Assassiné le 15 octobre 1987 à Ouagadougou, son aura n’a pas cessé de grandir, sortant du continent africain pour se hisser à la tribune des nations, celle des immenses leaders de la conscience mondiale d’une humanité à guérir de ses insupportables injustices.
En 4 ans seulement de présidence, Thomas Sankara a marqué l’histoire du Burkina Faso et du continent africain. La « dernière » figure emblématique de la révolution africaine n’était pourtant exempt ni d’erreurs ni de reproches : chefferies trop uniformément assimilées à la « féodalité », lecture parfois trop schématique des classes sociales, licenciement massif d’enseignants grévistes, provocations diplomatiques inutilement coûteuses, etc. L’hommage ne contraint à aucune amnésie.
Pourtant, comme Lumumba, Um Nyobè ou Nkrumah plus tard, il demeure une figure tutélaire de l’émancipation africaine, s’affirmant davantage avec le temps, et comme eux, il a payé de sa vie son refus de plier. Son assassinat n’est pas un simple règlement de comptes : il fut l’œuvre de son compagnon d’armes Blaise Compaoré, bénéficiaire du coup d’État, mais aussi le fruit de complicités extérieures. Nombre de témoignages et d’analyses évoquent l’implication de la Côte d’Ivoire et le silence, sinon la bienveillance, de la France, soucieuse de se débarrasser d’un dirigeant qui défiait ouvertement le système de la Françafrique.
Sa jeunesse, son éloquence, sa guitare et son football éclairent son image populaire. Mais l’essentiel demeure cette cohérence rare entre convictions, actes et existence : vivre modestement, combattre les privilèges intérieurs autant que l’impérialisme, gouverner pour les déshérités. Chez Sankara, rien de la posture : l’homme était habité par ce qu’il disait. Le président qui refusait la climatisation, vendait la flotte de Mercedes de l’État et déclarait son maigre salaire était le même que celui qui parlait à la tribune des Nations unies.
Sa force fut d’articuler les luttes, du village à la planète. Pour lui, l’exploitation locale et l’asservissement international procédaient d’un même système : celui qui enrichit quelques-uns au pays comme à l’étranger, et que perpétuent les héritages de la traite et de la colonisation. Émancipation des femmes, production locale, textiles burkinabè (« consommer ce que nous produisons »), refus de la dette comme instrument d’asservissement, dont il dénonça l’iniquité devant l’Organisation de l’unité africaine en 1987, quelques mois avant sa mort : sans inventer ces combats, il leur donna une voix exceptionnelle. Sa solidarité embrassait des Palestiniens aux peuples africains frères combattant l’apartheid ou le racisme atlantique. Il fut en cela un visionnaire : écologie (lutte contre la désertification, millions d’arbres plantés), santé, alphabétisation, souveraineté alimentaire, autant de chantiers dont l’urgence ne s’est pas démentie.
L’Afrique endettée, les souverainetés entravées, les prédations renouvelées, les ingérences néocoloniales qui persistent sous d’autres noms donnent encore du poids à ses avertissements. Ce que Sankara dénonçait n’a pas disparu : il s’est adapté.
Son immortalité tient à cette exigence : montrer un chemin et l’emprunter soi-même. Ses assassins ont pu faire taire l’homme, pas l’idée. Lui rendre hommage, c’est poursuivre la lutte pour la dignité, la justice et l’émancipation.








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