Éthique, Fiqh et avortement

Avorter volontairement en se faisant aider de surcroît par le corps médical au cas où elle est légalisée, c’est se donner les moyens d’arrêter le développement d’une VIE HUMAINE. Toutes les sociétés qui font cette option commettent une faute morale grave et ce serait un péché collectif pour un pays à majorité musulmane et chrétienne comme le Sénégal de s’y conformer.

Les sachants savent que la règle de base dans le Droit islamique (Fiqh) c’est qu’il est obligatoire de sauvegarder la vie humaine dans toutes ses étapes de développement. Cette préoccupation est traduite dans la première finalité de la Charia que les Fuqahas principologues (usûliyûn) ont dénommé « hifzun nafs » (la sauvegarde de la vie humaine). Cela implique l’interdiction de l’avortement volontaire tout court, qu’il soit médicalisé (c’est-à-dire réalisé selon des règles définies par le corps médical) ou pas (on peut se demander si le terme « avortement clandestin » est approprié ?)

Il en vient que les Fuqahas (jurisconsultes) vigilants ne vont pas se laisser embarquer par des considérations relatives à la nature et aux conditions dans lesquelles s’est faite la conception de la vie humaine. Ils vont plutôt  sinteresser à l’obligation de respecter la dignité intrinsèque de la vie humaine dans toutes ses étapes de développement où se montrent à voir la toute puissance, la sagesse et l’omniscience du Créateur, Maître de l’Homme et des mondes.

Ce n’est ni par hasard ou par frivolité ni par jeu que ces étapes de développement de l’enfant à naître sont décrites dans le Coran d’une façon à couper le souffle dans une sorte d’esthétique embryologique et fœtale dont un arabe illettré du VII ème siècle ne peut être l’auteur.

On comprend que dans une telle perspective, il soit interdit de faire volontairement, et de surcroît avec l’aide du corps médical dont la vocation authentique est de soigner, quoi que ce soit dans le but d’arrêter le développement de la vie de l’enfant à naître. Rien qui relève de la façon dont la conception de l’enfant à naître s’est faite ne peut justifier la légalisation de l’interruption volontaire de grossesse disent avec juste raison les Fuqahas les plus convainquants à notre sens sur cette question.

Le motif exceptionnel que les Fuqahas admettent pour autoriser l’interruption de grossesse par le corps médical reside dans le raisonnement suivant : si le développement de l’enfant à naître menace gravement la vie de la femme enceinte qui en est le support, la priorité est donnée à la sauvegarde la vie de celle-ci et par conséquent, de procéder à une interruption médicale de grossesse (IMG). Dans ce cadre, c’est au corps médical d’évaluer la situation et d’informer la femme enceinte avant de valider cette option.

A noter que certains Fuqahas considèrent qu’il n’est pas autorisé de le faire même dans ce cas et d’autres disent oui si c’est avant 4 mois de grossesse, d’autres encore disent oui, si c’est avant 40 jours de grossesse.

D’autres difficultés qui pourraient compliquer la grossesse de la femme sans mettre sa vie en danger seront identifiées et évaluées comme il se doit par le corps médical qui saura quoi faire en termes de suivi et de soin, mais jamais l’avortement volontaire ne sera autorisé dans ce cas. Nous ne parlons même pas des soi-disant justificatif de la poursuite des études, du regard des autres, etc.

La question de la conception de l’enfant à naître et de comment la femme a eu sa grossesse est réglée par la justice si elle en relève comme dans le cas du viol, de l’inceste, de l’adultère, ou de la morale (grossesse hors mariage) mais jamais, elle ne pourra être un motif d’avortement volontaire médicalisé ou « clandestin ».

La prise en charge de cet enfant se fera dans le respect de sa dignité et de ses intérêts comme tous les enfants, santé, scolarité, etc, avec ou sans la collaboration de sa mère et des parents de celle-ci.

Afin que nul n’ignore que le Fiqh est sous-tendu par une éthique de compassion et de sauvegarde  de la vie humaine dont toutes les étapes de développement méritent respect et considération.

Le Fiqh islamique bien compris dans ses principes directeurs et ses objectifs ne peut cautionner la culture de mort que veulent faire passer les lobbies de la propagande pour l’avortement médicalisé sous des petextes les plus fallacieux qui soient.

Le Fiqh n’a pas de problème, ses bases sont solides et son mode de raisonnement est d’une rationalité dont on ne peut pas se moquer. Par contre, le Faqih intellectuellement paresseux ou qui a une compréhension erronée ou superficielle des enjeux actuels autour de la famille, du statut de la femme, de la filiation, de la morale sexuelle, du mariage, etc, sera au service d’agendas en porte à faux avec le projet islamique en les matières.

Wa Salam

Ahmad Makhtar Kanté est l'imam du Point E quartier résidentiel de Dakar. Ancien Imam de l’université Cheikh Anta Diop, il est connu pour ses sermons collés à l’actualité. Ce que lui reprochent certains au motif qu’un imam doit rester dans sa mosquée et ne doit pas se mêler de politique par exemple. Imam Kanté est lui convaincu que l’islam, porteur d’un projet de société, est de facto, intéressé par tous les sujets qui touchent la cité. Il n’anime pas le débat sur ces questions uniquement dans sa mosquée, il le prolonge aussi dans ses écrits. L'imam est auteur de plusieurs ouvrages, on citera: Islam, Science et Societe Ecrits d’un imam africain (Harmattan), ou le dernier qui vient de paraitre Imam et citoyen (Harmattan). Amoureux du savoir, en plus de ses connaissances islamiques, Imam Kanté a suivi plusieurs formations et spécialisations dans les domaines du développement local, de la gestion des ressources et est même titulaire d'un master en économie solidaire. Il est actuellement Doctorant à l’Institut des sciences de l’environnement.

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