Entre coup d’Etat et coup d’Etat, quelle différence?

Un bras de fer entre des alibis démocratiques extranationaux pas très convainquant et une ferme revendication pour une souveraineté de fait de l’Etat du Mali perdure depuis plus de six mois jusqu’au début de cette année 2022. Les évènements ont ensuite basculés dans la démesure.

Depuis le coup d’État de mai 2021, et par la suite la sollicitation par le nouveau leader le Colonel Assimi Goïta d’une coopération militaire russe, l’escalade de l’insistance extranationale pour le retour d’un gouvernement civil a fait fi du besoin prioritaire de sécurité pour les populations maliennes. Car malgré la présence militaire française depuis huit ans, la sécurisation du territoire contre un ennemi terroriste mal défini est un échec et une peur omniprésente règne sur le pays au quotidien.

C’est dans ces circonstances que la CEDEAO décrète dès la première semaine de janvier des sanctions particulièrement dures à l’encontre du Mali avec effet immédiat, asphyxiantes pour des populations maliennes déjà très vulnérables. C’est ainsi que la fermeture des frontières terrestres et aériennes avec les pays de la zone Cedeao devient effective le 9 janvier, ainsi que la suspension de la majeure partie des transactions commerciales permettant le désenclavement du Mali.

Les manifestations massives au Mali contre ces mesures de toute évidence extrêmes, et de soutien aux Maliens à l’international, tant en Afrique que dans les diasporas extracontinentales, sont intenses dans leur dénonciation entre autres des violations de la souveraineté du Mali par ce qui est ressenti comme un empire français qui n’a pas envie de finir.

Alors que les instances sécuritaires maliennes de Goïta se préparent à actionner un plan transversal de riposte contre des sanctions considérées comme illégales, le 28 janvier un putsch militaire renverse le président Rock Kaboré au Burkina Faso voisin, également membre du G5-Sahel et de la CEDEAO .

La Cedeao condamne, comme pour chaque coup d’Etat, et quelques jours plus tard suspend le Burkina Faso de la CEDEAO. Rien de bien dramatique pour le moment.

Les réactions ne se font pas attendre. Les uns se réjouissent de ce qu’ils considèrent un nouvel acte politique d’émancipation et de résistance. Pour les friands de raccourcis idéalistes et autres amalgames pour tenter de visionner des jours meilleurs au bout du tunnel de leurs espoirs, le rêve court plus vite que le contradictoire du « trop beau pour être vrai ».

Ensuite émergent dans les réseaux sociaux des pseudo-bruits de bottes au Niger, vite relégués au statut de fakenews par les cybernautes locaux et collègues de la Toile. Et l’on revient s’intéresser de près au nouveau venu au Burkina, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba. Il s’avérerait selon certaines sources qu’il serait proche de Gilbert Diendéré, lui-même collaborateur de longue date au sein du cercle intime de Blaise Compaoré, renversé en octobre 2014 après 27 ans de pouvoir.

Bien qu’une partie d’éléments, qui pourtant légitimisent les suspicions, rédhibitoires diront certains, sur les instigateurs du coup d’Etat de Ouagadougou, les faits, moyens et interactions interpersonnelles restent anatomisés avec prudence, minutie et circonspection, dans l’attente de corroborations permettant de statuer sur la nature du putsch.

C’est dire en fin de compte qu’entre « condamner » (ne pas le faire serait suspect), et infliger des sanctions impitoyables basées sur un argumentaire frelaté et ouvertement castrateur de souveraineté, sont deux choses très différentes en matière de positionnement de la CEDEAO. D’une part le vrai motif du besoin pressant de neutraliser le gouvernement de transition du Mali est connu de tous. D’autre part, la pugnacité et la longévité à deux vitesses des condamnations des chefs de putsch a suffisamment fait ses preuves pour éclairer les analyses.

Les circonstances « saheliennes » communes des États (souverains) du G5 ne sauraient justifier une quelconque universalité dans la pose d’actes politiques, tels que des coups d’Etat le cas échéant. Chacun des derniers coups de force de la zone CEDEAO mérite une nuanciation pointue entre fil(s) rouge(s) et diversités individuelles, d’autant plus ceux de la zone G5-Sahel.

Rien que l’unicité inaliénable des interactions humaines dans les contextes politico-historiques respectifs ont un pouvoir essentiel sur les impacts politiques et la vigueur des condamnations supranationales. Il n’y a pas eu de ‘Compaoré’ ou de ‘Diendéré’ au Mali, comme nous n’avons pas d’actes effectifs posés par un ‘Goïta’ au Burkina Faso ou même en Guinée du putschiste et désormais président Mamadi Doumbouya, exempt pour le moment de condamnations drastiques.

Il semble enfin que le besoin de convaincre l’Opinion que ces coups d’Etat vont dans le même sens, fait partie de stratégies diverses, tant de récupération par des idéologues/populistes de tous bords, que de confusionnistes politiques avérés, mis sous pression par une fin de règne plus potentielle que jamais.

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D’origine britannique, Rebecca Tickle est d’abord une passionnée de l’histoire et du destin de l’Afrique. Elle baigne dans l’esprit du continent dès sa petite enfance à travers son père journaliste, qui sillonne le continent africain durant les années de la Guerre froide. Après une carrière d'infirmière diplômée bien remplie et l’achèvement d’une licence en sciences sociale et politiques reconnue par l’Université de Lausanne, Rebecca Tickle a travaillé dans le domaine de la résolution de conflit, de la gestion de projet de médiation humanitaire et de la communication. Elle s’engage comme chargée de communication puis comme secrétaire générale dès 2009 à la Fondation Moumié basée à Genève, organisation œuvrant pour la réhabilitation de la mémoire coloniale et postcoloniale des héros nationalistes camerounais. S'intéressant également à l’histoire mouvementée de la République Centrafricaine depuis 1960, ainsi que globalement à l’Afrique centrale, elle se penche sur les dénominateurs communs qui caractérisent le continent africain. Portant une attention particulière au renforcement des capacités de la société civile et aux rapports de pouvoir dans les médias face aux actualités du macrocosme africain, Rebecca Tickle se plonge volontiers dès qu’elle en a l’occasion dans cet univers qui lui tient tant à coeur, à travers la littérature, les cinémas d’Afrique et ses voyages. Un Master d’études africaines en cours de finalisation à l’Université de Genève, sa curiosité insatiable et sa veille attentive des nouvelles de l’Afrique dans le monde, lui permet de faire des analyses fortes et de participer à bon nombre d’activités et de débats dans les différentes perspectives de ses domaines d’intérêt. Rebecca Tickle collabore avec la rédaction de Kirinapost depuis son lancement en 2016.

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