Félicité du réacteur Alain Gomis est-il un film sénégalais ? Qu’est-ce qui confère à un film sa nationalité ? Son réalisateur ? Son lieu de tournage ? Son producteur ? Ses acteurs ? Sa distribution ?

De la nationalité d’un film…
Nous posons cette question importante, pas seulement parce que le réalisateur Alain Gomis est franco-sénégalais, que le film a été tourné principalement au Congo, que les acteurs du film sont congolais, que le scénariste (Olivier Loustau) est français, que la production est française (Centre national du cinéma et de l’image animée, Granit Films) et belgo-sénégalaise (CINEKAP), en grande partie, et que le distributeur (Jour2fête) est français.
Nous la posons parce que nous savons que, pour qu’un film ait une nationalité, il faut qu’au moins 20 % de son financement proviennent d’un pays donné.
Le budget de Félicité est de 845 millions de francs CFA. Alain Gomis, qui nourrit un amour certain pour le Sénégal, tenait absolument à ce que l’État du Sénégal couvre les 20 % du budget afin qu’on puisse parler, au moins, de « film sénégalais ». Pour cela, Gomis est même venu rencontrer à Dakar le ministre de la Culture du Sénégal. Il a finalement reçu un appui de 100 millions de francs CFA du Sénégal.
Ce n’était pas suffisant pour couvrir les 20 % requis pour donner la nationalité sénégalaise au film. Il a donc fallu se rabattre sur la part apportée par la production belgo-sénégalaise (CINEKAP) pour pouvoir sortir un bout du drapeau vert-jaune-rouge sénégalais.
Quelle aventure !
Si nous semblons être quelque peu négatif, ce n’est pas pour nier le travail remarquable d’Alain Gomis ni minimiser l’apport sénégalais. C’est surtout pour montrer le chemin qui reste encore à parcourir pour soutenir les productions culturelles des pays francophones d’Afrique et faire un cinéma vraiment africain.
Je dis « pays francophones d’Afrique » à dessein, car le cinéma de ces pays est largement financé par la France et, dans une moindre mesure, par l’Union européenne. Au point même qu’on peut se poser cette autre question importante, à l’instar de beaucoup de cinéastes nigérians : le Fespaco est-il vraiment un festival panafricain du cinéma ?
Songez un peu : même si l’engagement du gouvernement burkinabè est remarquable, l’Union européenne a contribué à hauteur de 240 000 euros au Fespaco 2017. La Francophonie « s’est imposée comme l’une des principales sources de financement des productions cinématographiques et télévisuelles des pays francophones en développement », peut-on lire sur son site. La chaîne Canal+ prend en charge sept prix au Fespaco. Étant donné qu’elle offre même le Prix spécial Thomas Sankara, elle participe à la composition du jury et à la remise du prix. Eh oui, à tout seigneur, tout honneur. À cela, on peut ajouter que presque toute la postproduction des films francophones est réalisée à l’étranger, en France notamment.
Il y a donc du chemin à faire et nous, francophones, gagnerions à nous inspirer de l’exemple du Nigeria, où les films sont financés et réalisés en interne.
D’ailleurs, qui ne veut pas du Nigeria au Fespaco ? On nous dit à Ouagadougou que ce pays privilégie les films commerciaux au détriment de l’art, mais c’est oublier que beaucoup de réalisateurs nigérians font un autre type de cinéma, qu’aujourd’hui ce pays se positionne même mondialement dans le cinéma d’animation et la 3D, dont les jeunes Africains « aliénés » ont grandement besoin à l’heure actuelle.








Bel article! Bravo pour les données qui apportent des éclaircies sur le financement de nos arts.