« Afrik » ou quand Seydina Insa Wade chante Blondin

La chanson « Afrik » évoque l’histoire tragique d’Omar Blondin Diop, martyr de l’ère Senghor. Censurée à sa sortie, elle vaudra l’exil à son interprète, Seydina Insa Wade.

Yeete mbaa ba
Éveiller les consciences ou rien

Deglu leen yóoxu suufu Senegaal
Écoutez les cris de détresse sortant de la terre du Sénégal

Ànd ak yóoxu Salup ya ca Gorée
Qu’accompagnent ceux de la Chaloupe de Gorée

Sa ma xol di metti,
J’ai mal au cœur

sama pattaliku di naqqari
Mon souvenir est amer 

Sa ma lammiñ di saf dereet
Ma langue a le goût du sang

Boom nañu Omar
On a assassiné Omar

Niñu boome waa Nder ak waa sentenér (ou Caaroy, selon les versions)
Comme on a assassiné les femmes de Nder et les gens de Centenaire ou les tirailleurs de Thiaroye 

Ici, « Centenaire » représente le Boulevard du Centenaire à Dakar théâtre de hautes luttes et manifestations des populations. Selon les versions, d’après Cheikh Guissé, Seydina remplaçait de temps en temps dans sa chanson, Centenaire par Thiaroye pour rappeler l’histoire douloureuse du massacre des tirailleurs sénégalais demandant leurs arriérés de solde à Thiaroye, en 1944. Quant à l’histoire des femmes Nder, elle évoque ces femmes de la région du Walo qui, suite à la défaite de leurs hommes face aux armées du Trazza préférèrent se donner la mort (en mettant le feu à la case où elles étaient regroupées) que de devenir captives des Maures.

Géej gi di qààx
La mer en furie

Ngelaw li di sap, di sap, ni rap
Le vent bruisse tel un démon

Asamaan di dënnu, ni kanu
Le ciel gronde comme un canon

Niir yi ci xaacu ndax naqar lu
Les nuages lancent des cris de rage et d’indignation

En tout cas, avant même l’aube, la triste nouvelle fuite et des gens, des activistes pour la plupart, écrivent sur les murs de la capitale « Omar est mort ». Au même moment, l’Etat organise des arrestations ciblées, mais rien n’y fait : la nouvelle se propage comme un feu de brousse. Les populations en furie sortent dans les rues de Dakar, prêtes à mettre le feu à la capitale. La police, dépassée, n’arrive pas à maîtriser les manifestants.

Tali yë ak taax yi di fuddu, di fétt
La chaussée explose

Woto yay takk jëppēt, dëmm
Les voitures brûlent

Dëmm yëy wër sëg yë
Ces esprits maléfiques gardent la tombe de Omar et encerclent le cimetière.

Xoj sëk yë ak seeni der
Ils ont investi les cimetières avec leurs cuirs (allusion aux policiers qui ont enterré Omar en catimini après avoir quadrillé tout le quartier, interdit touts circulation et obligé toutes les maisons à rester fermées). 

Ma làmboo leer
Je me suis alors fais esprit 

Ziaare Omar sa sëg ya
Pour aller incognito rendre hommage à Omar dans ces cimetières quadrillés par les forces de l’ordre.

Junneey Omar dekki
Arrivé à mes fins 1000 Omar ressuscitèrent 

Ci laa sulli waa Ndeer ak waa Caaroy
J’ai alors exhumé les femmes de Nder et les tirailleurs de Thiaroye

La chanson est censurée dès sa sortie en 1978. Senghor est alors encore assailli de toutes parts par ceux qu’on appelle « les soixante-huitards », qui veulent plus de liberté. C’est le cas notamment des artistes du laboratoire « Agit’Art ». Ils rejoignent, d’une certaine manière, le combat des Cheikh Anta Diop et Abdoulaye Ly, entre autres, pour un Sénégal plus indépendant et tourné vers l’Afrique.

À la fin des années 80, il reviendra au Sénégal pour donner un concert à l’Université Cheikh Anta Diop en compagnie de Patrick Ripper et Georges Wolfard. À cette occasion, le chanteur Madiama Fall est invité sur scène et il va chanter Blondin et y a ajouté de nouvelles paroles.

Su ñu Afriku tey bii
Notre Afrique d’aujourd’hui

 Jar na miin
Mérite notre attachement

Ndax foo fu ngeen dugu fa, siis
Là-bas, point d’égoïsme

Réew yi ci Afrik
Les pays africains 

Jar na miin
méritent notre attachement

Ngalla yen bu diis’a diis
L’héritage est lourd

 Nañu fomp rangooñ ca Omar
Essuyons nos larmes pour Oumar

jangal ndaw yi mooy liwar
Éduquer les jeunes (Pour que personne n’oublie Oumar)

Jaasi du fi genn mbaar, xanaa li ko jar
Nous ne sortirons pas les épées de leurs fourreaux, sauf si ça en vaut la peine.

Merci à Oumar Sall & Khadim Fall pour la traduction

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