaquent Sardes, capitale de la satrapie perse de Lydie et y mettent le feu, détruisant ainsi une partie importante de la ville. Daryaee retourne ensuite la perspective : sur les deux derniers siècles, écrit-il, ce sont essentiellement la Grande-Bretagne et les États-Unis qui ont projeté leur puissance vers l’Est, ont colonisé des territoires et imposé leur présence militaire. Il ajoute enfin que l’opposition simpliste entre « Orient » et « Occident » que pose Marco Rubio est anachronique : l’empire achéménide comptait de nombreux sujets et soldats de langue grecque.
Sur le premier point, Encyclopaedia Iranica confirme l’élément essentiel : Athènes envoie vingt navires aux Ioniens et Erétrie cinq. L’expédition prend Sardes en 498. L’incendie détruit notamment le sanctuaire de Cybèle. Athènes n’a pas à elle seule brûlé Sardes, mais sa participation à l’expédition est attestée, et l’épisode appartient bien à la chaîne d’événements qui précède les guerres médiques (de 499 à 449 avant notre ère). Lire La Suite ICI








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