Fanon, renaissance africaine

Frantz Fanon est un psychiatre et essayiste fortement impliqué, par la plume et par l’action, dans les luttes d’indépendances en Afrique et dans le combat pour l’émancipation du peuple noir. Né en 1925 à Fort-de-France en Martinique, il fait partie des plus grands penseurs d’origines antillaises. Décoloniser les esprits, guérir le colonisé de son aliénation, ont été le fil conducteur de la démarche de Fanon. Pour lui, le colonisé accepte le jugement du colonisateur: le colonisé est « laid », « bête », « paresseux », a une sexualité « maladive »… et finit par définitivement le penser. Le colonisé explique Fanon, finit par intégrer ces discours de stigmatisation, le sentiment d’être inférieur et en arrive à mépriser sa culture, sa langue, son peuple, il ne veut plus alors qu’imiter, ressembler au colonisateur. C’est ce schéma qu’il a tenté de déconstruire. Auteur prolifique, il meurt à l’âge de 36 ans seulement emporté par une foudroyante leucémie. Peu de jours avant son décès, il publiait une de ses oeuvres majeures « Les damnés de la Terre ». Fanon qui a servi pendant trois ans comme médecin-chef à l’hôpital psychiatrique de Blida-Joinville en Algérie, gagnerait à être mieux connu tant son travail apporte beaucoup de réponses sur le pourquoi du retard du continent africain.  Voici cinq pensées pour avoir un aperçu de sa philosophie.

« Quand vous entendez dire du mal des juifs, dressez l’oreille, on parle de vous. » Peau noire, masques blancs (Editions Seuil, 1952).

« La colonisation est une négation systématisée de l’autre, une décision forcenée de refuser à l’autre tout attribut d’humanité. » Les Damnés de la Terre-Éditions Maspero en 1961.

« Les ministres, les chefs de cabinets, les ambassadeurs, les préfets sont choisis dans l’ethnie du leader, quelquefois même directement dans sa famille. Ces régimes de type familial semblent reprendre les vieilles lois de l’endogamie et on éprouve non de la colère mais de la honte en face de cette bêtise, de cette imposture, de cette misère intellectuelle et spirituelle. Ces chefs de gouvernement sont les véritables traîtres à l’Afrique car ils la vendent au plus terrible de ses ennemis : la bêtise. Cette tribalisation du pouvoir entraîne, on s’en doute, l’esprit régionaliste, le séparatisme. Les tendances décentralisatrices surgissent et triomphent, la nation se disloque, se démembre. » Les damnés de la Terre-Éditions Maspero en 1961.

« Si nous voulons transformer l’Afrique en une nouvelle Europe, l’Amérique en une nouvelle Europe, alors confions à des Européens les destinées de nos pays. Ils sauront mieux faire que les mieux doués d’entre nous. » Les damnés de la Terre-Éditions Maspero en 1961.

« Si nous voulons que l’humanité avance d’un cran, si nous voulons la porter à un niveau différent de celui où l’Europe l’a manifestée, alors il faut inventer, il faut découvrir. » Les damnés de la Terre-Éditions Maspero en 1961.

« Le noir qui veut blanchir sa race est aussi malheureux que celui qui prêche la haine du blanc.  » Peau noire, masques blancs-Editions Seuil,1952.

 

Crédits: Lechodalgerie

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