Expansion économique de la Chine : et si le Sénégal renforçait sa coopération avec le Kazakhstan ?

Le traitement de l’information constitue de nos jours une des normes d’évaluation du pouvoir ou encore de la stratégie d’influence. La diversification des canaux de communication et l’exportation des valeurs à l’échelle internationale renvoient à des piliers du « soft power ». Le développement des représentations diplomatiques de part et d’autre entre le Sénégal et le Kazakhstan permettrait au Sénégal d’être présent en Asie centrale. Mais pourquoi l’Asie centrale ?

 

Avec le projet des nouvelles routes de la soie de la Chine, l’Asie centrale occupe une place importante dans la redéfinition des rapports économiques et des échanges commerciaux. Il faut dire que le Kazakhstan concentre 50% du PIB dans cette partie du monde. Le renforcement de la coopération sud-sud étant d’actualité, un désengorgement des relations diplomatiques s’impose. Bien que l’économie du Kazakhstan repose essentiellement sur les ressources minières et les hydrocarbures, cet Etat envisage d’être parmi les 30 premières puissances économiques en 2050.

Pour rappel, l’ancien Président Nazarbaïev avait invité son homologue sénégalais en 2016. Ce dernier avait exprimé « sa gratitude aux autorités kazakhes pour le soutien qu’elles ont bien voulu apporter » à la candidature du Sénégal « à un siège de membre non-permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies pour la période 2016-2017. » A l’époque, les deux parties avaient exprimé leur volonté de conclure des accords de coopération dans des domaines porteurs de l’économie, notamment, les secteurs de l’énergie, de l’exploitation minière, du tourisme, de l’agriculture, des infrastructures et de l’industrie. Pourtant à ce jour, il semblerait que le renforcement de la coopération entre le Sénégal et le Kazakhstan ne porterait que sur le volet sportif dans le cadre de la formation, des échanges d’expérience et de savoir-faire.

Premier producteur d’uranium au monde, le Kazakhstan est connu pour ses réserves importantes en fer, manganèse, chrome, potassium entre autres. Bien que disposant d’une grande superficie, soit 2 717 300 km2, pour une population n’excédant pas les 18 millions d’habitants, ce pays classé parmi les pays les plus vastes au monde est considéré depuis des années comme étant enclavé en raison de sa position géographique. Et pourtant, cette considération n’a pas empêché cet Etat de se positionner comme un stabilisateur dans cette région. Son implication dans le conflit dans le Haut-Karabagh en est une illustration parfaite, tout comme le rôle joué dans le conflit syrien. En outre, la particularité du Kazakhstan réside dans sa capacité à développer une diplomatie forte dans la mesure où son approche consiste à faire des puissances, des pays alliés. C’est le cas de pays comme la Russie et la Chine avec lesquels il partage des frontières mais également des Etats-Unis et de la France avec lesquels il entretient des relations huilées. Selon les statistiques, en 2018, le Kazakhstan était le premier partenaire commercial de la France en Asie centrale, avec 3,3 Mds€ d’échanges commerciaux.

Sur les plans politique et économique, les politiques publiques adoptées par les États d’Asie centrale ont comme socle la protection contre les chocs extérieurs en maintenant une balance commerciale positive et en procédant à la réduction de la dette publique. En outre, le secteur bancaire kazakhstanais se caractérise par une forte présence de banques privées. L’Etat travaille son attractivité également par le biais de politiques fiscales favorables. Si les entreprises publiques dominent encore aujourd’hui les secteurs stratégiques, la privatisation des entreprises suit son cours et il faut dire que le secteur privé est marqué par un nombre important de banques et d’institutions financières contrairement au secteur public.

D’aucuns penseraient que la langue officielle poserait problème en matière de coopération dans le secteur de l’enseignement. Cette conception sera dans quelques années caduque avec la généralisation des langues étrangères au niveau de l’enseignement secondaire et les partenariats développés par le Kazakhstan avec les autres Etats. A titre d’exemple, la coopération universitaire et scientifique entre la France et le Kazakhstan a permis la naissance de l’Institut Sorbonne Kazakhstan en 2014 avec une offre de formation qui englobe le management et les relations internationales, domaine de rayonnement du Kazakhstan.

Les secteurs pétrolier, minier et des énergies renouvelables ne sont pas en reste d’autant plus que le Kazakhstan est l’ambassadeur de la politique d’un environnement sans arme nucléaire et souhaite diversifier son économie en misant sur l’agriculture et les énergies renouvelables. Un positionnement du Sénégal, en tant que pays stable en Afrique de l’Ouest, est d’autant plus stratégique au regard des relations entretenues par le Kazakhstan avec la Russie mais également de la politique d’armement déployée par la Russie en Afrique au cours de cette dernière décennie et du renforcement des relations entre la Russie et l’Algérie. En effet, selon les données de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), la Russie capitaliserait 49% du total des exportations d’armes vers l’Afrique.

Ce pays, marqué par la coexistence permanente de différentes cultures européennes et asiatiques, est une terre d’accueil pour la culture ; une porte ouverte au Sénégal pour faire découvrir ses valeurs culturelles dans cette partie du monde mais également se positionner en ambassadeur culturel pour le reste de l’Afrique de l’Ouest. En outre sur le plan religieux, le Sénégal et le Kazakhstan possèdent une population fortement composée de musulmans. Une caractéristique qui ne peut nous empêcher de tourner notre regard vers l’Organisation islamique pour la sécurité alimentaire dont le siège se trouve au Kazakhstan.

Cette organisation, accessible à tout Etat membre de l’OCI qui s’engage à ratifier le Statut, se donne pour mission principale de fournir l’expertise et le savoir-faire technique aux États membres sur les divers aspects du développement agricole et rural durable, de la sécurité alimentaire et de la biotechnologie, y compris la prise en charge des problèmes posés par la désertification, le déboisement, l’érosion et la salinité ainsi que la mise en place de réseaux de sécurité sociale. Face aux effets du réchauffement climatique en Afrique de l’Ouest, la résolution des problèmes liés à la disponibilité des produits de subsistance et leur acheminement devient une équation si l’on tient compte en plus de la dégradation de la situation sécuritaire dans le Sahel.

Une adhésion implique des options plus attrayantes en termes de réduction des frais liés au transport entre pays de l’OCI, de stabilisation de prix et de création de fonds communs destinés à l’alimentation. L’agriculture constitue un secteur qui connaîtra un essor marqué dans les années à venir en raison de la stratégie d’expansion économique de la Chine, qui cherche à se positionner au centre des relations internationales et qui de ce fait n’hésite pas à considérer le Kazakhstan comme l’épicentre des ambitions chinoises en matière d’agriculture en Asie centrale et à lui consacrer 2 milliards de dollars dans le Fonds pour la Route de la soie. Cette posture s’explique davantage par le fait que la Chine voit dans la coopération avec le Kazakhstan une nouvelle source de blé, de sucre, de viande entre autres ; donc un marché lucratif pour les exportations agricoles à condition d’investir dans les infrastructures et la rentabilité de l’agriculture.

Le renforcement de la coopération entre le Sénégal et le Kazakhstan serait également d’un apport bénéfique aux femmes dans le domaine de la science et de la recherche si l’on se réfère aux statistiques du rapport de l’UNESCO sur la science en Asie centrale. En effet, la part des chercheuses aurait été maintenue au-dessus de 40 % depuis la chute de l’Union soviétique au Kirghizistan, en Ouzbékistan et au Kazakhstan, où « l’égalité entre les sexes est encore plus nette puisque les femmes représentaient en 2013 la majorité des chercheurs dans les domaines de la santé et de la médecine, et entre 45 et 55 % des chercheurs dans les domaines des sciences de l’ingénieur et des technologies ». En outre, le déploiement des technoparcs kazakhstanais serait une opportunité pour les entreprises sénégalaises en Asie centrale d’autant plus que ces environnements disposent d’un statut de zone économique spéciale, notamment avec le technoparc PIT Alatau qui a pour but d’accueillir des startups et d’être un environnement propice à l’innovation.

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Fatou Fall est une ancienne mannequin international. Les planches pour défiler, elle connait. Le monde, la géopolitique c'est son autre dada. Fatou est Expert-Analyste en Défense, Sécurité et Paix. Elle est titulaire, outre le master Défense, Sécurité et Paix, d'un autre master en Droit et Sécurité des Activités Maritimes et Océaniques. Cette Doctorante en Science Politique a la boulimie du savoir et de la connaissance. Passionnée de culture, de musique, d'art, et d'œuvres classiques, Fatou s'intéresse également à la biologie à la géologie, à la génétique et à l'intelligence économique. Sur son blog: fatoufallsk.wixsite.com et sur Kirina, elle nous éclaire sur les enjeux géostratégiques les plus cruciaux qui touchent le continent noir. Son slogan est "Xalatal Sama Rew -Développons notre cher Sénégal."

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