Babacar Mbow, un être de lumière vient de s’éloigner

Serigne Babacar Mbow, l’homme de Ndem n’est plus !C’est une immense perte pour la Oumah, le Sénégal, l’Afrique et l’humanité tant le cheikh était un homme de lumière. 

« L’Héritage d’un Homme de Sagesse, de Lumière et de Métissage » est le titre du texte de Mohamadou Manel Fall-son fils et Serigne comme l’ appelait le défunt-à l’annonce de sa disparition.
Babacar Mbow était un homme de lumière. C’est à ce  » frère de lumière » que Tariq Ramadan a rendu hommage ce matin. L’islamologue était un compagnon de route du disparu et un habitué du village de Ndem dont Babacar Ngom était si fier’.

« J’étais jeune et dans le Sahel, à Ndem, au Sénégal, J’étais assis à côté de lui, il m’a enseigné à communiquer dans le silence et à me rappeler que le temps ne se compte pas en heures, mais en confiance et en amour », s’est souvenu le professeur Ramadan.

Homme d’une dimension rare, Babacar Mbow était presque méconnu dans son propre pays. Il a pourtant vecu et bien vécu. Il a surtout été utile. La mort vient souvent nous rappeler la vie exceptionnelle d’ hommes et de femmes jetés dans le plus gros anonymat. Même s’il n’a jamais cherché à être dans la lumière, rien que pour tous ces jeunes qui rêvent de prendre les pirogues, qui ne croient plus en leurs terroirs, et qui ont si peur de l’avenir, la vie et l’œuvre de Babacar Mbow méritent d’être célébrées.

Ndem, situé près de Bambey, est un village que Babacar Mbow avait érigé en une sorte de prototype de cité sénégalaise et africaine du futur.
Après avoir séjourné, durant plusieurs décennies, un peu partout en Europe, Babacar Mbow était revenu s’installer, définitivement, au Sénégal…à Ndem. Sa riche expérience européenne, associée à sa philosophie Baye Fall, vont le pousser, comme son maître Cheikh Ibra Fall, à entamer une véritable révolution dans cette localité du Baol.

Il se lance dans l’agriculture, développe le travail des associations féminines de l’agglomération, réhabilite les savoir-faire locaux (artisanat) et organise la cité et les villages environnants autour des concepts de développement durable( éducation, santé, épargne /crédit)), mais aussi autour de la protection de l’environnement, (accès à l’eau et énergie solaire, reforestation ), et enfin autour du commerce équitable (prêt à porter). Les boutiques issues de cet ambitieux projet, seront ouvertes un peu partout, offrant une foultitude de produits du terroir. Aujourd’hui des marques comme Barkelu Ndem (alimentation biologique) et Maam Samba Cosmétique font reference.

Chanteur et militant du développement des terroirs, Woz Kaly, qui a magnifié le travail colossal effectué à Ndem, est celui qui m’a fait découvrir Babacar Mbow dans une de ses chansons culte « Tolu Buur ». Depuis Paris, où il se trouve présentement, Woz Kaly a salué la mémoire de l’illustre disparu.

« Babacar Mbow, fut un musulman exemplaire et un mouride Sadikh. Il a consacré sa vie à adorer Dieu et à servir l’humain. Le Sénégal perd un digne fils », atil dit, la voix pleine d’émotion.

Dès années plus tard, le nom de Babacar Mbow revient à Paris, dans la bouche d’un autre Babacar. Babacar Faye, professeur de danse et de percussion, à la mairie du Xème arrondissement de la capitale française, me parle de son condisciple Baye Fall et homme de Ndem. Il ne tarit pas d’éloges sur cet homme multidimensionnel.

Chez lui, je croise aussi, de temps en temps, certains de ses élèves, hommes comme femmes qui revenaient du Sénégal et qui étaient dithyrambiques sur leur visite à Ndem- village le plus propre du Sénégal- et, tout aussi, laudatifs quant au personnage de Babacar Mbow.

Cheikh Babacar était très jeune quand il plongea dans la spiritualité. Ses nombreuses interrogations, sur l’univers et le monde qui l’entoure, le mènent à s’intéresser au soufisme.

Sa voie est trouvée. Il va consacrer sa vie à cultiver l’amour du travail, le respect de l’être humain et de la créature en bon disciple de Serigne Cheikh Dieumb Fall, petit-fils de Cheikh Ibra Fall et guide des Baye Fall. Babacar Mbow deviendra une des figures les plus emblématiques des enseignements sur cette voie.

Auteur de plusieurs ouvrages parmi lesquels, « Mohamed, le soleil de l’existence » ou encore « La voie Baye-Fall ou la lumière du dedans », Babacar Mbow mettra en pratique l’essentiel des théories Baye Fall dans sa vie de disciple, d’entrepreneur et d’écrivain.

À ce titre, il a été le grand artisan du renouveau de Mbacké Kadior, un des plus symboliques berceaux du Mouridisme. Sous l’autorité de son guide religieux, qui lui a confié des travaux de réhabilitation, Il a redonné à la cité historique un allant.

Serigne Babacar Mbow, Président de l’ONG Ndem, guide spirituel, acteur de développement, humaniste et être de lumière, quitte ce bas monde après une vie remplie.

Son œuvre lui survivra. Les acteurs de développement se serviront de ses travaux s’ils veulent construire un monde dans lequel, règne une harmonie entre les êtes et la nature…un monde de concorde, de paix et d’amour.

C’est ainsi qu’a vécu Babacar Mbow comme si, pour utiliser la formule de Rûmî, tout l’univers était contenu dans un seul être humain: lui.
Repose en paix, Cheikh bi !

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